Patrice Obert : Le grain de sable – recueil de nouvelles

Le mot de l’auteur :

 Par ce troisième recueil de nouvelles, je souhaite tracer patiemment le sillon d’une traversée littéraire. Ce recueil répond au premier, intitulé Emotions du Quotidien. O y retrouve des personnages attachants, des tranches de vie, des récits. Histoire inattendue, comme celle de Luka ; drôle de Tour du monde de Madeleine et Colette qui nous plonge dans une rencontre interreligieuse pas si imaginaire que cela ; interrogations face au progrès technique dans l’Iphone et les Grands-parents et la TNT…. Et puis quelques confidences glissées ici et là, petits cailloux en suspension entre les lettres. Des Nouvelles à déguster une à une.

Extrait de la nouvelle LE BAC A SABLE

Une bille s’est échappée. Sa trajectoire a été déviée d’un imperceptible écart par un grain de sable. La voilà qui sort de la trace qui s’imposait à elle, à peine un cheveu, rien ne se décèle encore mais les forces à l’ouvrage travaillent à pervertir le cheminement prévu. La bille a quitté son orbite. Elle prend davantage de vitesse, grimpe dans le corridor qui lui est affecté à la manière d’un vélo de course lancé à vive allure sur la piste d’un vélodrome. Elle franchit le mince renflement de sable chargé de la canaliser, elle s’éjecte. Les trois billes suivent la même trajectoire, se projettent en désordre dans le no man’s land poudreux qui entoure la forteresse et s’y entassent en désordre.

Éditions La lampe de chevet, 2020

Patrice Obert – Nouvelles Fantasmafictioniriques

Le mot de l’auteur :

Il s’agit de mon deuxième recueil de Nouvelles. Le premier s’intitulait Emotions du quotidien. Avec ce nouveau recueil, je m’aventure dans des zones moins attendues. Une femme entre dans un homme, un torrent surgit d’un ventre et se répand dans la ville, une infirmière plonge son bras dans le trou d’un malade, un homme prépare le 50ème anniversaire de son épouse infidèle, une femme constate une poussière de peau sur le nez de son ami, un étudiant chinois tombe amoureux d’une jeune fille qui se dissimule dans les herbes de la Cité U, un homme fait son footing en bord de mer… Autant de détours pour entraîner dans un univers inattendu, entre fantasme et fiction, dans ces failles, souvent sensuelles, où surgissent les rêves et où se reformulent les vraies interrogations de l’existence.

Pour le militant que je suis, tellement engagé dans l’action et la réflexion, ces nouvelles m’ont apporté un espace/temps de liberté et d’évasion…l’essentiel ?

Extrait de la nouvelle LES GANTS

Un soir, me dit-il, sa maman lui avait expliqué la tradition juive. Les dix doigts des mains correspondaient aux dix commandements gravés par Dieu sur les deux tables de la Loi. Les cinq doigts de la main droite, celle de la miséricorde, représentaient les cinq premiers commandements qui régissaient les rapports de l’humain au Dieu créateur du ciel et de la Terre. La main gauche était celle des rigueurs. Ses doigts symbolisaient les cinq derniers commandements qui organisaient les relations des hommes entre eux et faisaient de l’humain le responsable de l’avenir de l’humanité. Ils lui offraient le choix entre le bien et le mal. Elle avait ajouté, compléta-t-il d’une voix basse, qu’il n’y avait pas de paix sans justice, ni de justice sans pardon.

Éditions La lampe de chevet, Mars 2019

Patrice Obert – Émotions du quotidien – recueil de nouvelles

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Nos existences sont construites sur des rencontres. Ceux que nous croisons nous aident à comprendre le monde et à nous émerveiller. Pilleur des mots des uns, voyeur des vies des autres, je recompose les bribes qu’ils me livrent, volontairement ou non, en agençant à ma manière les parcours qui m’ont surpris, les cheminements qui m’ont intéressé, les réflexions qui m’ont marqué, les souffrances qui m’ont touché, les anecdotes qui m’ont fait rire.
J’aime écrire ces courts récits, brosser une histoire en quelques pages. Des destins qui nous parlent et nous emportent avec eux parce qu’ils nous disent chacun un peu du mystère de la vie

Extraits : Nouvelle « La maison de Yann »

À la fin de ces vacances, Yann a disparu.

Connaît-on jamais un être humain, serait-il votre fils ?

Yann n’est pas revenu de Paris où il était allé chercher ses résultats de fin d’étude. Appels téléphoniques, attente, inquiétude, trouble. Il a fallu quelques jours pour comprendre que « quelque chose » s’était passée, puis d’autres jours pour exclure l’accident, l’hospitalisation, la rixe ou l’agression qui aurait mal tournée et le corps que la police aurait pu découvrir. Quelques jours encore pour découvrir la chambre en désordre, la boîte aux lettres remplie de courriers, dont certains dataient de trois ans, le portable et les clés du studio abandonnés sous le lit. Le dernier qui l’aura vu sera le voisin, qui l’aura croisé le dimanche midi, un sac sur l’épaule, partant. Quelques semaines pour douter, en triant les affaires, pour s’interroger sur l’impossibilité de retrouver des cours de fac récents, pour se mettre à imaginer que sa vie n’était peut-être pas celle qu’elle croyait, celle d’un étudiant en médecine qui devait en finir bientôt avec ce premier cycle d’étude, qui avait une amie et des potes avec lesquels ils trinquaient de temps en temps dans des bistros. Quelques semaines encore pour réaliser que l’étudiant n’était plus inscrit à la fac depuis quatre ans, qu’il n’avait jamais passé les derniers examens, que personne n’était au courant, ni Aurélie, effondrée, ni les copains, désemparés, ni les cousins et cousines, stupéfaits, ni le barde et la mère-mer, ni Allan, ni elle, Annie, sa mère. Il avait fui par peur de lui dire la cruelle vérité.

Éditions La lampe de chevet,
Parution le 18 Octobre 2017

Patrice Obert, 2017

Pourquoi j’ai écrit ce livre ? 

Qui sait de quoi 2017, année électorale, sera fait ? Quelles sont les raisons qui poussent les habitants d’un peuple à voter pour tel ou tel parti ? Au moment du vote , mille pensées traversent l’esprit mais bien souvent, le choix du parti s’impose de façon irrationnelle : conviction de longue date, exaspération contre tel homme politique, confiance dans une espérance, nostalgie des jours anciens, refus des alternatives… le jeu est complexe. Personne ne le contrôle vraiment. Ainsi, au-delà des préoccupations immédiates, souvent économiques, pratiques, se jouent d’autres enjeux qui nous renvoient à des questions plus essentielles. A notre désir d’un monde meilleur s’articulent nos raisons de croire à une espérance collective capable de nous porter en avant ou nos raisons de désespérer d’un monde qui ne nous ouvre plus de perspectives. Et c’est là, dans l’inconscient, que travaillent en sourdine les forces spirituelles, individuelles et collectives, qui transcendent les cheminements personnels et sont soudain capables de soulever des montagnes, de dresser des peuples les uns contre les autres, de faire jaillir la bienveillance ou la violence.

Dans cette ville de la banlieue parisienne, un frère et une sœur, l’un jeune militant LR plein d’enthousiasme, l’autre journaliste rebelle et effrontée, vont mener sous nos yeux leur aventure d’une année, au milieu d’un microcosme politique qui  reflète en miroir les combats de la scène nationale.

 J’ai voulu écrire la vie politique avec les mots, les rires, les cris et les larmes de la vie quotidienne.

2017 couverture


 

Extrait

Le cheikh a glissé sous lui un coussin et a croisé ses jambes en tailleur. Il se penche sur le côté, incline son visage. Il porte des lunettes à la fine monture qui viennent concentrer son regard lumineux. Il pose une main replète sur son genou droit tandis que les doigts de sa main gauche jouent avec la maille de l’épais tapis de prière sur lequel ils se sont installés, dans un coin paisible de la mosquée.

-Je suis content que Khaled t’aies rencontré, Omar, ton chemin devait croiser le nôtre, je m’en réjouis.

Le jeune homme se tient assis en face de lui, mal à l’aise, le regard fuyant.

-Tu sais tout ce qu’on dit de notre mosquée, Omar, continue le cheikh d’une voix posée teintée d’un léger accent, beaucoup de mal ». Il sourit et laisse le silence envahir l’espace « Nous vivons des années difficiles. Tu as quel âge ? »

Omar se tortille « 18 ans » dit-il d’une voix basse

-18 ans » reprend le cheikh.  Il ôte son kéfir, se gratte le crâne, remet en place le kéfir. « 18 ans, c’est l’âge des grandes décisions. Tu vois, moi, c’est à dix-huit ans que j’ai décidé que je partirais étudier en Syrie auprès d’un maître. Cela s’est fait beaucoup plus tard mais j’ai été fidèle à cette promesse que je m’étais faite. Apprendre auprès d’un plus sage que moi et peut-être, un jour, devenir un sage moi-même afin de faire des disciples pour la plus grande gloire de notre Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) et de notre Dieu »

Il observe le jeune homme. Omar est beau, avec ses cheveux noirs coupés courts et cette mèche qui bat son front. Il y a en lui une grâce surprenante, naturelle.

-Omar…

Le jeune homme lève les yeux vers lui. Ses yeux verts clairs illuminent son visage de berbère.

-Khaled me dit que tu as déjà appris les prières, que tu sais réciter la Fathia ?

Omar hoche la tête.

-C’est bien. Tu apprends vite. Nous avons besoin de jeunes comme toi, capables de retrouver le bon chemin. Seule la parole de notre Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) peut nous y aider. Il faut étudier, entends-tu, sans cesse étudier, apprendre et réfléchir aussi ». Le cheikh lève un doigt pour attirer l’attention du jeune homme. « Khaled m’a dit que tu aimes bien réfléchir, c’est cela ? »

Omar garde les yeux baissés. Il est intimidé. Être assis, là, face au cheikh. Voici deux mois qu’il a quitté la maison, sans rien dire, deux mois qu’il ne fréquente plus ses copains de virée, qu’il ne traîne plus dans les bars pour chercher à traficoter. Quand il s’est fait apostropher dans la rue par Khaled, il a cru à une blague, il l’a suivi par jeu, pour voir ce qui allait se passer, lui qui n’avait plus le souvenir d’être jamais entré dans une mosquée. «Te fais pas de souci, mon frère, tu trouveras des dattes et du thé frais ». Pourquoi pas, au fond ? Depuis, il a prévenu sa mère – son père, il n’a pas osé. Il est installé à la mosquée, le cheikh veille sur lui, il est content.

-Omar, ne va pas croire tout ce que tu entends. Ici, c’est la maison de la paix. Ici, tout le monde est le bienvenu. Il faut avoir un bon comportement, afin d’obtenir le maximum d’unités qui te permettront de vivre au paradis. Faire le bien, la miséricorde, comme notre Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), rester humble. Le seul jihad dont on te parlera ici, c’est celui de ton cœur, mais sache-le, mon fils, tu seras soupçonné d’être un terroriste, tes faits et gestes seront scrutés, tout ce que tu diras sera analysé, décortiqué et on t’accusera même de ce que tu n’auras pas dit, de ce que tu n’auras pas pensé. Nous allons faire de toi un prédicateur, un homme de la parole, un homme de paix. Car j’ai reçu en songe  ta venue et tu nous as rejoints.

Le cheikh est soucieux. Il sait que les wahhabites encerclent sa moquée avec leurs paquets de dollars saoudiens et qataris. Il sait qu’ils veulent sa peau et imposer leur islam rigoriste et sectaire. Il sait que cette secte de malade ne reculera devant rien tellement leurs cerveaux sont délavés par toutes les vidéos qu’ils regardent à longueur de journée sur leurs smartphones. Il est effrayé de leur fascination morbide pour les scènes de décapitation, ahuri de leur aveuglement face aux promesses fallacieuses d’un paradis rempli de vierges faciles promises aux martyres. Mais il ne baissera pas les bras. Il résistera, pour ne pas sacrifier l’islam de paix dans lequel il a grandi et dont il veut témoigner par sa vie. Le cheikh se lève et ouvre ses bras. Omar hésite puis il se redresse et vient se placer devant le cheikh. Le cheikh s’approche de lui, pose ses mains sur ses épaules :

 – Bienvenue à toi, mon fils.

Patrice Obert, 2017, éd. Le Texte Vivant

Patrice Obert. Chroniques des élections européennes

Pourquoi j’ai écrit ce livre ?

Il s’agit d’un témoignage et d’un engagement.
Le témoignage est celui d’un citoyen qui, peu à peu, venant du secteur associatif, a pris conscience de la nécessité d’entrer en politique. Je raconte à travers ce livre pourquoi et comment je me suis engagé. J’en tire trois enseignements :
1. Faire de la politique, c’est compliqué. Nous refusons de devenir des professionnels de la politique mais nous devons faire de la politique de façon professionnelle
2. Les français ne comprennent rien à l’Europe. Non qu’ils soient des eurosceptiques. Ils sont plutôt des eurodéçus. Mais l’ensemble de nos élites ( et pas seulement politiques) ont négligé le travail d’information, d’explication, de pédagogie de l’Europe
3. Les résultats, accablants : 40% d’abstention, un Front national à 25%

Un engagement à continuer le combat afin de créer les conditions d’une Alternative républicaine qui soit européenne, solidaire, écologiste et personnaliste. Ce combat, je le mène en étant depuis février 2015 président des poissons roses.

Résumé
Ce livre se présente en trois parties :
1. Pourquoi et comment je me suis engagé (autrement dit, du 21 avril 2002 au 25 mai 2014)
2. Les bruits de la campagne (autrement dit, ce que j’ai entendu sur les marchés au centre de la France puisque j’étais N°2 sur la liste Nous Citoyens dans la circonscription Centre-Massif central)
3. Et désormais, que faire ? (autrement dit, un bilan des élections assorti d’une réflexion sur les chemins pouvant mener vers cette Alternative républicaine qui donne à cet ouvrage son sous-titre).

 

Patrice Obert. Chroniques des élections européennes- Ed. Harmattan, 2015 http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=46022

Salon des Ecrivains croyants : des textes en lecture

Parce que les textes peuvent résonner, les mots prendre corps, il faut donner de la voix à l’écrit. Durant tout le salon des Ecrivains croyants qui aura lieu le samedi 17 mai à la mairie du VIe arrondissement de Paris, le salon de lecture permet aux écrivains de mettre en voix leurs derniers textes. Une rencontre, une pause, un souffle proposés aux visiteurs.

Les lectures se déroulent en continu (excepté l’interruption de la conférence).

Horaire : 14 – 15h/16h15 – 18h15 : 12 lectures

 

14h : Emmanuel Godo pour La Conversation, une utopie de l’éphémère (PUF)

14h15 : Claire Daudin pour Dernières nouvelles du Christ (Le Cerf)

14h30 : Anne Ducrocq pour Quand je suis faible, je suis fort (Bayard)

14h45 : Alain Durel pour L’archipel des saints (Albin Michel)

interruption…………..

16h15 : Cecilia Dutter pour Un cœur universel, regards croisés sur Etty Hillesum (Salvator)

16h30 : Patrice Obert pour Un projet pour l’Europe (L’Harmattan)

16h45 : Colette Nys-Mazure pour Le soleil, ni la mort, Vallotton (Invenit)

17h : Christophe Henning pour Christian de Chergé, moine à Tibhirine (Médiaspaul)

17h15 : Violaine Barthelemy au nom de l’Association Charles Péguy notre jeunesse (1910) et Le porche du mystère de la deuxième vertu (1912)

17h30 : Olivier Lemire pour Chemins d’Assise, l’aventure intérieure (Bayard)

17h45 : Christiane Rancé pour François, un pape parmi les hommes  (Albin Michel)

18h : Jean-Michel Touche pour Bienvenue dehors ! (Salvator)

18h15 : FIN