Marcel Comby – De ma terre natale à ma terre intérieure

Le mot de l’auteur :

Les circonstances de la vie donnent naissance soit à des instants de misère profonde, morale ou physique, qui semblent vous détruire inexorablement, soit à des moments plus sublimes de résilience qui vous rendent plus forts. Si l’on découvre finalement que tout cela débouche sur une vision de soi chargée de sens et de transcendance, on appellera cette sorte de métamorphose, un chemin initiatique.

     C’est ce chemin personnel que j’ai voulu décrire. Mais, sur le tard, un certain personnage s’est glissé dans mon être intérieur, je veux parler de Teilhard de Chardin, paléontologue et théologien qui mourut à New York le jour de Pâques 1955, ayant laissé derrière lui une œuvre considérable qui ne fut publiée qu’après sa mort.  

     Teilhard est un penseur dont la vie et la pensée sont parmi les plus toniques et contagieuses de tous les temps mais parfois contestées. Il possède une vision dynamique de l’Univers, et une perception particulière de la vérité fondée, non sur des démonstrations mathématiques ou bien sur de rigides idéologies, mais sur une certaine cohérence des choses qui constitue toute son apologétique. Sa philosophie se trouve centrée sur le concept d’évolution qui donne un sens à toute vie et une ultime convergence vers le Christ. Je lui dois beaucoup !

Extrait :

J’aimais profondément ma terre natale qui, de vignobles en vergers, descendait lentement vers le fleuve avant de faire rayonner au loin la chaîne du Mont Blanc. Les impératifs liés à mon accès au savoir livresque ne m’intéressaient guère bien que j’occupasse toujours la place du premier de la division. En fin de compte, je n’aimais pas l’école ! Malgré tout, je repense à cette petite école publique, aux murs de granit bleu bien taillé, qui me semblait représenter physiquement l’image de la République Française. J’ai apprécié la qualité pédagogique de mes maîtres, hussards de la dite République. Ceux-ci savaient ne pas dispenser qu’un savoir théorique, mais nous mettre en contact avec les différents métiers manuels exercés par des gens de la région. En outre, un grand placard contenait mystérieusement des objets dignes de nous faire comprendre les phénomènes physico-chimiques. Et pourtant, malgré mon indifférence pour les maths et le français, je trouvais exaltant de regarder mon maître écrire sur le tableau. Lorsque, chaque matin, l’instituteur commençait d’écrire majestueusement sur son tableau noir, j’étais, à cet instant précis, en proie à une petite extase. Quelque chose de beau semblait naître chaque jour : un feu qui s’allume. Nous savons que les sagesses de l’Orient enseignent que l’essentiel n’est pas dans la connaissance mais dans le geste. Je l’ai éprouvé très tôt dans ma jeunesse.

Le Lys bleu éditions, Avril 2019

Robert Jean-Daniel – Prédelle, bandeau & Cie

Le mot de l’auteur :

Il y a déjà quelques années que je vais régulièrement à St-Hugues-de-Chartreuse, avec toujours un plaisir renouvelé de m’arrêter devant chacun des tableaux, des sculptures et de l’agencement général de l’église de St-Hugues. J’y ai souvent accompagné des équipes de catéchètes, une chorale ou l’autre, des équipes pastorales, etc. L’œuvre d’Arcabas n’en finit pas de me dire du neuf, de m’ouvrir à d’autres questionnements. Et surtout, c’est tout simplement BEAU ! 

Dès lors, est monté en moi la nécessité de dire avec des mots ce que je vois et ce que cela évoque en moi. En plus, j’ai pu avoir quelques commentaires par Arcabas lui-même et sa théologie me parle particulièrement. D’ailleurs elle transparaît dans son œuvre. 

Extraits :

Effets de serres financières

À Saint-Laurent-du-Pont la danse est morte. Arrivent sans le vouloir des vallées qui menacent d’être belles. Arrivent les montagnes aux yeux vairons, leur alternat de sommets gris et jaunes, céruléens et entourloupés de blanc. Les neiges s’escriment à demeurer entre taches de verdures. Bravement. Elles jouent les prolongations. Absentes en hiver, elles se rattrapent en pestant contre les suies d’en bas. Petites causes et grands effets. Ou l’inverse, elles ne savent plus.

Détroits de pierres

Nous remontons les eaux avec cette oppressante impression de faire le Guiers. Jamais elles n’ont porté nom aussi clairement. Vif ou Mort.
La montagne est fendue à la hache du gel et des rivières.
Le ciel est perdu de vue et perd les eaux. Il faudrait un arbre tombé, pour retrouver le sens d’un horizon.

Éditions des Sables, collection « Rose des sables », Mars 2019

Patrice Obert – Nouvelles Fantasmafictioniriques

Le mot de l’auteur :

Il s’agit de mon deuxième recueil de Nouvelles. Le premier s’intitulait Emotions du quotidien. Avec ce nouveau recueil, je m’aventure dans des zones moins attendues. Une femme entre dans un homme, un torrent surgit d’un ventre et se répand dans la ville, une infirmière plonge son bras dans le trou d’un malade, un homme prépare le 50ème anniversaire de son épouse infidèle, une femme constate une poussière de peau sur le nez de son ami, un étudiant chinois tombe amoureux d’une jeune fille qui se dissimule dans les herbes de la Cité U, un homme fait son footing en bord de mer… Autant de détours pour entraîner dans un univers inattendu, entre fantasme et fiction, dans ces failles, souvent sensuelles, où surgissent les rêves et où se reformulent les vraies interrogations de l’existence.

Pour le militant que je suis, tellement engagé dans l’action et la réflexion, ces nouvelles m’ont apporté un espace/temps de liberté et d’évasion…l’essentiel ?

Extrait de la nouvelle LES GANTS

Un soir, me dit-il, sa maman lui avait expliqué la tradition juive. Les dix doigts des mains correspondaient aux dix commandements gravés par Dieu sur les deux tables de la Loi. Les cinq doigts de la main droite, celle de la miséricorde, représentaient les cinq premiers commandements qui régissaient les rapports de l’humain au Dieu créateur du ciel et de la Terre. La main gauche était celle des rigueurs. Ses doigts symbolisaient les cinq derniers commandements qui organisaient les relations des hommes entre eux et faisaient de l’humain le responsable de l’avenir de l’humanité. Ils lui offraient le choix entre le bien et le mal. Elle avait ajouté, compléta-t-il d’une voix basse, qu’il n’y avait pas de paix sans justice, ni de justice sans pardon.

Éditions La lampe de chevet, Mars 2019

Brigitte Maillard – La simple évidence de la beauté

Le mot de l’auteur :

La beauté du monde est un appel et l’homme cet être de langage y répond de toute son âme. François Cheng

Ce livre, La simple évidence de la beauté,  paru en 2011 aux éditions Atlantica, est une nouvelle édition revue et augmentée. Il est un hommage aux paysages de Bretagne que nous offre le Finistère. Paysages intenses dont la Baie d’Audierne est l’un des joyaux. La splendeur de ces lieux nous aide à être présents au monde, sous une autre lumière. Un jour, sur une plage de la Baie d’Audierne, la beauté s’est emparée de tout mon être. Inoubliable instant car  la beauté a quelque chose d’incroyable à nous dire. Derrière ce monde respire un autre monde…  Cette expérience m’a éclairée. J’ai voulu la traduire en poésie. C’est cela la vraie beauté de la poésie : au lieu de parler de ce qui est, elle chante quelque chose qui est infiniment plus élevé que la réalité et qui pourrait lui ressembler d’avantage : Ivan Tourgueniev 

Ainsi est né en 2011 La simple évidence de la beauté, mon premier recueil aux éditions Atlantica, présenté aujourd’hui dans cette nouvelle édition accompagnée de photographies de ces paysages, fruits de la lumière et de la beauté de notre regard…

Extrait :

Un vent étonné sort de l’être

Poussé par l’étrange

Échevelé comme la mer

Je suis vêtue d’espace

Le temps se replie

Ses baisers me vont droit au cœur

Après avoir défait mon corps

On n’est pas ce qu’on veut être

On naît au fil de soi

Visage à découvert                                                

Souffle du vent

Pensée du monde

La vie revient

Elle est belle

Unique

Semblable à la mort ineffable

Je m’origine plus loin

Au-delà de toute cette histoire

Barbare et solennelle

Plonger dans la nuit noire

Enveloppé de désir

Au loin un ciel en feu

Au cœur un chant d’étoiles

Plonger dans la nuit noire

Y laisser tout son corps

Et surgir des limites

Inondé de lumière

Editions Monde en poésie

Jean-Philippe de Tonnac – Le cercle des guérisseuses

Le mot de l’auteur :

« Je suis allé à la rencontre de guérisseuses en France, en Suisse et au Canada. Guérisseuses ? Des femmes qui prennent en charge les maux qui ne trouvent plus aucune écoute, qui prennent indistinctement soin du corps et de l’âme, qui soignent à partir de dons. Vous pouvez les appeler énergéticienne, magnétiseuse, naturopathe, rebouteuse, médium, écothérapeute, chercheuse en mémoire cellulaire, chamane, gardienne des eaux, etc. Elles sont pour notre temps celles que les pouvoirs temporels et religieux ont autrefois malmenées ou persécutées. Je leur ai demandé de me dire la manière dont elles étaient devenues guérisseuses, les dons à partir desquels elles parvenaient à enclencher chez leurs patients un processus de guérison. Pour connaître leur art, j’ai reçu de leur part un soin, parfois plusieurs. C’est la notion de « maladie » et de « guérison » que ce livre interroge ; c’est celle de « féminin blessé » qu’il tente d’éclairer. »

Extrait :

« Je ne m’étais pas proposé d’écrire un livre sur le sang des femmes. Je voulais rencontrer des guérisseuses, celles qui me paraissaient encore détentrices de ce que les femmes, dans leurs combats contre la suffisance masculine ou simplement absorbées dans la tâche de préserver au fond d’elles-mêmes la ressource sacrée, semblaient avoir abdiqué. Cette puissance que j’ai dite, cette puissance qui avait toujours garanti à la communauté la vitalité du lien avec la nature, avec la terre, avec l’intelligence, avec les instances du ciel, ce lien par lequel l’énergie circulait, la grande énergie qui baigne le monde créé, qui est précisément l’invalidation répétée des frontières que le masculin s’emploie partout à ériger et dont son pouvoir est tributaire. Ces guérisseuses, autrefois sorcières, malmenées par le politique, le religieux, par le mariage des deux, par eux humiliées, par eux jugées, par eux éradiquées, j’avais eu la révélation de leur survie dans le monde où je vivais. »

Guy Trédaniel éditeur, 2019

Jean-Louis de la Vaissière – Blanche

Le mot de l’auteur :

BLANCHE est le deuxième roman de Jean-Louis de La Vaissière. C’est le premier tome d’une trilogie qui s’appellera DES JUSTES, portant sur tout le vingtième siècle et le début de notre XXIème siècle. BLANCHE porte sur la période 1900/1930.

Destins croisés de deux familles. Une famille nombreuse auvergnate – d’une noblesse désargentée, dominée par la forte personnalité de la mère, Blanche, moderne et très croyante. Et une famille de la bourgeoisie parisienne, où le père est un brillant inventeur de la deuxième révolution industrielle, et où la mère, juive viennoise, s’essaie à la psychanalyse. Matthieu de Lavergne l’Auvergnat, monté à Paris pour étudier à l’Ecole Normale Supérieure, rencontre dans un train à quatre jours de la déclaration de guerre Adèle Paré la Parisienne, une artiste qui commence à sculpter. Mais cette histoire, c’est aussi le choc des cultures et des idées, avec dès le début du roman, l’arrivée en Auvergne de Dieudonné, jeune Africain orphelin de l’Oubangui-Chari, qui devient le frère adoptif et le meilleur ami de Matthieu. Tous deux survivront à la guerre, qui fait six morts dans les deux familles. Enfin, l’interrogation religieuse occupe une grande place dans ce roman, à une époque où les idées de progrès semblent s’opposer toujours plus aux traditions religieuses. Un personnage invisible est peut-être Jésus, qui entraîne l’adhésion des uns et le doute des autres. Mais la bonté se retrouve partout à travers les petits actes désintéressés des personnages, croyants ou non croyants, d’où le titre de la trilogie Les justes.

Extrait:

 « Salut, moi c’est Lavergne, et toi ? » – « Barbe ».

Comme Matthieu l’avait pressentie, la guerre contre « les boches » avait été déclarée, celle qu’on appellera la grande guerre ou, non sans humour involontaire, la « der des der ».

Ils avaient cheminé longtemps depuis leur descente du train au milieu de dizaines de milliers d’autres. Côte à côte, sur les chemins de Champagne qui montaient et  descendaient doucement en direction du front, ils avaient commencé à faire connaissance, même si le poids de leur havresac leur coupait le souffle. Ils se présentaient par bribes. De chacune de ces bribes naissait l’envie d’échanger davantage que suscite l’intuition de convergences. Lui, Eloi Barbe, venait de Provence, était petit de taille, un visage poupin, qu’encadrait une barbe drue, des yeux timides, tout absorbés par une pensée intérieure.  Eloi, 30 ans, était «fils de berger, fier de l’être » et il finit par avouer « jeune curé depuis un an dans un village de cinq cents âmes ». Matthieu se présenta : « étudiant en lettres classiques à l’Ecole Normale, compositeur de saynètes à jouer dans les bistrots, poète, mime à mes heures, ami de la nature, passionné du cinématographe, croyant par ma mère ». Et il avoua : « amoureux, fiancé par le cœur et l’âme ».

Il régnait alors dans l’interminable colonne qui sinuait dans la campagne une curieuse ambiance mêlant l’émulation et l’incertitude. Certains entonnaient à tue-tête la Marseillaise et d’autres chants patriotiques pour se donner du courage. Beaucoup d’autres marchaient le visage inexpressif mais sans peur apparente.  

Éditions Nouvelle Cité, Mars 2019