Eric de Rus – Anthropologie phénoménologique et théorie de l’éducation dans l’œuvre de Edith Stein

Le mot de l’auteur :

À partir d’une analyse de la personne, où l’intériorité de l’âme tient une place essentielle, nous cherchons à rendre compte de l’éducation comme « façonnement de l’être humain dans sa complétude pour qu’il devienne ce qu’il doit être », c’est-à-dire « un homme véritable » et « authentiquement lui-même ».

La théorie steinienne de l’éducation apparaît comme une doctrine compréhensive de l’être humain et du sens de son existence qui porte le sceau de l’orientation métaphysique de sa recherche philosophique.

Extrait :

Une œuvre, en tant que produit matériel rempli d’esprit, est la manifestation temporelle d’un cosmos de valeurs. Comprendre une œuvre c’est participer intérieurement au cosmos de valeurs qui en constitue le noyau vivant et le sens spirituel. C’est à ce sens que s’ordonnent les éléments matériels de l’œuvre. Édith Stein indique que ces éléments matériels et leur mise en forme sont au service d’une réalisation spirituelle qui consiste dans la réception de la vie intime de l’œuvre dans une âme où elle devient opérante. Car une œuvre « demande à acquérir de la vie dans une âme ».  L’interprétation d’une œuvre est une manifestation particulière du sens compris, un déploiement singulier de sa richesse inépuisable. Pour Édith Stein l’interprète est un serviteur de la vie intime de l’œuvre, sa mission est de prêter voix à la plénitude inépuisable de sens dont l’œuvre est comme la vibration.

Éditions du Cerf, 2019

Éric de Rus est marié, agrégé et docteur en philosophie, auteur de publications sur la pensée d’Édith Stein, la démarche artistique et la quête spirituelle, ainsi que de recueils de poèmes.

Marina Copsidas, Que votre joie soit parfaite

POURQUOI J’AI ECRIT CE LIVRE 

C’est l’icône de l’Echelle de saint Jean Climaque, exposée dans le monastère de sainte Catherine au Sinaï, qui m’a inspiré cette recherche sur le dévoilement de la violence dans les Ecritures, en suivant un chemin de trente trois degrés qui, malgré les embuches, mène progressivement au Royaume. Car les icônes traduisent par l’image le contenu de la foi : « Evangiles et icônes se renvoient mutuellement l’une à l’autre et ont la même signification » proclame le concile de Nicée II (787).
Lors de ma précédente recherche sur Les larmes de Pierre, j’ai découvert grâce à René Girard l’anthropologie biblique, qui démasque la violence comme conséquence de la rivalité mimétique. Violences, rivalités, mimétisme atteignent au XXIème siècle des niveaux inégalés, sous des formes souvent dissimulées. Ainsi René Girard a découvert la Bible et professé sa foi :Je vois Satan tomber comme l’éclair (Lc 10,18) [1]
«La singularité et la vérité que la tradition judéo-chrétienne revendique sont     parfaitement réelles, évidentes même, sous le rapport anthropologique… Le          présent livre constitue en dernier ressort ce qu’on appelait jadis une apologie du christianisme. »
Cette méditation sur le chemin de la violence à la joie, achève en quelque sorte ma « Trilogie du Sinaï » : Le Christ Pantocrator (christologie), Les larmes de Pierre (ecclésiologie), Que votre joie soit parfaite (anthropologie et eschatologie), trois recherches toutes inspirées par de célèbres icônes du monastère sainte Catherine au Sinaï.

Mise en page 1

 EXTRAIT :
 « Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » 1Jn 4,16b
Dans la Nouvelle Alliance, Jean le théologien est le seul des disciples du Christ qui nous révèle avec autant de puissance ce mystère ineffable de l’Amour de Dieu, ou agapè : l’Amour n’est pas une qualité de Dieu, mais l’Etre même de Dieu est Amour. Le témoignage irrévocable de Jean (1Jn 1,1), nous entraine vers les sommets vertigineux de sa première épître : dans les 15 versets de 1Jn 4, 7-21, les mots amour ou aimer sont cités selon 27 occurrences, pour révéler et attester que Dieu est amour puisque Il a envoyé son Fils comme Sauveur de monde. C’est ainsi que la fatalité de la haine et de la violence doit être définitivement anéantie par l’Amour de Jésus Christ (Ap 1,5), avant la victoire finale sur le mal attestée par l’Apocalypse (Ap 20,9b-10).
« L’Amour est la plus universelle, la plus formidable et la plus mystérieuse des énergies cosmiques. » [2]
Le message transmis par l‘Eglise, les Eglises, a inculqué trop souvent la vision d’un Dieu violent, diamétralement opposée aux Ecritures, et a de ce fait servi la cause de l’athéisme. Ainsi, Nietzsche ayant cherché en vain le Christ comme le suggère ses deux brûlots, L‘Antéchrist et Ecce Homo, deviendra le chantre de « la mort de Dieu » avant de sombrer dans la folie :
« Le christianisme officiel apparaît comme une religion de la loi et du   châtiment qui se traduit par des interdits ou des tabous sociaux. La régression oublie la Trinité, sa paternité sacrificielle qui ne domine pas mais engendre la liberté; cette régression présente Dieu sous la forme du Juge jaloux, Justicier redoutable et terrorisant qui prépare de toute éternité l‘enfer et le châtiment.… Il est urgent de corriger la conception « terroriste » et « pénitentiaire » de Dieu. La théologie des interdits et des enfers est une des causes de l’athéisme actuel… Il n‘est plus possible de croire à un dieu sans entrailles et impassible. Le seul message qui puisse atteindre l‘athée d‘aujourd‘hui c‘est celui du Christ descendant en enfer.» [3]
C’est l’icône de l’Anastasis, qui nous montre le Christ descendant aux enfers lors de la Résurrection, pour en libérer Adam et Eve, c’est-à-dire toute l’humanité.
 L’histoire du christianisme trouve une de ses plus belles manifestations à travers les très nombreuses œuvres caritatives nées de et pour l’amour du prochain. Il est prodigieux de constater, aujourd’hui, que les scientifiques rejoignent Sainte Teresa, dans sa vision de l’amour :
« Nous avons besoin d’amour et d’exister pour quelqu’un d’autre. C’est là que    nous commettons une erreur lorsque nous repoussons les gens sur le bas-côté. Le monde, aujourd’hui, est affamé non seulement de pain, mais d’amour ; il a faim d’être désiré, d’être aimé. Les gens ont faim de sentir la présence du Christ. » [4]
« L’altruisme est un instinct. Pourquoi ? Schématiquement, parce que nous ressentons en nous même la souffrance de l’autre, et qu’en le secourant nous cherchons fondamentalement à nous soulager nous-mêmes… “Il faut nous aimer les uns les autres, ou mourir”. Ce n’est pas un souhait moral, mais une observation neuronale… Le câblage de notre cerveau social nous relie tous à notre humanité commune. » [5]
[1]  R. GIRARD, Je vois Satan tomber comme l’éclair, éd. Grasset 1999, p. 18
[2]  P. TEILHARD de CHARDIN, Sur le bonheur, sur l’amour, Le Seuil 1966, p. 51
[3]  P. EVDOKIMOV, L’amour fou de Dieu, Seuil 1973, p. 20.34
[4]  SAINTE THERESA, No greater love, p. 93
[5]  P. Van EERSEL, Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner, A. Michel 2012, p. 76.77