Didier Lafargue – La personne humaine dans l’œuvre de Carl Gustav Jung. Tome 2 : Âme et spiritualité

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Depuis longtemps, je me suis intéressé à la connaissance de la nature humaine dans sa complexité et sa diversité. J’ai eu en terminale un passionnant professeur de philosophie qui m’a ouvert sur tout un monde de pensée et de sagesse. En matière religieuse, elle m’a incité à m’interroger sur le caractère philosophique des différentes croyances et les éléments que ces dernières pouvaient apporter à la connaissance de l’homme.

Toujours, j’ai été fasciné par le monde des mythes, des images, des symboles. C’est un domaine où l’apport de Jung à la psychanalyse a été prodigieux. Mon intérêt pour le cinéma, la bande dessinée, l’art a renforcé mon attirance pour cet univers. La représentation imagée des mystères de la vie attachée au mythe a déterminé en moi une volonté de comprendre de manière plus approfondie toute la sagesse contenue dans ces actions créatives. En même temps, l’intérêt que j’ai toujours éprouvé pour la culture orientale, son art sa philosophie, sa conception de la sagesse, m’a amené à considérer avec un certain recul la culture occidentale et sa représentation première, la religion chrétienne. Le rapport existant entre celle-ci et le monde moderne a entraîné chez moi quelques interrogations concernant les insuffisances de celui-ci, les dangers que son très haut degré de technicité peut faire encourir à l’âme de l’individu. C’est un domaine où l’idée d’harmonie ayant cours en Orient peut se révéler complémentaire et combler des lacunes importantes dans notre univers ambiant.

Extrait :

« L’irruption du monde moderne et des mentalités nouvelles qu’il a générées a été source chez certains d’un profond scepticisme quant à l’existence de l’âme. « Pas d’âme au bout d’un scalpel » a-t-il été dit au siècle des Lumières, allusion au charisme et au prestige acquis par la science, laquelle se passe pour bon nombre d’esprits de toute considération d’ordre spirituel.
Un tel mépris ne tient pourtant pas compte de la conviction profondément enracinée en l’homme qu’existe en lui une forme de substance immatérielle dont relève toute sa personne. Dès qu’il a pu prendre suffisamment conscience de lui-même et élaborer les premiers ferments de sa spiritualité, dès qu’il a senti sur lui l’action de la divinité, l’homme a pensé qu’il avait une âme. Toutes les civilisations et tous les peuples ont perçu ce principe et nombreuses sont les croyances à son sujet. L’âme est ressentie comme un double intérieur par lequel l’homme tente de comprendre toute la complexité de sa vie psychologique, un principe de vie doué de pensée et de volonté et demeuré toujours invisible. Il est intéressant de s’interroger sur sa nature, son origine et sa destinée afin que l’individu puisse mieux s’appréhender […]
Un tel intérêt accordé à notre âme incite à s’interroger sur les rapports existant entre la personnalité et l’individuation. Tout être humain a dans sa jeunesse le désir de se bâtir sa propre individualité, un ensemble de qualités, de tendances, d’aspirations formant sa nature personnelle et à partir duquel il peut guider son existence. Cet effort pour définir son identité n’est que le premier pas sur le chemin de l’individuation, état beaucoup plus achevé. Il n’en demeure pas moins que la volonté de se construire une personnalité, les obstacles qu’il lui faut surmonter pour y parvenir, trouvent leur illustration dans une image bien ancrée en notre âme puisqu’on la trouve dans toutes les mythologies, celle qui a trait au héros. « La fonction essentielle du mythe héroïque est le développement, chez l’individu, de la conscience de soi — la connaissance de ses forces et de ses faiblesses propres, d’une façon qui lui permette de faire face aux tâches ardues que la vie lui impose »32. […]
Ces différents thèmes mythologiques frappent l’imagination dans la mesure où elles détiennent un sens précis dans la vie psychologique humaine. Le héros qui combat le monstre, aidé par un dieu ou une déesse, est l’image de la volonté humaine s’appuyant, non sur les préjugés et les idées préconçues que lui suggèrent ses semblables, mais sur les seuls dons personnels dont il a été pourvu par les dieux à sa naissance. Au-delà, il est aidé par les forces émanant de son inconscient, l’instance divine présente en lui et exerçant son action bienfaisante. C’est l’homme qui dispose d’assez de courage et de force morale pour être lucide sur ce qu’il est réellement. Ainsi s’exprimait le psychologue suisse : « Si, au cours de mon existence, je ne rencontre pas le dragon qui est en moi, si je mène une existence qui reste dénuée de cette confrontation, je finirai par me sentir mal à mon aise, un peu comme si je me nourrissais constamment d’aliments dépourvus de vitamines ou de sel. Il me faut rencontrer le dragon, car celui-ci, de même que le héros, est un centre chargé d’énergie »34. Toutes les divinités formant la base des mythologies représentent chacune une qualité humaine que l’individu se doit de développer pour connaître le progrès personnel. Le héros en lutte contre le monstre est l’homme qui, gardant le contact avec son inconscient, puise en lui seul les richesses susceptibles de l’aider contre les pulsions négatives auxquelles peut céder son âme. Au-delà de ces influences supérieures, c’est la divinité suprême qui agit, le Dieu absolu dont tous les immortels ne représentent que les divers aspects, et de Qui provient la puissance à partir de laquelle se construit l’individu ».

Jean-Marc Blancherie. Editions du Désir. Juillet 2018
http://editionsdudesir.fr/produit/personne-humaine-jung/

Didier Lafargue est né en 1962 à Bordeaux. Didier LAFARGUE a une formation d’historien. Travaillant sur le thème de l’imaginaire, il a écrit de nombreux articles dans les revues Temporel, Jules Verne, Atlantis, Acropolis, L’Initiation traditionnelle, Matières à penser, Choisir.

Didier Lafargue – La personne humaine dans l’œuvre de Carl Gustav Jung – essai

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Depuis longtemps, je me suis interrogé sur la connaissance de la nature humaine. Cela m’est d’abord venu de mon père qui m’a transmis sa passion pour l’Histoire notamment par l’intermédiaire des biographies des grands hommes, des fortes personnalités qui font l’Histoire.
La psychanalyse, appelée par Jung « psychologie des profondeurs », offre un terrain d’investigation apportant certains éclairages à ce sujet. Sur ce point, Jung s’est singularisé par rapport à Freud. À sa manière, ce dernier a édifié un dogme, distinguant en chaque individu le ça, le moi, le surmoi. Chez Jung, le dogme est absent. L’art, la littérature, la musique, la philosophie font tous état de l’âme humaine ; la diversité caractérise sa pensée. Il discerne dans l’inconscient une partie appelée inconscient collectif dans lequel les archétypes exercent leur puissance. L’ensemble est d’une prodigieuse richesse et il est toujours possible à la personne de s’y reconnaître en cas de troubles psychologiques.
Pour Jung, l’individu doit rester autonome face à la collectivité. Aussi s’est-il interrogé sur le danger que la science était susceptible de lui faire courir. Il a également manifesté son inquiétude à l’égard des mouvements collectifs à caractère idéologique au sein desquels était noyée la personne humaine, ce qui donne un caractère tristement actuel à sa pensée. Car si les forces exprimées par son inconscient collectif peuvent enrichir sa conscience, elles peuvent aussi la subjuguer si elles sont méprisées. En découle chez Jung l’émergence d’une philosophie propre à séduire ceux ayant le désir de s’interroger sur les fondements psychologiques réels des croyances reconnues. C’est ce que ce premier tome a tenté de dégager. Le deuxième tome aura pour thème la dimension purement spirituelle attachée à l’inconscient collectif toutes religions confondues.

Extrait :  

Il arrive que les êtres se mettent en tête d’obéir à des mots d’ordre, des abstractions, jusqu’à en oublier leur âme, succombent à des idées se révélant tyranniques et s’imposant à la société à l’encontre de la liberté de chacun. L’idéologie se présente alors comme un ensemble d’idées visant à présenter le monde dans un sens particulier et se posant en vérité absolue. Son objectif est de rassembler le peuple autour de ses préceptes et de susciter une adhésion pouvant mobiliser les passions. Dès lors, elle tourne vers l’intolérance et se refuse à toute remise en question propre à permettre progrès et innovation. Par cette volonté de fermeture, elle nuit au progrès personnel de chacun. Celui-ci n’est rendu possible que par des confrontations successives, soit en restant résolument ouvert à tout apport extérieur. Cet aspect oppressif accolé à l’idée caractérisa d’abord en Occident le christianisme, à travers l’Inquisition, avant de s’appliquer aux régimes totalitaires du XXe siècle. Avec ces derniers, des valeurs laïques se sont substituées à celles religieuses pour exercer une emprise tout aussi grande sur les volontés. […]
Cette division arbitraire opérée entre le bien et un mal souvent imaginaire ne fait que reproduire celle introduite dans notre esprit. Se produit alors une scission psychologique qui détruit notre intégrité et nous coupe de toute une partie de nous-mêmes. Que cette soumission absolue de l’âme humaine se fasse au nom de Dieu, à celui d’une loi incarnée par un parti ou envers un Etat représenté par un chef charismatique, elle représente toujours la même attitude humaine d’abdication de soi. Jadis existait une divinité toute puissante à laquelle les hommes vouaient une adoration sans limites puisqu’ils allaient jusqu’à lui sacrifier leurs semblables. La fascination qu’exerçait Moloch sur leur esprit était telle que ses fidèles avaient résolu de lui donner leurs propres enfants. Ceux-ci étaient brûlés vif sur l’autel du dieu ou au sein de la statue qui lui avait été élevée. Maintenant Moloch a disparu et, tombé dans l’oubli, n’est plus l’objet de ce culte sans bornes que nourrissaient les angoisses humaines. Mais il renaît de nos jours sous la forme d’idées auxquelles les individus sacrifient tout sans discernement.

Jean-Marc Blancherie-éditeur, Éditions du Désir
Parution : Octobre 2016
http://editionsdudesir.fr/produit/personne-humaine-jung/

L’auteur est né en 1962 à Bordeaux, Didier LAFARGUE a une formation d’historien. Travaillant sur le thème de l’imaginaire, il a écrit de nombreux articles dans les revues Temporel, Jules Verne, Atlantis, Acropolis, L’Initiation traditionnelle, Matières à penser, Choisir.