Colette Nys-Mazure, toute en poésie….

Colette Nys-Mazure est avant tout poète. Elle a publié romans, nouvelles,
livres de jeunesse, essais à succès dont Célébration
du quotidien, Contes d’espérance, Tu n’es pas seul, Dieu au vif,
La vie poétique, j’y crois. Membre de l’Académie catholique de
France, elle collabore à différents journaux et revues, et travaille
volontiers avec des plasticiens ; elle aime écrire à propos de
l’oeuvre de peintres (Vallotton, le soleil ni la mort).
Elle a cette année particulière donné beaucoup de sa poésie au monde….
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photo de Françoise Lison-Leroy.
La vie poétique, j’y crois, 
J’ai eu envie d’écrire La vie poétique, j’y crois parce que je souffre des idées toutes faites qui éloignent le grand public  de la poésie qui appartient à tous. J’avais envie de partager mon enthousiasme.
 Extrait “Je n’entrerai pas en poésie par la voie royale de la définition ni par les citations les plus justes.(…) Je préfère prendre mon élan à partir de deux expériences concrètes et recentes : dans une chambre d’agonie, dans un atelier de maçonnerie. Ici comme là, j’ai croisé, je le jure, la poésie en personne.”
Bayard, 2015, collection J’y crois
Cette obscure Clarté
” Aussi longtemps que je pourrai respirer, marcher — même avec
un déambulateur —, me passionner pour ce que je ne connais
pas, admirer au lieu de dénigrer et me réjouir sans posséder.
Aussi longtemps que je serai capable de remonter en enfance,
de savourer le monde par tous les sens et de rejoindre Dieu au
coeur du coeur, tout sera possible. J’inventerai ma vie. »
obscure clarté
et puis Colette a aussi publié ces belles Prières pour Tous les enfants, ce pain de la vie quotidienne…
colette couverture prières enfants

Une belle cérémonie pour la remise du prix Ecritures & Spiritualités

Cette soirée fut un beau moment de partage, d’émotion où de nombreux invités (auteurs, éditeurs, journalistes, amis et sympathisants) ont célébré nos lauréats Abdellatif Laâbi et Marion Muller-Colard. Voici quelques images ainsi qu’une partie des beaux textes d’hommages et de réponses échangés à cette occasion.
Monique-Grandjean.-Le-prix-Ecritures-Spiritualités-et-son-histoire
Colette-Nys-Mazure.-hommage-à-A.-Laâbi.
K.Berger-hommage-à-Marion-Muller-Colard-prix-ES-juin-2015
réponse-de-Marion-Muller-Colar.

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Salon des Ecrivains croyants : des textes en lecture

Parce que les textes peuvent résonner, les mots prendre corps, il faut donner de la voix à l’écrit. Durant tout le salon des Ecrivains croyants qui aura lieu le samedi 17 mai à la mairie du VIe arrondissement de Paris, le salon de lecture permet aux écrivains de mettre en voix leurs derniers textes. Une rencontre, une pause, un souffle proposés aux visiteurs.

Les lectures se déroulent en continu (excepté l’interruption de la conférence).

Horaire : 14 – 15h/16h15 – 18h15 : 12 lectures

 

14h : Emmanuel Godo pour La Conversation, une utopie de l’éphémère (PUF)

14h15 : Claire Daudin pour Dernières nouvelles du Christ (Le Cerf)

14h30 : Anne Ducrocq pour Quand je suis faible, je suis fort (Bayard)

14h45 : Alain Durel pour L’archipel des saints (Albin Michel)

interruption…………..

16h15 : Cecilia Dutter pour Un cœur universel, regards croisés sur Etty Hillesum (Salvator)

16h30 : Patrice Obert pour Un projet pour l’Europe (L’Harmattan)

16h45 : Colette Nys-Mazure pour Le soleil, ni la mort, Vallotton (Invenit)

17h : Christophe Henning pour Christian de Chergé, moine à Tibhirine (Médiaspaul)

17h15 : Violaine Barthelemy au nom de l’Association Charles Péguy notre jeunesse (1910) et Le porche du mystère de la deuxième vertu (1912)

17h30 : Olivier Lemire pour Chemins d’Assise, l’aventure intérieure (Bayard)

17h45 : Christiane Rancé pour François, un pape parmi les hommes  (Albin Michel)

18h : Jean-Michel Touche pour Bienvenue dehors ! (Salvator)

18h15 : FIN

Colette Nys-Mazure : Le soleil ni la mort

Pourquoi j’ai écrit ce livre? Vallotton

“J’avais déjà écrit un petit livre pour Dominique Tourte des éditions Invenit autour d’un tableau du Musée de Douai Le Reniement de saint Pierre par un émule du Caravage. L’éditeur – remarquable historien d’art et passionné -, ayant fini le tour des musées du Nord – Pas-de-Calais, s’intéresse désormais aux grandes expos et m’a demandé un texte à propos de Félix Vallotton en vue de la rétrospective qui s’ouvre le 2 octobre 2013 au Grand Palais à Paris. Nous avons choisi le Ballon du Musée d’Orsay, un tableau troublant car il semble solaire et s’avère menaçant. D’où le titre Le Soleil ni la mort… en écho notamment à La vie meurtrière un roman de Vallotton, peintre, graveur, dramaturge, romancier et critique. J’ai donc regardé, laissé décanter …et le livre vient de sortir.”

Colette Nys-Mazure

En résumé

Le ballon (1899) est un tableau majeur dans l’oeuvre de Félix Vallotton (1865-1925). Plus ambiguë qu’elle n’y paraît, cette peinture explore l’opposition lumière et ombre. En la contemplant, Colette Nys-Mazure se remémore le drame de son enfance: la brutale disparition de ses parents alors qu’elle n’est âgée que de 7 ans.

Un extrait


Comment Félix Vallotton a-t-il procédé pour unifier deux univers puisque Le Ballon est composé de deux photographies (n’avait-il pas acquis un Kodak ?) , prises de deux points de vue différents. La première est en hauteur et saisit l’enfant courant derrière le ballon. La deuxième reste au niveau du sol pour fixer les deux femmes dans le parc. Le peintre recourt à des surfaces peintes de couleurs simples qui divisent le tableau d’un part en vert et sombre, d’autre part en beige lumineux. Si les femmes sont figées, l’enfant bouge et les taches contribuent au mouvement.

Ce jeu entre deux plans distincts participe à l’équivoque. Cette enfant enjouée est hors de l’univers des adultes, exposée à tous les périls. Mais simultanément sa liberté nous réjouit à l’heure où l’on vit en surprotégeant les êtres, en les retenant de vivre pour les empêcher de mourir, en châtrant leur intrépidité. Entre prudence et audace, quel chemin ?

Oui, plus je scrute Le Ballon, une œuvre qui semblait radieuse, plus je me sens happée par l’anxiété. Une vieille angoisse enracinée haut dans mon existence : celle de tout perdre, avant de regagner la lumière.

Le Soleil ni la mort, Colette Nys-Mazure, Invenit, collection Exphrasis, octobre 2013, 78 p., 12 €.

Colette Nys-Mazure : Anna

Pourquoi j’ai écrit ce livre?

“Le roman Anna reflète une aventure singulière : il y a plus de deux ans, j’ai été contactée, comme d’autres écrivains belges, pour tenter d’écrire un roman simple mais pas simpliste au cahier des charges très exigeant à l’intention des “petits lecteurs”, des personnes qui apprennent à lire et écrire, à moins qu’elles ne viennent d’une autre langue. La Traversée est une nouvelle collection de romans pour adultes, pour tous les adultes. Des romans courts, rédigés dans une écriture fluide et belle. Des histoires d’amour, de haine, de peur, de crime, de guerre. Des phrases simples, mais pas de simples phrases. Lorsque je suis allée lire les premiers chapitres à Namur, j’étais Annaface à un groupe disparate d’une dizaine de personnes, composé d’un Irakien, une Camerounaise, un Croate, un SDF belge, etc. Après lecture dans différents groupes, le manuscrit est renvoyé à l’écrivain pour des aménagements successifs. J’ai réécrit ce roman afin d’être plus lisible par tous. Exemple “Anna gagne son quai” n’est pas compris car gagner fait référence à l’argent donc je dois écrire “Anna rejoint son quai”. L’écrivain est aussi une « passerelle » et il est bon de tenter de rejoindre le lecteur débutant là où il est, là ou il désire.”

Colette Nys-Mazure


 

En résumé

Je suis partie de la une de Métro , une photo qui m’intriguait et qui apparaît dans le roman tel un refrain. J’ai imaginé une rencontre entre une technicienne de surface et un accordéoniste roumain en séjour provisoire. Deux personnages solitaires, reflets de notre société sans pitié, que l’amour va renouveler.

Anna entend un air d’accordéon. Elle se lève à demi de son siège. Du fond du wagon, elle voit venir son ami. Elle a pensé « ami » alors qu’elle le connaît si peu. Lui a reconnu Anna. Il s’attarde près d’elle. Il joue pour elle seule. Anna ferme les yeux. On dirait que sa fatigue est moins pesante.

Un extrait

Depuis combien d’années, Anna ne s’est-elle pas réveillée avec un homme à ses côtés ? C’est bon d’ouvrir les yeux en sentant cette présence. Anna se souvient de tous les gestes de la nuit. La douceur, la patience de son amant. Quelque chose qu’elle n’a jamais connu. Le jeune Portugais ne s’occupait pas du plaisir d’Anna. Tomas faisait tout vite : se laver, manger, aimer. Anna avait besoin d’autre chose. Costa est attentif et sensible parce qu’il est un artiste. Costa fait chanter son accordéon et il fait chanter le corps d’Anna. Son accordéon, est comme un corps de femme contre lui, entre ses mains. Même en dormant, sa main vient sur elle tendrement. Elle craint de le réveiller en quittant le lit pour préparer le petit déjeuner. Elle désire que lui aussi se réveille avec elle à ses côtés. Sur son coin de canapé, Anna est certaine qu’il n’a jamais vécu cela. Avant peut-être. Dans son pays. D’autres femmes l’ont aimé et il les a aimées. Anna ne l’interrogera pas. C’est sa vie à lui. Ce qui compte c’est ce qu’ils vont vivre ensemble.

Anna, Colette Nys-Mazure, Weyrich, Collection La Traversée, septembre 2013, 92 p., 7,90 €.

Remise du prix 2013 à Christiane Rancé

Présentation de l’oeuvre de Christiane Rancé, Prix des Ecrivains Croyants 2013 pour Laissez-moi tout, mais laissez-moi l’extase (Le Seuil), par Colette Nys-Mazure, membre du jury et de l’association, lors de la remise du prix le 23 mai 2013 au musée Bourdelle, à Paris.

Nous voici en face d’une personnalité remarquable et complexe ou plutôt kaléidoscopique, Par où commencer ?

La journaliste ? Christiane Rancé est entrée au Figaro magazine en 1990 où elle a travaillé comme grand reporter , comme chef du service « People » — où elle signe des textes sur ses rencontres avec, entre autres, John Irving ou Vittorio Gassman — puis comme chef du service « Enquêtes », spécialement chargée du fait religieux (christianisme, judaïsme, islam, bouddhisme.) Depuis 2004, elle signe, notamment dans Géo, des reportages axés sur la géopolitique et la culture (en Europe, Inde, Afrique et Amérique latine). L’éditrice ? Chez Robert Laffont, elle a publié notamment Phoolan Devi, Zlata Filipovic. L’auteure de textes et préfaces ? Notamment dans Pour vous, qui suis-je ? – Regards sur Jésus, Mame, 2013 Sans oublier les Entretiens Avec Lucien Jerphagnon De l’amour, de la mort, de Dieu et autres bagatelles, Albin Michel, 2011.

L’écrivaine ? comme on dit au Québec et en Belgique au risque de vous déplaire.. Ses livres dressent les portraits de figures littéraires, tel Léon Tolstoï, et spirituelles, Catherine de Sienne et d’autres. Elle est aussi romancière : On ne fait que passer, NiL, 1994.

Remise du prix AECEF (3)C’est l’essayiste qui nous retient : Prenez-moi tout, mais laissez-moi l’extase, une méditation sur la prière, reçoit aujourd’hui le Prix des écrivains croyants.

La couverture interpelle : cette reproduction de Une femme dans le soleil du matin de Caspar David Friedrich – actuellement au Louvre dans le cadre de l’expositon De l’Allemagne – et un titre emprunté à Emily Dickinson ; Prenez-moi tout, mais laissez-moi l’extase, titre long qu’elle a amputé puisque le poème poursuivait « et je serai plus riche que mes semblables ».

Christiane Rancé dédicace son ouvrage à Lucien Jerphagnon mort à 90 ans en 2011, le maître, l’homme attentif à l’Autre qui reçut le prix des Ecrivains croyants avant elle. Dans un chapitre émouvant, elle narre la toute dernière visite qu’elle lui a rendue alors qu’il était en soins palliatifs : « Je lui avais demandé si la prière pouvait aider, ce qu’il pouvait m’en dire. Il avait souri, joint et levé les mains vers le ciel, puis les avait ouvertes, dans le mouvement d’une fleur qui éclot, avant de me dire d’une voix ténue : « La prière, Oh la prière ! Ce désir d’une présence. »

De ce disciple de Jankélévitch, de cet ami de Jacqueline de Romilly et Paul Veyne, de ce spécialiste de la pensée grecque et romaine, plus particulièrement de saint Augustin dont il assura l’édition des trois volumes pour la Pléiade, Jean d’Ormesson disait : « Un savant qui sait unir un style rapide et séduisant à l’érudition la plus rigoureuse », lui trouvant « une simplicité familière, souvent mêlée de drôlerie, avec une précision sans faille ». Il me semble que cet éloge pourrait s’appliquer à Christiane Rancé.

J’avoue l’effet de surprise, de plus en plus émerveillée, ressenti en ouvrant l’essai de Christiane Rancé au titre quelque peu provocant. Impressionnée par la profondeur, l’étendue de l’enquête, l’érudition de son auteur, la diversité des apports tant théologiques, philosophiques qu’historiques, littéraires en particulier poétiques, allais-je tout réussir à tout dévorer d’une seule haleine impatiente ? Non ! j’ai choisi de morceler ma lecture, de lire et d’intérioriser chaque matin au rythme des 42 chapitres. Un feuilleton en quelque sorte. Un vol en altitude pour entraîner le jour qui vient.

D’entrée de jeu, Christiane Rancé situe son objectif : les dernières terres sacrées sont violées par les bulldozers, et le territoire de l’intime est bradé. Tout s’exploite. Tout devient spectacle, jusqu’au plus secret de l’âme ». Elle cite Yves Bonnefoy « Et de toutes parts, l’aggravation des injustices sociales et de la misère » Contre cette peur, il existe un rempart : la prière. Ceux qui la formulent, croyants ou non, juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes, animistes ou agnostiques, proclament l’urgence qu’il y a à rappeler dans un mode sui s’est effondre, ce qu’elle est, ce qu’elle soulève, ce qu’elle propose et que tout n’est pas vide de sens, ni sans lendemain. Chaque personne qui prie recrée un espoir et le sauve.

Essai, le mot prend ici toute sa valeur modeste et audacieuse, intrépide et résolue puisqu’il s’agit d’une approche très complète du mystère de la prière ; expérience, documentation, érudition au service de toutes les dimensions de cette activité humaine des plus particulières. De Heidegger à Höelderlin, de Rimbaud aux Pères de l’Eglise, de Mère Teresa à Pascal , de Péguy à Etty Hillesum, un apparent « foutoir » – permettez-moi le mot – et cependant on suit Christiane Rancé à la trace. Ariane nous précède et nous guide, l’air de rien.

Entre deux Rencontre des infinis, on cherche Comment prier en temps de détresse ou Pour le rire, La joie retrouvée, La grâce de l’extase (pour ne citer que quelques titres). Dans les Miroirs de la prière, on traque les vérités. On sort aussi du cadre classique pour s’intéresser à l’orient, à l’icône, autant qu’au chemin de Compostelle ou aux psaumes. Un subtil alliage, une « composition » comme l’est notre propre vie, pétrie de terre, hantée de ciel.

Une telle profusion ! Une générosité sans condition. On en reste pantois. Près de 300 pages donc, résolument hybrides, mais noyautées ou plutôt sous-tendues par la prière sous toutes ses formes, une enquête savante et le reflet d’une sensibilité aiguë. L’information ne dissimule pas l’expérience personnelle dénuée de toute complaisance. J’aime le récit de son désir de prière lorsqu’à dix ans, elle allait observer les religieuses en prière, bénéficiant d’un double attrait, ou la crise de l’adolescence sauvée par Rimbaud, en prière sur la terrasse.

Franchement ! Voici un essai hors du commun que je vous invite non à parcourir mais à lire, relire, creuser, laisser résonner en vous. Ainsi lorsqu’elle cite Alain Fournier, qu’on ressuscite en ces temps de célébration de la première grande guerre, « Nous savons bien qu’une seule chose importe, une seule vaut qu’on vive et peut nous satisfaire. Ce sont ces grands soulèvements, des désirs infinis qui nous transportent dans l’Autre Pays ; ce sont ces paysages de nos désirs, peut-être de nos souvenirs, qu’il faut atteindre, dont il faut se rendre dignes ». J’entends résonner en moi cette autre phrase du même auteur : “Jamais, il n’y aura jamais de fin. Toujours nous nous parlerons ainsi tout bas, bouche à bouche, comme deux enfants qu’on a mis dormir ensemble dans une maison inconnue la veille d’un grand bonheur.”

Je vous remercie, chère Christiane Rancé, de ce présent sans prix que vous nous offrez. Permettez-moi de rappeler ce rôle, ce don de l’écriture dont parle si bien mon compatriote Henry Bauchau mort récemment , comblé de jours comme votre cher Lucien Jerphagnon : le vitrail travaille la lumière, l’écriture, l’obscurité intérieure. Merci d’avoir illuminé nos longues ténèbres.”

Colette Nys-Mazure