Patrice Obert – Nouvelles Fantasmafictioniriques

Le mot de l’auteur :

Il s’agit de mon deuxième recueil de Nouvelles. Le premier s’intitulait Emotions du quotidien. Avec ce nouveau recueil, je m’aventure dans des zones moins attendues. Une femme entre dans un homme, un torrent surgit d’un ventre et se répand dans la ville, une infirmière plonge son bras dans le trou d’un malade, un homme prépare le 50ème anniversaire de son épouse infidèle, une femme constate une poussière de peau sur le nez de son ami, un étudiant chinois tombe amoureux d’une jeune fille qui se dissimule dans les herbes de la Cité U, un homme fait son footing en bord de mer… Autant de détours pour entraîner dans un univers inattendu, entre fantasme et fiction, dans ces failles, souvent sensuelles, où surgissent les rêves et où se reformulent les vraies interrogations de l’existence.

Pour le militant que je suis, tellement engagé dans l’action et la réflexion, ces nouvelles m’ont apporté un espace/temps de liberté et d’évasion…l’essentiel ?

Extrait de la nouvelle LES GANTS

Un soir, me dit-il, sa maman lui avait expliqué la tradition juive. Les dix doigts des mains correspondaient aux dix commandements gravés par Dieu sur les deux tables de la Loi. Les cinq doigts de la main droite, celle de la miséricorde, représentaient les cinq premiers commandements qui régissaient les rapports de l’humain au Dieu créateur du ciel et de la Terre. La main gauche était celle des rigueurs. Ses doigts symbolisaient les cinq derniers commandements qui organisaient les relations des hommes entre eux et faisaient de l’humain le responsable de l’avenir de l’humanité. Ils lui offraient le choix entre le bien et le mal. Elle avait ajouté, compléta-t-il d’une voix basse, qu’il n’y avait pas de paix sans justice, ni de justice sans pardon.

Éditions La lampe de chevet, Mars 2019

Patrice Obert – Émotions du quotidien – recueil de nouvelles

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Nos existences sont construites sur des rencontres. Ceux que nous croisons nous aident à comprendre le monde et à nous émerveiller. Pilleur des mots des uns, voyeur des vies des autres, je recompose les bribes qu’ils me livrent, volontairement ou non, en agençant à ma manière les parcours qui m’ont surpris, les cheminements qui m’ont intéressé, les réflexions qui m’ont marqué, les souffrances qui m’ont touché, les anecdotes qui m’ont fait rire.
J’aime écrire ces courts récits, brosser une histoire en quelques pages. Des destins qui nous parlent et nous emportent avec eux parce qu’ils nous disent chacun un peu du mystère de la vie

Extraits : Nouvelle « La maison de Yann »

À la fin de ces vacances, Yann a disparu.

Connaît-on jamais un être humain, serait-il votre fils ?

Yann n’est pas revenu de Paris où il était allé chercher ses résultats de fin d’étude. Appels téléphoniques, attente, inquiétude, trouble. Il a fallu quelques jours pour comprendre que « quelque chose » s’était passée, puis d’autres jours pour exclure l’accident, l’hospitalisation, la rixe ou l’agression qui aurait mal tournée et le corps que la police aurait pu découvrir. Quelques jours encore pour découvrir la chambre en désordre, la boîte aux lettres remplie de courriers, dont certains dataient de trois ans, le portable et les clés du studio abandonnés sous le lit. Le dernier qui l’aura vu sera le voisin, qui l’aura croisé le dimanche midi, un sac sur l’épaule, partant. Quelques semaines pour douter, en triant les affaires, pour s’interroger sur l’impossibilité de retrouver des cours de fac récents, pour se mettre à imaginer que sa vie n’était peut-être pas celle qu’elle croyait, celle d’un étudiant en médecine qui devait en finir bientôt avec ce premier cycle d’étude, qui avait une amie et des potes avec lesquels ils trinquaient de temps en temps dans des bistros. Quelques semaines encore pour réaliser que l’étudiant n’était plus inscrit à la fac depuis quatre ans, qu’il n’avait jamais passé les derniers examens, que personne n’était au courant, ni Aurélie, effondrée, ni les copains, désemparés, ni les cousins et cousines, stupéfaits, ni le barde et la mère-mer, ni Allan, ni elle, Annie, sa mère. Il avait fui par peur de lui dire la cruelle vérité.

Éditions La lampe de chevet,
Parution le 18 Octobre 2017