Brigitte Maillard – La simple évidence de la beauté

Le mot de l’auteur :

La beauté du monde est un appel et l’homme cet être de langage y répond de toute son âme. François Cheng

Ce livre, La simple évidence de la beauté,  paru en 2011 aux éditions Atlantica, est une nouvelle édition revue et augmentée. Il est un hommage aux paysages de Bretagne que nous offre le Finistère. Paysages intenses dont la Baie d’Audierne est l’un des joyaux. La splendeur de ces lieux nous aide à être présents au monde, sous une autre lumière. Un jour, sur une plage de la Baie d’Audierne, la beauté s’est emparée de tout mon être. Inoubliable instant car  la beauté a quelque chose d’incroyable à nous dire. Derrière ce monde respire un autre monde…  Cette expérience m’a éclairée. J’ai voulu la traduire en poésie. C’est cela la vraie beauté de la poésie : au lieu de parler de ce qui est, elle chante quelque chose qui est infiniment plus élevé que la réalité et qui pourrait lui ressembler d’avantage : Ivan Tourgueniev 

Ainsi est né en 2011 La simple évidence de la beauté, mon premier recueil aux éditions Atlantica, présenté aujourd’hui dans cette nouvelle édition accompagnée de photographies de ces paysages, fruits de la lumière et de la beauté de notre regard…

Extrait :

Un vent étonné sort de l’être

Poussé par l’étrange

Échevelé comme la mer

Je suis vêtue d’espace

Le temps se replie

Ses baisers me vont droit au cœur

Après avoir défait mon corps

On n’est pas ce qu’on veut être

On naît au fil de soi

Visage à découvert                                                

Souffle du vent

Pensée du monde

La vie revient

Elle est belle

Unique

Semblable à la mort ineffable

Je m’origine plus loin

Au-delà de toute cette histoire

Barbare et solennelle

Plonger dans la nuit noire

Enveloppé de désir

Au loin un ciel en feu

Au cœur un chant d’étoiles

Plonger dans la nuit noire

Y laisser tout son corps

Et surgir des limites

Inondé de lumière

Editions Monde en poésie

Jean-Philippe de Tonnac – Le cercle des guérisseuses

Le mot de l’auteur :

« Je suis allé à la rencontre de guérisseuses en France, en Suisse et au Canada. Guérisseuses ? Des femmes qui prennent en charge les maux qui ne trouvent plus aucune écoute, qui prennent indistinctement soin du corps et de l’âme, qui soignent à partir de dons. Vous pouvez les appeler énergéticienne, magnétiseuse, naturopathe, rebouteuse, médium, écothérapeute, chercheuse en mémoire cellulaire, chamane, gardienne des eaux, etc. Elles sont pour notre temps celles que les pouvoirs temporels et religieux ont autrefois malmenées ou persécutées. Je leur ai demandé de me dire la manière dont elles étaient devenues guérisseuses, les dons à partir desquels elles parvenaient à enclencher chez leurs patients un processus de guérison. Pour connaître leur art, j’ai reçu de leur part un soin, parfois plusieurs. C’est la notion de « maladie » et de « guérison » que ce livre interroge ; c’est celle de « féminin blessé » qu’il tente d’éclairer. »

Extrait :

« Je ne m’étais pas proposé d’écrire un livre sur le sang des femmes. Je voulais rencontrer des guérisseuses, celles qui me paraissaient encore détentrices de ce que les femmes, dans leurs combats contre la suffisance masculine ou simplement absorbées dans la tâche de préserver au fond d’elles-mêmes la ressource sacrée, semblaient avoir abdiqué. Cette puissance que j’ai dite, cette puissance qui avait toujours garanti à la communauté la vitalité du lien avec la nature, avec la terre, avec l’intelligence, avec les instances du ciel, ce lien par lequel l’énergie circulait, la grande énergie qui baigne le monde créé, qui est précisément l’invalidation répétée des frontières que le masculin s’emploie partout à ériger et dont son pouvoir est tributaire. Ces guérisseuses, autrefois sorcières, malmenées par le politique, le religieux, par le mariage des deux, par eux humiliées, par eux jugées, par eux éradiquées, j’avais eu la révélation de leur survie dans le monde où je vivais. »

Guy Trédaniel éditeur, 2019

Jean-Louis de la Vaissière – Blanche

Le mot de l’auteur :

BLANCHE est le deuxième roman de Jean-Louis de La Vaissière. C’est le premier tome d’une trilogie qui s’appellera DES JUSTES, portant sur tout le vingtième siècle et le début de notre XXIème siècle. BLANCHE porte sur la période 1900/1930.

Destins croisés de deux familles. Une famille nombreuse auvergnate – d’une noblesse désargentée, dominée par la forte personnalité de la mère, Blanche, moderne et très croyante. Et une famille de la bourgeoisie parisienne, où le père est un brillant inventeur de la deuxième révolution industrielle, et où la mère, juive viennoise, s’essaie à la psychanalyse. Matthieu de Lavergne l’Auvergnat, monté à Paris pour étudier à l’Ecole Normale Supérieure, rencontre dans un train à quatre jours de la déclaration de guerre Adèle Paré la Parisienne, une artiste qui commence à sculpter. Mais cette histoire, c’est aussi le choc des cultures et des idées, avec dès le début du roman, l’arrivée en Auvergne de Dieudonné, jeune Africain orphelin de l’Oubangui-Chari, qui devient le frère adoptif et le meilleur ami de Matthieu. Tous deux survivront à la guerre, qui fait six morts dans les deux familles. Enfin, l’interrogation religieuse occupe une grande place dans ce roman, à une époque où les idées de progrès semblent s’opposer toujours plus aux traditions religieuses. Un personnage invisible est peut-être Jésus, qui entraîne l’adhésion des uns et le doute des autres. Mais la bonté se retrouve partout à travers les petits actes désintéressés des personnages, croyants ou non croyants, d’où le titre de la trilogie Les justes.

Extrait:

 « Salut, moi c’est Lavergne, et toi ? » – « Barbe ».

Comme Matthieu l’avait pressentie, la guerre contre « les boches » avait été déclarée, celle qu’on appellera la grande guerre ou, non sans humour involontaire, la « der des der ».

Ils avaient cheminé longtemps depuis leur descente du train au milieu de dizaines de milliers d’autres. Côte à côte, sur les chemins de Champagne qui montaient et  descendaient doucement en direction du front, ils avaient commencé à faire connaissance, même si le poids de leur havresac leur coupait le souffle. Ils se présentaient par bribes. De chacune de ces bribes naissait l’envie d’échanger davantage que suscite l’intuition de convergences. Lui, Eloi Barbe, venait de Provence, était petit de taille, un visage poupin, qu’encadrait une barbe drue, des yeux timides, tout absorbés par une pensée intérieure.  Eloi, 30 ans, était «fils de berger, fier de l’être » et il finit par avouer « jeune curé depuis un an dans un village de cinq cents âmes ». Matthieu se présenta : « étudiant en lettres classiques à l’Ecole Normale, compositeur de saynètes à jouer dans les bistrots, poète, mime à mes heures, ami de la nature, passionné du cinématographe, croyant par ma mère ». Et il avoua : « amoureux, fiancé par le cœur et l’âme ».

Il régnait alors dans l’interminable colonne qui sinuait dans la campagne une curieuse ambiance mêlant l’émulation et l’incertitude. Certains entonnaient à tue-tête la Marseillaise et d’autres chants patriotiques pour se donner du courage. Beaucoup d’autres marchaient le visage inexpressif mais sans peur apparente.  

Éditions Nouvelle Cité, Mars 2019

Gaële de La Brosse – Brèves des chemins de Compostelle

Mot de l’auteur :

Depuis 33 ans que j’arpente les chemins de Saint-Jacques, je pense en connaître pas mal de recoins… et bon nombre de ses pèlerins. Au cours de mes pèlerinages, reportages, conférences et autres immersions dans le milieu jacquaire, j’ai eu le temps d’y sonder les cœurs et les esprits. J’y ai également collecté des histoires drôles ou insolites, des dictons, des proverbes, des chansons, des devinettes, des acrostiches, des anagrammes, des jeux de mots, des toponymes singuliers, des extraits de livres ou de journaux amusants, étonnants ou curieux. Quelques perles imprudemment postées sur Facebook ou sur Twitter sont également tombées dans mon escarcelle.

C’est ce cabinet de curiosités du pèlerin d’hier et d’aujourd’hui que je vous offre ici, dans l’humour et la bonne humeur. Et avec toute la tendresse que je porte à mes frères et sœurs en chemin ! J’espère que vous sentirez le doux parfum d’amitié fraternelle qui émane de ces pages, ancrée dans un cheminement commun – qui, lui, n’est pas bref, puisqu’il concerne la vie entière.

Extrait :

Lorsque j’ai effectué mon premier Camino francés en 1988, il n’y avait pas de gîte à Foncebadón. Notre guide (le « Bernès ») indiquait : « Abri possible dans une des maisons abandonnées. » En réalité, dans ce paysage désolé, difficile de trouver une toiture couvrant les quelques pans de murs écroulés. Un vrai village fantôme ! Cette vision apocalyptique était accentuée par un ciel d’orage et par l’allure des seuls habitants que nous rencontrâmes : deux gros chiens arborant des colliers à pointes, c’est-à-dire des colliers anti-loups. Cette région, expliquaient les guides, est en effet l’un des derniers refuges du Canis lupus signatus, nom savant du loup ibérique. Autant vous dire que notre nuit à la belle étoile fut plutôt agitée… À l’heure où je rédige ces lignes, soit exactement trente ans après ce pèlerinage, je lis dans le récit de Shirley MacLaine : « Les chiens de Foncebadón représentaient pour moi la seule vraie menace du chemin de Compostelle. J’étais terrifiée. » Mais c’est sans doute là le seul point commun que je partage avec l’actrice américaine !

Suzac Editions, mars 2019

Gaële de La Brosse – Le petit livre de la marche

Mot de l’auteur :

« Carte blanche sur le thème de la marche ! » : tel est le défi qui m’a été lancé par l’éditeur Marc Leboucher, un bel après-midi d’automne, alors que je humais le grand air des sentiers côtiers de Bretagne. Au premier abord, j’ai été un peu décontenancée par l’ampleur de la tâche et par ce sujet qui avait déjà fait couler beaucoup d’encre. Puis, au fur et à mesure de ma progression sur ce sentier, ont commencé à apparaître, les uns après les autres, des hommes et des femmes que j’ai croisés sur ma route au cours de mes nombreux voyages à pied et de trente années d’activités consacrées à ce thème. Il y avait, tout d’abord, des grands voyageurs (Sylvain Tesson, Jean-Louis Étienne, Bernard Ollivier, Olivier Lemire), côtoyés lors de festivals ou de salons et avec qui j’ai lié amitié. Ensuite, des pèlerins, avec qui j’ai sillonné les chemins ou réalisé des reportages (Édouard Cortès, Claire Colette, Céline Anaya Gautier). Dans un autre registre, ont émergé de mon souvenir des écrivains ou philosophes dont j’avais apprécié les livres (Olivier Bleys, Frédéric Gros) puis, en ordre dispersé, un sociologue (David Le Breton), un thérapeute (Michel Gallet) et un professeur de yoga (André Weill). Enfin ont pris place dans cette galerie personnelle trois religieux, également rencontrés au hasard de la vie (frère François Cassingena-Trévedy, frère Gilles Baudry, Thich Nhat Hanh).

Ces quinze personnes, aux parcours très différents, avaient tous un point commun : vivre la marche non pas comme un acte banal, mais comme une expérience essentielle. Ce projet m’a donné des ailes. J’ai alors pris mon bâton de pèlerin afin de poursuivre mon chemin avec eux. Ce livre est le fruit de nos échanges, dans la joie du partage.

Extrait du chapitre « Canaliser l’énergie – avec Sylvain Tesson »

Les risques, Sylvain Tesson les a souvent bravés. Un soir d’août 2014, à Chamonix, il tombe du toit d’une maison qu’il escaladait. Il s’écrase sur le dos, se fend le crâne et récolte une vingtaine de fractures. Sur son lit d’hôpital, où il restera cloué pendant quatre mois, il jure : « Si je m’en sors, je traverse la France à pied. » Sitôt debout, malgré les traumatismes de son corps (« J’avais pris 50 ans en 8 mètres », commente-t-il), il tourne le dos au centre de rééducation pour se lancer sur les « chemins noirs », ces sentiers campagnards tracés sur les cartes d’un trait discret. Il devra puiser très loin dans son réservoir intérieur pour en extraire l’énergie nécessaire à cette remise en « état de marche ». « Je crois à la perfusion de la géographie dans nos âmes », déclare-t-il. Plus concrètement, sur ces chemins retrouvés, il reconquiert son énergie au contact de la nature : il salue les arbres, s’arrête près des fontaines, expose son corps au soleil, dort à même la terre. « La chute, le coma, l’hôpital m’avaient dévitalisé, écrit-il dans Le Figaro magazine. La marche me rendait mes forces. Elle injectait sa bonne sève dans les veines, les fibres, les cellules. »

CQFD. Dans ses expéditions lointaines comme par cette échappée de la Provence au Cotentin, Sylvain Tesson expérimente le processus énergétique de la marche. Sans doute sa capacité de forage est-elle plus importante que chez le commun des mortels, mais il montre à tous une voie pour capter, au contact de la terre, le flux de la vie. En feuilletant son Éloge de l’énergie vagabonde, je tombe sur cette dédicace : « Pour Gaële, pèlerine jaillissante qui cherche l’énergie au détour des chemins. » J’y inclus tous les marcheurs qui, dans leur périmètre d’exploration, parviendront à libérer leur gisement intérieur et, tant qu’il en est encore temps, à l’alimenter des énergies renouvelables que nous offre notre mère nature.

Éditions Salvator, février 2019

Marc Bouriche – Éclaircies en haute mer – Lettres d’escale 3ème édition augmentée

Le mot de l’auteur :

Deux chemins d’écriture se présentent au pèlerin en quête de réel. Le premier investit l’espace-temps, il requiert la mémoire du chercheur et les jambes du marcheur, c’est la voie du géographe, du naturaliste et de l’historien. Le second est une sente buissonnière qui interroge ce bref segment du temps qu’est l’instant dans sa fulgurance. La méthode est toute autre, de narrative elle se fait visionnaire et poétique, elle n’est plus  vassale du temps chronologique mais se met au service d’un temps polyphonique, stéréoscopique ; elle est celle du peintre qui tente de capturer la lumière dans son passage – Claude Monet dans sa maturité – d’en saisir les miroitements et les traces de feu sur la cire d’une mémoire effervescente aux surgissements imprévisibles. Le naturaliste récolte une riche moisson de livres, l’enfant sauvage plante un seul grand chêne de papier que chaque printemps régénère. C’est ce dernier sentier que les Lettres d’escale empruntent au fil des ans. Le paysage des Lettres change, l’air qu’on y respire est invariable.

Extrait :

Comment vivre ! Danser peut-être…

 …à l’affût du Oui vigoureux qui s’annonce… ou s’éclipse sous le couvert des futaies, les jours d’orage, les petits matins froids d’hiver ensanglanté de bruits et de fureurs… ou se nimbe d’un voile de brume quand la manne se fait rare. Le Oui plonge son rhizome dans toutes les parcelles du corps, fleurit plus gaiement sur l’adret, dans le brasier d’un cœur échappé des torpeurs; tourné vers le septentrion il se teinte d’ocres et perd de son éclat, apprend la grisaille boréale des territoires glacés du pergélisol, des ritournelles d’une cervelle engourdie. Sa culture n’a pas de terme et le jardinier continue d’arpenter son sol, poursuit sa quête d’humus à féconder, verdoie la fange des limons desséchés, réinvente son lopin  dans le sillage des tornades, l’enrichit de nouvelles essences. Il porte son râteau en bandoulière et se prend à choyer ses semis en vue de printemps à venir. Il habite son terroir d’un souffle tranquille pour l’avoir irrigué de ses terreurs et de ses ravissements, il s’abîme à contempler le ciel, ses nuages vagabonds dansant sur la crête du vent, glissant inexorablement vers leur dissolution, évanescents, confiants,  silencieux, accomplis. Sans réserve, il se livre à l’azur.

Éditions Complicités, collection l’art de transmettre, Mars 2019 https://www.editions-complicites.fr/