Gabriel Ringlet – La grâce des jours uniques. Éloge de la célébration

Gabriel Ringlet - La Grâce des jours uniques

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Quand j’interroge mon identité profonde, je crois que je suis fondamentalement célébrant. Et depuis longtemps. Ce n’est pas d’abord une affaire de « prêtrise », car pour moi célébrer dépasse la célébration liturgique. C’est presque une manière d’être au monde. Quand j’écris, je célèbre. Quand j’enseigne, je célèbre. Quand je réponds à un courrier, je célèbre. Et j’espère qu’en célébrant, je célèbre. Et qu’avec l’ici qui est là, de très ténu ou de très vaste, d’heureux ou de malheureux, parfois de désespéré, je parviens à faire de l’au-delà. Car c’est cela le jeu « superflu » de la célébration : refuser de laisser les choses en l’état. On peut vivre sans célébrer, bien entendu. Mais pour soulever la vie, pour l’alléger, pour la porter plus haut et plus loin, nous avons besoin du rite. Il ne supprimera pas la souffrance, mais il peut éloigner la désespérance et faire place à la joie, là où, peut-être on ne l’attendait pas.

Extrait :

Il s’agit de toucher.

C’est ici, surtout, que je me sens le plus en empathie avec la démarche rituelle. Pour moi, il n’y a pas, il n’y aura jamais de célébration sans la main. Et si mes mains devenaient paralysées, j’espère que d’autres mains m’entoureraient et prendraient le relais pour que je puisse encore toucher à travers leur toucher.

Je crois que pour célébrer, il faut apprendre à jouer de la peau comme d’autres du piano. Et à interpréter à l’oreille la partition des corps. Déposer sur une blessure, sur une joie, un peu de lumière parfumée. Et accompagner ce geste d’ondoiement d’une onction du regard. Le poème de Rilke qui parle de la main murissante m’a toujours bouleversé. Peut-être parce que j’y vois la main célébrante ?

L’Ange s’adresse à une femme :

Tu n’es pas plus proche que nous de Dieu

Nous en sommes tous loin

Mais quel prodige que

L’onction de tes mains.

Chez nulle femme elles ne mûrissent ainsi.

Editions Albin Michel, 2018

Gabriel Ringlet, théologien et écrivain, a été longtemps professeur et vice-recteur à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve en Belgique.