Jean-Daniel Robert – “Journal en poésie”, suivi de “Le givre nous brûlera”. Photographies d’Adriana Passini

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Ce Journal en poésie est une sorte de chronique poétique et imagière au fil des mois, des saisons, des lieux, des rencontres… Novembre peut tout aussi bien être un temps de dormition des jardins et des terres à cultures qu’un temps pour prendre un vin chaud au café du coin ; comme mai pourra permettre de siroter une bière tout en observant les gens alentour. Il y a comme une vibration des semences enfouies sous les feuilles mortes, une « ascension-descension » des lumières ; et cela m’émeut toujours. Quelques interrogations, quelques colères, aussi. Et des moments d’humour, d’humeur et d’humus, ces rimes à l’envers. D’humour et d’amour, ces rimes à l’endroit.

Le givre nous brûlera, lui, est tout un chemin des jours d’amour, souvent, et de doutes, parfois. Une longue quête en crescendo, à travers les silences, la parole, la douleur et les années.

Extraits :

Vous êtes fleur de train

Soleil dans le brouillard

Vous deux aux yeux fermés

à vous chercher les lèvres

Merci pour l’espérance

Que vos regards diffusent

l’air de rien, entre deux approches

Vos bras aiment la vie

Le silence de Dieu

vous offre son sourire

puisque votre murmure

dit tout de son visage

                                    TGV

                                                                       (Après Bourg-en-Bresse)

« Je suis la cervoise du Seigneur »

Prière

et bière

la plus belle rime

Belge et monastique

“Journal en poésie”, suivi de “Le givre nous brûlera”. Photographies d’Adriana Passini. Éditions Encre Fraîche – 2018

Jean-Daniel Robert : le Journal de Noé

Pourquoi j’ai écrit ce livre

S’intéresser à Noé réveille des histoires de pluies surabondantes, de sécheresse, de neige, de chaleur ou de froidure, bien sûr… Histoires de malédiction ? Ou de bénédiction ? Le Journal de Noé a commencé à s’écrire en regardant une rivière de France ou de Navarre. Une rivière où l’on n’aurait pas mis le bout d’un orteil !

Noé, c’est un homme d’aujourd’hui qui constate et qui s’interroge de plus en plus, alors qu’autour de lui on édicte des lois nouvelles, on proclame des décrets tous azimuts et on cherche à convaincre que tout est parfait. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, puisque l’on se charge de notre bonheur. Noé, lui, regarde donc les rivières ; il écoute le déluge d’informations ; il renifle les odeurs de la terre craquelée, bousculée, dévastée. Avec d’autres personnages, il cherche le sens possible de ce qui arrive, oscillant entre cynisme, désespérance et folle espérance. Pourquoi en est-on arrivé à la fin d’un monde, sinon la fin du monde ? Est-ce vraiment la fin ?

noe2Dans ce Journal, Noé lutte pour rester un homme libre et debout, libre dans sa vie intérieure et dans ses choix, debout par noblesse d’honnête homme. Ce livre est littérairement proche du genre apocalyptique au vrai sens du mot : enlever le voile. Il tente de dire qu’il y a (peut-être ?) quelque chose derrière le voile, derrière le mur. Ce livre espère prophétiser, parce que le prophète, de son côté, tente de dire ce qui risque de se passer si, face au mur, on ne change pas de direction. Il s’agit aussi d’évoquer la lumière, celle que l’on recherche ou que l’on refuse.

En résumé

Ce texte est comme un cri, celui de Jean-Daniel Robert, trop longtemps retenu. Un puissant cri de survie, de résistance et de révolte aussi. Le trait est forcé, à la limite de la caricature comme pouvait l’être celui des comédies du Moyen Age. Parfum de fin d’un monde ou espoir de renouveau ? Né à Chêne-Bougeries, près de Genève, Jean-Daniel Robert est  marié et père de trois filles. Auteur de plus d’une dizaine de recueils poétiques, il collabore à de nombreuses revues. En 2008, les éditions Encre Fraîche avaient publié Les dravasses, son premier roman.

Extrait

Nous savions que nous allions devoir entrer en clandestinité et vivre en des lieux isolés, élevés et inaccessibles. Mais les inondations en cours ont précipité un mouvement d’exode. Combien de gens vont-ils essayer de se retrancher sur les hauteurs? Arriveront-ils à s’y acclimater? Ils ne savent plus faire un feu, laver leur vaisselle ou leur linge autrement qu’avec des machines, ils ne savent plus trouver le manger et le boire… En fait, sans même parler de l’eau qui ne cesse de monter, il y a une immense partie de l’humanité de l’hémisphère nord, bref, notre bonne vieille civilisation, qui est en très grave péril. Mortel, même, faute de simplement savoir encore se débrouiller. Quant à la montée des eaux, plus personne ne sait quand ça s’arrêtera. Et la pluie n’a pas de préférences, entre est et ouest, entre nord et sud.

Journal de Noé, Chronique du vieux refuge, Jean-Daniel Robert, Editions Encre Fraîche, novembre 2011, 256 pages, 28 fr. suisses.