Nos auteurs écrivent

Habiter spirituellement le monde, écrire aux confins du jour, de la nuit, de soi-même…

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Tout au long de la nuit, / le vent et ses rafales / ont déplumé les arbres. / Le sol en est jonché / d’ocre, de rouille, d’or.

On dirait un miroir / des dégradés de gris / irisé des bleutés / dont le ciel s’est paré / pour recouvrir les toits.

L’humble beauté des tons / ici et là offerte / au regard attentif / compense la tristesse / de ce matin pluvieux,

Aux vitres des fenêtres /de certaines façades, / clignotent, argentés, / des rideaux de flammèches / en ordre dispersé.

Dans ces appartements / des enfants guettent l’heure / où la fête viendra / rencontrer leurs attentes / et combler leurs désirs.

J’ai écouté le vent /et suivi le sentier / détrempé par la pluie / pour tenter d’accorder / mon âme aux pas du monde.

Agnès Gueuret Fontenay-sous-Bois, le 5 déc.-20

Bienheureux François d’Assise

insouciant du bonheur insouciant du malheur n’amassant rien n’entassant rien
lui le fils du marchand aux coffres emplis de riches étoffes /
il est pieds nus mains nus vêtu de mauvais drap lui le fils du marchand aux
coffres emplis de pièces d’or pieds nus mains nues /
pierre après pierre il a rebâti la maison du Seigneur – et va sans rien qui
pèse chant faible… parole infime avec les loups de la forêt il converse /
qu’importe la pauvreté la froidure de l’hiver ou la malédiction d’un père /
plus faible qu’oisillon qui vient de naître dans le creux de sa main il tient /
– tout l’Univers humble entre les humbles à voix presque inaudible il parle et
les arbres et les pierres et les bêtes sauvages lui répondent /
qu’importe la pauvreté la froidure de l’hiver ou la malédiction d’un père
contre son cœur il a serré ces morts-vivant ces damnés ces lépreux plus faible
que nouveau-né il est le pain de vie le levain de la terre lui le fils de
l’homme aux coffres emplis de pièces d’or il habite la cabane de fougères et
de branches et converse avec les anges

Françoise Leclerc

Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? Lewis Caroll

Je vous écris d’une aventure initiatique : elle entaillera l’opacité des siècles,  brodera son chiffre sur la trame de nos existences. Elle suscitera un souffle susceptible de nous emporter là où nous ne pensions jamais nous rendre.

Je vous écris à la faveur d’un creux foré par l’exigence drastique du confinement. Réincarné, le fantôme de la peste se dérobe à la prise. D’où vient ce virus, quel est-il, quand daignera-t-il nous abandonner avant de muter? Comment lui résister ? Experts et politiques s’affolent et volent en tous sens. L’être simple en est déboussolé.

Je vous écris d’un dilemme. Nous empêchera-t-on de vivre pour nous retenir de mourir ? Des proches incarcérés dans leur chambre de séniorie, au dur des jours interminables, sans relief ni visite autorisée, se laissent glisser vers la tombe. 

Je vous écris brutalement délestée du faix des urgences, des déplacements acrobatiques. S’éveille une frémissante sensation de paix. Devant moi s’étend une plage vierge et je cours au devant du loisir, du plaisir offert sans mélange…En un premier temps. 

Colette Nys-Mazure, Lettres des Confins 1.

Danse de l’amour infini

Monseigneur Martin Laplaud nous offre une belle méditation pour les temps actuels à partir du Livre de l’Apocalypse de Jean, réputé difficile, mais un texte pour aujourd’hui, ouvert, riche et vivant, parlant à tous.  Olivier de Lagausie,

Très concrètement aujourd’hui, l’humanité rencontre, à travers le virus de la couronne, une figure de l’adversaire ontologique, qui met en lumière la vanité, la prétention de toutes les fausses couronnes dont elle s’est parée. Et nous sommes collectivement invités à prendre en main ces énergies perverties, en devenir maître, sans aucunement les refouler. La lutte évoquée ici n’a d’autre arme que l’Amour qui nous rend capable de rencontrer nos égoïsmes, violences et voracités pour les transformer et les retourner en lumière dans la force des Présences conjointes de l’Esprit et du Christ, Ami de l’Homme et Médecin des âmes et des corps.

Le combat se fait danse, la danse de l’Amour infini…

A terme, ce profond travail de conversion et d’intégration des ombres personnelles et collectives permettra à l’humanité encore adolescente d’entrer dans une nouvelle conscience, une plus grande maturité, l’avènement d’une humanité sujette, l’avènement des filles et fils de Dieu, au cœur même de l’effondrement de l’ancien monde. L’épreuve traversée est initiatique.

Evêque Martin “Traces d’Apocalypse en temps de confinement” Editions Lazare et Capucine. 2020

L’aube qui point

Si ton chant à Matines / célèbre l’aube qui point/il est fruit du silence / mûri au fond du cœur / Douce est la nuit/à la peine qu’elle séduit/tendre la peine / au profond de la nuit/ En temps d’incertitude / se défaire d’habitudes/réparer la solitude / le deuil des départs/ Entre retraits et avancées/renoncer au relai / s’affranchir d’anathèmes / du piège de l’amer / De Ta voix l’onde / appelle à la ferveur/qui nous montrera ce jour / le visage de la Grâce

Dominique Aguessy

Ci-dessous, un second texte sans titre du même auteur

Ton souvenir / veilleuse allumée / pour que l’obscur / ne prévale sur la lumière

Douleur et douceur / se prennent par la main / est-ce l’art d’aimer / ainsi enseigné

Le temps d’un vide / faire place à l’insu / attentifs aux murmures / du semeur de secrets

S’en remettre à l’instant / précieux et éphémère / sans appui où s’ancrer / de gratitude

Nos mots nous ressemblent / nous rassemblent / jaillis de plus loin que soi / nomades en quête d’oasis

De Ta voix l’onde / amène à l’éveil / qui portera ce jour / le visage de la Grâce

Dominique Aguessy

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Habiter spirituellement le monde, écrire aux confins du jour, de la nuit,  de soi-même…

Ouvrir les nues

Oh ! Combien j’aimerais me poster sur l’estran / et regarder la mer jusques aux antipodes ! / Oui, me saouler d’embruns, goûter le sel iodé / des vagues, de l’écume en train d’ourler le sable, / me remplir de l’élan monté du cœur des eaux /et chasser toute envie de tristesse ou d’ennui ! Deux colombes là-haut sur le toit de l’immeuble / se parlent dans le vent à peine perceptible. / Leur voix ne parvient pas à venir jusqu’à moi / qui revois sur l’ardoise inclinée des auvents / d’une maison normande un couple de pigeons / en train de roucouler, à moins que ce ne soit / le lancinant appel de tourtereaux épris. Puiser au fond du ciel qu’il soit bleu, gris ou noir /la force du désir qui habite le monde / depuis les galaxies jusqu’au magma brûlant. Puiser au fond du ciel qu’il soit bleu, gris ou noir /la force du désir qui habite le monde / depuis les galaxies jusqu’au magma brûlant des laves en fusion au centre des volcans / et m’en aller sereine à nourrir ma mémoire / de l’appel infini à tracer le chemin / qui débouche où qu’on soit sur l’amour créateur  / capable d’entrouvrir les portes de la paix.

Agnès Gueuret  Fontenay-sous-Bois, le 13 nov. 20, au 18° étage de la Tour Delphine

 Un lieu

Tu as ouvert à cette page le poème où s’écrit ta vie, là où tu essaies d’être fidèle à un amour, à une terre, à ce chemin d’ascèse que tu désires vivre pleinement – le refus de l’ascèse, écrivait François Mauriac, c’est la mort de toute spiritualité – au long des occupations diverses, grandes et petites. Si tu peux écrire d’amour parce que tu sens la saveur des mots, c’est toujours dans la distance, dans la différence, dans la séparation, dans une absence au monde apparent. Tu apprends à aimer en te détachant des biens de ce monde.

Ici, ce lieu qui t’habite frémit de l’air du large toujours changeant, toujours en mouvement. Ce lieu est ton lieu. Tu le sais parfois assombri. Mais il est aussi offert au beau consentement de la lumière qui t’éveille, qui t’appelle. Tu lui confies ton cœur, ta joie, tes obscurités, la peine des jours. Tu accueilles sa parole, une parole à écouter de ce que sait ruminer l’océan roulant son vif-argent depuis des millénaires. Que peut-il en éclore ? Tu accueilles les mots que tu te risques à assumer et servir. Tu habites le lieu comme tu habites la terre alors que toutes les impressions sonores et colorées du paysage alentour et du cœur s’épanchent sous tes yeux. Tu consens à ce que tu es, à tes limites où se croisent ombres et lumières.

 Jean-Pierre Boulic, avril 2020

Écoutez les arbres…

Ce matin en arrivant dans la cuisine j’ai vu l’écureuil. Il venait du jardin voisin. Il a grimpé le long du noisetier, sauté sur une branche si fine que j’ai cru qu’il allait tomber, il a enjambé un rosier pour s’accrocher au tronc solide du sapin dont il a franchi les branches sans s’arrêter pour atterrir dans le jardin de l’autre voisin… j’ai pensé à toi, tu aurais aimé qu’on l’admire ensemble. Le jardin est rendu à sa vraie nature de brise silencieuse et l’écureuil se croit en pleine forêt.

Aujourd’hui chaque bruit est avalé par la prescription : « Restez chez vous ». Dans le lointain, un train s’éloigne portant un chapitre du passé auquel les voyageurs s’accrochent, recouvert d’une autre vie qui prend toute sa place auprès des arbres ; une vie de confinement. Les branches craquent, les feuilles mortes crissent. Seuls, quelques oiseaux clament leur liberté d’expression !

En automne, le jardin sent le malheur des arbres dans sa chair et cette fois, peut-être, le malheur des hommes. L’odeur lourde et âcre de la mort. Un méchant virus ? Vous êtes sûr ? Ou bien est-ce mon inquiétude ? Je marche dans les allées, je parle aux arbres, avec eux. Il paraît que les arbres communiquent, partagent leurs émotions, leurs peurs, leurs douleurs. Préviennent leurs compagnons des dangers qui menacent la petite planète du jardin où ils vivent. Que se disent-ils aujourd’hui ?

Les hommes malades sont hospitalisés. Les bien portants sont confinés, comme les arbres d’un jardin, souffrants ou non : « Confinés » par nature. Nous devrions prendre modèle sur eux. Écoutez leur souffle : « Enracinés, nous prenons notre temps à pleines mains à pleines gorgées, le reste, on ne le connaît pas… Prenez donc le temps à mains ouvertes à gorges déployées, le reste, vous ne le connaissez pas ».

 « Rentrez chez vous ! »  Laissez ramper vos racines dans les profondeurs du sol de vos vies, offrez vos bras au ciel, tendez vos mains vers la lumière ; de vos doigts, touchez le vent, délicatement, pour saisir la musique du temps.

Marie-Eline Vincent, auteure de « Si le bleu s’envolait », Éditions des Oyats, 2018.

Hymne au désert

Demeurés dans l’enceinte du palais, ils le découvrirent, l’embellirent, se réjouirent de ses charmes.

Marcher vers les confins de l’erg au contour incertain, à la marge des jours, visiter d’antiques mémoires, saluer l’agonie des miroirs, enjamber le parapet des connivences.

Défricher de jeunes sentes dans les taillis du cœur, lancer du beau navire les bouteilles à la mer lestées de messages suaves aux hommes tournant leur regard vers la flamme. 

Accueillir l’inconnu aux lisières du silence, glaner sur la terre les fruits mûrs de l’assise dépouillée de ses mousses, prier l’oie sauvage migrant vers le septentrion.

Converser avec la petite sœur la mort, rendre grâce à notre hôte d’avoir été convié, inonder d’un sang neuf la friche ensauvagée, souffler sur les braises du langage, chanter a capella.  


Privilège, ascèse, initiation inassouvie, débusquer la joie qui ne meurt, les lendemains ouverts, le dieu caché derrière le voile des léthargies, dans les replis du désert.

Marc Bouriche, novembre 2020

On n’y voit goutte

Que faire, on n’y voit goutte ! En ces temps incertains, l’horizon se clôt sur nos craintes, nos mal-êtres. Le temps étrange s’étire sur l’immobile de nos situations. Nous ne reconnaissons plus rien de ce qui nous était familier. Les visages ont disparu. On a perdu le sens du toucher. Quelle ironie du sort, au moment où l’on parle d’homme augmenté, nous sommes diminués, contraints. Krisis en grec vient du verbe trier. La crise nous pousse à mettre de l’ordre, de faire un choix, elle implique de décider. À l’heure où l’on croit que tout nous échappe, il y a une voie active qui nous invite à distinguer pour séparer. Aux premiers jours du monde, Dieu sépare les eaux et fait paraître la terre féconde. Nous sommes des créateurs. Nos jours sont des Genèses. Divine crise qui nous propose l’exigence de choisir le ciel. Ce désir-là est une flamme qui illumine chaque pas, fut-il modeste.

« Cette source éternelle est cachée

En ce pain vivant pour nous donner vie

Mais c’est de nuit » (Jean de la Croix).

Paule Amblard,   le 26/11/2020

Nuit de la Poésie d’Écritures & Spiritualités : Photos de l’événement

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Notre nuit de la Poésie a été un bel événement. Découvrez-le en images.

Lire ci-après le préambule du récital poétique de la Nuit de la Poésie :

La nuit de la poésie d’Écritures & Spiritualités

Samedi 18 Janvier à 19h – Espace Poveda 75014 Paris

Entrée libre – Réservation souhaitée

Écritures & Spiritualité est heureux de vous convier à cet événement. Venez nombreux !

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Agnès Gueuret – Traces johanniques

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

La Bible, cette bibliothèque aux livres multiples et multiformes, qu’un jour l’on aborde et dont on ne peut plus se détacher. Arpenter les textes ; lire et relire ; laisser se forger en soi « une oreille de disciple » ; tenter d’advenir tel cet « arbre planté près d’un cours d’eau » dont parle le psaume, et, pour avoir puisé un instant à la source, oser laisser sa plume chanter au rythme du cœur soudain rassemblé par un souffle dont il ne sait « ni d’où il vient ni où il va ».
Dans ce livre, je me suis arrêtée à réécouter le quatrième évangile, vieux compagnon de mon itinérance. J’y ai retrouvé, inentamées, des questions qui nous taraudent tous : qu’est-ce que la confiance ? À qui faire confiance ? Comment y durer ? Et jusqu’où ? Et j’ai tenté de retracer les pas de mon cheminement à l’écoute du texte johannique dont mes poèmes respectent les lignes tout en se faisant invitation à entrer dans la musique intérieure qu’elles ont suscitée.

Résumé :

Après un court Prologue, le livre se développe en trois grandes parties : 1) La confiance à l’épreuve ; 2) La confiance éprouvée, au sens de « attestée », « vécue » ; 3) La confiance scellée. La structure de chacune des parties s’organise selon un rythme récurrent : trois poèmes ou récitatifs qui respectent le fil du texte évangélique, suivis d’un interlude où le poète s’exprime de façon plus personnelle et située. En 1) sept reprises de cette structure ; en 2) trois reprises ; en 3) une seule reprise. Viennent alors l’épilogue et la coda. Ces pages s’organisent ainsi en livrets à la façon d’un opéra ou d’une symphonie.

Extrait (pris dans un interlude) :

La confiance n’est pas /exempte de questions. / Mais elle a pris appui / sur une résonnance, / une fondamentale / venue de loin frapper / un tambour sur sa peau, /ou pincer en arpège / les cordes d’une harpe / secrètement présente / à l’intime de l’être. / Et le cœur a cédé /sous l’évidence extrême / dont aucune raison / ne saurait rendre compte.

Nul ne sait l’origine, / le déploiement, la fin /de cet accord qui monte /et embrase les sens / au point de les mener / jusqu’au consentement /profond comme la mer / où les eaux se reposent.

Éditions Le Corridor bleu, mars 2018