Catherine Chalier – Mémoire et Pardon

Pourquoi j’ai écrit ce livre : 

J’ai écrit ce livre en pensant combien la mémoire humaine est habitée par des souvenirs, des paroles et des affects contradictoires: des souvenirs de libération personnelle ou collective, célébrés avec joie, mais aussi des souvenirs de souffrances et de deuil qui semblent devoir annihiler les premiers ou, à tout le moins, en fragiliser l’élan et l’expression. Mon fil conducteur commence par une réflexion sur les enfants des hébreux nés au désert, ils portent le souvenir de la sortie d’Egypte, transmis par leurs parents mais aussi le traumatisme de les avoir vus mourir au désert. C’est là, à mon sens, un symbole propre à la condition humaine. J’explique pourquoi il est demandé d’être contemporain de la sortie d’Egypte mais uniquement de se souvenir des désastres advenus et j’explore les processus de réparation que cela rend possible, sur le plan psychique, spirituel et historique en me demandant si les œuvres du pardon y trouvent leur place.

Extraits :

Le pardon donné vise essentiellement à desserrer l’emprise de la haine ou du ressentiment sur les personnes, sur les peuples ou encore tout simplement sur soi-même. Une telle entreprise reste toujours à haut risque et elle n’est pas inconditionnelle, contrairement à ce que certains penseurs affirment. C’est donc à mesurer ce risque et ces conditions qu’il faut aussi s’affronter de façon précise en prenant en compte la discordance des mémoires au plan individuel et collectif. Les paradoxes du pardon sont nombreux et aucune institution – religieuse ou politique – ne peut décréter qu’ils doivent être levés une fois pour toute sous prétexte d’un avenir délesté de la charge des souffrances. Animosité, colère et rancœur ; sentiment d’humiliation, chagrin, et mélancolie, ne disparaissent jamais par décret ou par intimidation. Pourtant, malgré ce constat, ne faut-il pas penser comment un certain pardon, lié à un travail de vérité au cœur de conflits si aigus qu’ils semblent ne devoir jamais finir autrement que par un désastre, pourrait œuvrer à l’avènement d’un peu d’apaisement entre les personnes et entre les peuples, en particulier sur la terre considérée comme promise ?

Éd. François Bourin, Janvier 2018

Catherine Chalier- Le Rabbi de Kotzk

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

A la suite de mes précédents livres sur les penseurs de la tradition hassidique, livres destinés à faire découvrir la profondeur spirituelle et la diversité de cette tradition, ce petit livre analyse le sens de la quête de la vérité par le Rabbi de Kotzk, quête sans la moindre concession à la facilité. Chercheur de l’Absolu, ce Rabbi percevait combien la joie humaine s’arrache toujours à la nuit. Les différents aphorismes traduits dans ce livre donnent un aperçu de l’acuité de sa pensée et du renouvellement de sens qu’il apporte aux versets.

Extraits :

Citations de ce Rabbi: “Qu’il n’y ait pas en toi de Dieu étranger” (Ps 81, 10) Commentaire: “Que l’Eternel ne soit pas un étranger en toi-même”.

“Et l’obscurité n’est pas plus obscure que Toi” (Ps 139, 12) Commentaire: “Quand nous voyons que l’obscurité provient de Toi, alors elle devient lumière”.

Éd. Arfuyen, Février 2018

Catherine Chalier – L’appel des images

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

J’ai écrit ce livre en réponse à l’inflation des images dans le monde actuel. La dextérité technique mise à fabriquer de telles images porte uniquement sur la capacité à saisir l’apparence et à vouloir l’imposer à soi et aux autres. Apparence où les personnes et le monde lui-même perdent leur secret qui est aussi celui de leur rapport à l’invisible ou à la transcendance, c’est-à-dire à une altérité qui échappe à ce que nous pouvons ou croyons saisir par des images. Sous prétexte de braver tous les interdits et de célébrer la transparence, la revendication d’un “droit” aux images, sous peine de censure, se veut en effet sans limites morales ou métaphysiques mais, dès lors, elle perd aussi l’essentiel : la relation à l’invisible ou encore à l’absence qui donne pourtant son sens à toute image digne de ce nom.

Extrait : (à propos de l’être humain à l’image (tselem) de Dieu)

“Celui qui regarde un autre être humain ne voit pas cette image-là, elle reste à l’ombre, s’il est vrai qu’il lui arrive d’en pressentir le secret, de désirer s’en approcher et de lui répondre, voire d’en répondre dans sa vie propre. Quant à celui qui éprouve parfois en lui-même cette unité (donnée par cette image) sans pouvoir jamais s’en saisir, il découvre qu’elle n’a rien à voir avec l’image qu’il lui arrive de vouloir donner de lui-même, qu’elle reste toujours étrangère à l’image extérieure qu’il cherche à imposer aux regards des autres pour les convaincre, et se convaincre, de son identité (sexuelle, culturelle, religieuse par exemple). Tselem n’est pas ce que je peux me figurer à propos de moi-même ou d’autrui, ni en images mentales ou linguistiques, ni en images peintes ou gravées : c’est ce qui, de chaque être humain, reste dans l’ombre pour qu’il reste humain”.

Éditions Actes Sud, collection le souffle de l’esprit
Parution Novembre 2017