Bernard Grasset : “Ainsi parlait Blaise Pascal – Dits et maximes de vie choisis et présenté par Bernard Grasset”

Le mot de l’auteur :

Le petit livre Ainsi parlait Blaise Pascal s’ouvre par une préface dont le titre « Savant, philosophe et mystique » reprend les mots figurant sur la plaque apposée au début de la rue Pascal, dans le quartier du Jardin des Plantes, à Paris. Un choix de près de 450 citations, tirées de l’ensemble des écrits ou propos de l’auteur des Pensées, qu’ils soient scientifiques, polémiques, théologiques, philosophiques, poétiques, spirituels, mystiques, constitue le cœur du livre qui se conclut par une notice biographique. Pascal, « savant, philosophe et mystique » mais aussi Pascal moraliste, poète et spirituel, tant sa personnalité est riche, à l’image de ses écrits.

Ainsi parlait Blaise Pascal a vocation à faire lire ou relire, découvrir ou redécouvrir, l’auteur des Pensées dans tous les aspects de son écriture, des plus connus aux plus inattendus, à rappeler des citations qui font partie de notre patrimoine culturel comme à donner à entendre des citations oubliées. Enfant de son temps, Pascal demeure étonnamment moderne tout en s’inscrivant dans la plus lointaine tradition. Celui qui inventait la machine arithmétique, vérifiait par l’expérience l’existence du vide, finira sa vie en se mettant au service des pauvres et en écrivant des pensées, centrées sur le Christ et sur l’homme, au service de cette unique vérité dont il était passionné.

Grand écrivain, maître du langage, Blaise Pascal a été aussi un grand spirituel, toujours soucieux de mettre en conformité les actes et la foi, un écrivain-témoin qui parle encore, de manière bouleversante, à notre cœur.

Extraits :

« La difficulté se trouve d’ordinaire jointe aux grandes choses. » (4)

« Il n’y a de consolation qu’en la vérité seule. » (15)

« Les lieux élevés, comme les sommets des montagnes, ne sont pas si pressés par le poids de la masse de l’air que les lieux profonds, comme dans les vallons. » (22)

« Eternellement en joie pour un jour d’exercice sur la terre. » (27)

« Les meilleurs livres sont ceux que ceux qui les lisent croient qu’ils auraient pu faire. » (39)

« Rien n’est digne d’amour que vous, puisque rien n’est durable que vous ! » (135)

« Plaisante raison qu’un vent manie et à tout sens ! » (179)

« “Ce chien est à moi”, disaient ces pauvres enfants. “C‘est là ma place au soleil.” Voilà le commencement et l’image de l’usurpation de toute la terre. » (193)

« La sagesse nous renvoie à l’enfance. » (197)

« Le plus grand des maux est les guerres civiles. » (201)

« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant. » (250)

« L’enfant est la vertu, et le roi est la malignité de l’homme. » (265)

« Pensée échappée, je la voulais écrire : j’écris au lieu qu’elle m’est échappée. » (293)

« Il y en a qui parlent bien et qui n’écrivent pas bien. » (297)

« Les rivières sont des chemins qui marchent, et qui portent où l’on veut aller. » (331)

« Dieu est un Dieu caché. » (346)

« Tout ce qui n’est que pour l’auteur ne vaut rien. » (351)

Editions Arfuyen, 2020

Plus d’infos sur Bernard Grasset : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Grasset_(%C3%A9crivain)

Bernard GRASSET – Brise (2006-2008)

Le mot de l’auteur :

Il y a longtemps, bien longtemps, que j’écris des poèmes inspirés de la Bible, comme un chemin intérieur du fini à l’infini, un chemin de fidélité aux sources et de rencontre. Un chemin au plus profond de l’humain, au plus secret du divin. L’inspiration reste libre, très libre, de sorte qu’un lecteur peu familier de la Bible pourrait presque ne pas l’apercevoir. Libre, voilée, elle n’en est pas moins fondatrice et irrigue non seulement l’architecture générale du recueil mais aussi chacun de ses vers.

Ces poèmes qui s’adressent aussi bien à des lecteurs croyants que non croyants se tournent vers des terres, des êtres, oubliés de nos mémoires. Le mot brise qui donne son titre au livre fait écho au qol demamah daqah (murmure d’un souffle ténu) entendu par Élie sur le Sinaï mais au-delà à toute manifestation discrète et apaisante d’une insaisissable Présence dans nos vies, d’une voix qui nous parle au plus intime de notre être du plus lointain. Peut-être que la poésie a cet humble pouvoir, ce devoir sacré, que de nous rappeler à plus d’humanité dans l’accueil du mystère de beauté qui souffle aux creux du temps.

Extraits :

Habiter la terre

Dans l’écho du vent,

Peuplier et nuages.

Assoiffé je creuse,

Creuse le temps, l’espace,

Angoisse et labeur.

Naissance des mots

Sur le seuil du secret,

L’attente brûle encore.

Les saisons, l’oubli,

Arcades de soleil,

Aimer et bâtir.

L’obscurité, l’abandon,

Chênes et acacias,

L’œuvre du silence.

Je sarcle, taille,

Pour que demeure

Le vin du poème.

Jacques André éditeur – Collection Poésie XXI – 2020

Bernard Grasset – Pascal

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Lorsque l’on m’a proposé d’écrire un livre sur Pascal pour la collection Connaître en citations des éditions Ellipses, destinée aux étudiants et à toutes les personnes souhaitant s’initier à un auteur majeur en laissant résonner ses paroles mêmes, je n’ai pas tardé à donner mon accord, quand bien même j’avais d’autres projets d’écriture en attente. Pourquoi ? D’une part parce que Pascal est un auteur passionnant avec lequel je séjourne beaucoup depuis la thèse que je lui ai consacrée, d’autre part parce que je trouve ce chemin d’entrée dans l’œuvre d’un grand penseur, d’un grand écrivain, à partir de citations jugées essentielles tout à fait éclairant. J’étais habitué à tirer des œuvres de poètes, de philosophes, d’écrivains, que je fréquentais, des citations qui me semblaient décisives, de portée universelle tout en parlant à mon cœur et mon esprit, comme une sorte de florilège éclairant l’existence. Sur Pascal, pour la raison évoquée plus haut, je disposais d’un matériau riche permettant d’envisager sereinement l’écriture d’un livre fondé sur un choix de cinquante citations parcourant les différents visages de sa pensée. Ainsi est né, après un long labeur, ce livre, « Pascal », dans la collection Connaître en citations.
Compte tenu de l’esprit de cette collection, j’ai conféré une dimension pédagogique à l’ouvrage tout en m’efforçant d’en faire un exercice d’écriture de telle sorte qu’il soit à la fois un livre destiné à enseigner et un livre qui possède son style propre, un livre qui soit autant d’écrivain que de pédagogue. La préface, constituée d’une biographie en une quinzaine de pages de Blaise Pascal, a été aussi l’occasion privilégiée d’essayer de concilier les deux dimensions.
En résumé, dans ce livre sur Pascal, j’ai eu pour horizon de concilier science, enseignement et travail sur le langage.

Extrait :

« Il n’est ni ange ni bête, mais homme. »
(Pensées) (Fragment 453 S)

Idée :
Qu’est-ce que l’homme ? Telle est la question essentielle qui traverse toutes les Pensées. Pascal donne ici des éléments de réponse en définissant l’être humain par ce qu’il n’est pas. L’homme n’est ni un être purement vertical, ou seulement horizontal, ni une créature uniquement terrestre ou céleste ; il est à part, entre deux opposés.

Commentaire :
Pascal, nous l’avons vu, entend arracher les masques, dénoncer les illusions, afin que se dévoile l’essence même de notre condition. Plus on a de lumière, plus on reconnaît « et grandeur et misère en l’homme ». (155 S) L’homme mis à nu est un être misérable, plein d’amour-propre, de volonté de dominer, injuste, mais aussi inexplicablement grand. Il y a en l’homme deux principes majeurs, l’un de misère, l’autre de grandeur. (182 S) L’homme est fondamentalement un être de contrariétés, un être contradictoire. Afin d’illustrer cela, Pascal recourt aux symboles opposés de l’ange et de la bête. Misérable et grand, l’homme se place entre la bête et l’ange.
« L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. » (557 S) Faire l’ange, c’est oublier sa misère, sa corporéité, sa finitude et le paradoxe est que, lorsque l’on veut ainsi s’élever, on s’abaisse. La place, singulière, unique, de l’homme se situe entre la créature purement céleste et la créature purement terrestre. Il est au milieu de deux mondes, le terrestre et le céleste, et participe de l’un comme de l’autre. Le danger de la pensée sur l’homme est à la fois de trop le ramener à l’animal et de trop l’identifier à l’ange. Pascal s’insurge aussi bien contre ceux qui soulignent à l’excès notre grandeur, tels les stoïciens, que contre ceux qui nous ont rendus semblables aux bêtes, tels les sceptiques ou les épicuriens.
L’homme doit savoir qu’il n’est pas plus égal aux bêtes qu’il n’est égal aux anges. (154 S) Ainsi s’exprime l’auteur des Pensées dans la liasse Contrariétés. La juste connaissance sur l’homme, la bonne représentation, embrasse les contraires, n’efface ni l’un, ni l’autre. La puissance de la pensée pascalienne se révèle dans sa capacité à tenir ensemble ce qui, à un premier regard, paraît inconciliable.

Paris, Éditions Ellipses, Collection Connaître en citations, 2017

 

 

Bernard Grasset – Refrain (2003-2005)

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Pourquoi j’ai écrit ce livre

Il y a maintenant une quarantaine d’années que j’écris des poèmes, en prose ou en vers, inspirés de peintres et de musiciens. Après des publications de ces textes en revues, le premier recueil complet, autour de la peinture et de la musique, parut en 1997, il y a donc tout juste vingt ans, sous le titre de Récits 1 (1980-1993).

Cela fait aussi très longtemps que j’ai découvert que le langage de l’art, en particulier celui de la peinture et de la musique, était l’un des derniers langages, peut-être le dernier langage avec celui de la poésie, où nos contemporains, dans un monde marqué par ce que Nietzsche appelait « la mort de Dieu », pouvaient encore ressentir une forme d’émotion devant le sacré, le mystère, éprouver, à travers la beauté, cette part d’essentiel oublié dans l’agitation quotidienne.

Refrain poursuit cette aventure d’écrire en regardant l’œuvre des peintres, en écoutant l’ouvre des musiciens, et en s’attachant à conjuguer lisibilité et sens du secret. Parmi les sources inspiratrices, où se conjuguent profane et sacré, sont privilégiés les créateurs de sons et de couleurs qui ont témoigné d’un sens de la vérité humaine et de l’insaisissable. Refrain : des mots, des sons, des couleurs aussi, reviendraient sans fin comme pour habiter notre mémoire, notre existence, dans l’hospitalité de la lumière.

Extraits

Rouault

Crépuscule automnal,

Artisans et laboureurs,

Une parole brûle.

Exode d’étoiles,

La mort et la vie,

Un horizon murmure.

Lac du matin,

Bleu, rouge, vert,

Îles silencieuses,

Barque et silhouettes,

Le vent de sérénité

Berce les feuillages.


 

H.Dutilleux

Fleuve de mystère,

Un homme regarde,

Un homme écoute,

Au-dessus des ardoises

Bleuit le ciel.

Arbre d’espérance,

Des signes peuplent

Le temps de nos vies,

Ombre et silence.

Nuit des lointains,

Le musicien dessine

L’œuvre ultime,

Une voix de cristal

Remonte le fleuve.

Refrain : 4ème de couverture

Jacques André éditeur, Lyon, coll. Poésie XXI, 2017.

Bernard Grasset, Pascal et Rouault

Pourquoi j’ai écrit ce livre ?

A l’origine du présent livre, écrit en contrepoint du triptyque Vers une pensée biblique, Bible, sagesse et philosophie, Philosophie et exégèse, dont il est inséparable, se trouve le rapprochement que j’avais fait dans la rédaction de ma thèse entre Pascal et Rouault, à partir de la lumière tragique, blessée. Rouault est « l’artiste le plus proche de Pascal » avais-je affirmé, au terme de mes analyses sur le Dieu caché, et j’apportais en note des éléments synthétiques de convergence[1]. Ainsi s’est faite peu à peu jour la volonté d’explorer le plus complètement possible tout ce que cette intuition initiale pouvait comporter de vérité. Cette volonté répondait à une nécessité. Le rapprochement entre Rouault et Pascal avait été pratiquement ignoré. L’essentiel restait à déchiffrer, construire et penser, à écrire….. Entre le simple article et la vaste thèse, j’ai finalement choisi l’espace d’un petit livre qui m’a a paru le meilleur moyen de rassembler l’essentiel et de le partager de façon adaptée au lecteur.

En ce qui concerne la méthode, je me suis efforcé de cultiver une approche concrète…. J’ai situé mon écriture dans les territoires de la biographie, de l’éthique, de l’esthétique, de la spiritualité. Tout en prenant comme fil conducteur de croiser les regards artistique, philosophique, poétique et exégétique, la réflexion s’est enracinée dans les données existentielles.

Ecriture, art et pensée ont été au cœur de ce cheminement. En interrogeant Rouault à partir de Pascal, j’ai tenté d’élucider, en tissant un vaste parallélisme, l’œuvre d’un artiste par celle d’un penseur. Et, en même temps, comme par réverbération, l’univers de Rouault, traduction picturale des fragments des Pensées qui demeuraient posées sur sa table de chevet, permettent d’apporter des angles de vue nouveaux sur l’univers pascalien.

[1] Les Pensées de Pascal, une interprétation de l’Ecriture, Paris, Kimé, 2003, p. 149.

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Extrait

A l’intérieur de l’histoire de notre culture, Pascal et Rouault peuvent être définis comme des moralistes. Soucieux de concret, ils peignent et pensent des êtres réels, vivants, non des idées, des concepts abstraits. Moralistes, ils témoignent aussi d’un tempérament spirituel et mystique. … Si le courant voltairien est devenu dominant au sein de notre culture depuis le XVIIIe siècle, n’en demeure pas moins vivant au creux de celle-ci le courant pascalien, qui plonge ses lointaines racines dans la Bible. A l’intérieur de ce courant, dont Augustin est comme le devancier, émerge la grande figure de Georges Rouault dans le domaine de la gravure et de la peinture. La vigueur ardente de l’esprit pascalien permet de tempérer l’empire, parfois suffisant, de l’esprit voltairien en restituant au cœur et au mystère toute leur place dans l’existence humaine. L’esprit pascalien représente dans la culture française l’esprit de la profondeur. Malgré le passage d’un siècle chrétien, marqué par la Contre-Réforme, à un siècle oscillant entre agnosticisme et athéisme, marqué par la sécularisation, une continuité, une filiation d’esprit rapproche avec une rare intensité l’auteur des Pensées et l’auteur du Miserere comme si, derrière l’influence du temps sur les esprits, l’esprit des profondeurs transcendait le temps.

Pascal et Rouault, êtres de feu, dont l’œuvre est brûlante, éprouvent une commune passion pour le sens spirituel, voilé par les vaines apparences, ce sens que l’homme, enfermé dans sa convoitise, ne peut discerner ni dans le livre de l’Ecriture, ni dans le livre du monde. C’est l’ordre du cœur, de l’esprit et du mystère qui les requiert tous deux. Etres de l’écoute, ils sont aussi des êtres du regard. A une pensée imagée chez le premier répond une image pensée chez le second. En un sens, la question de la proximité entre Pascal et Rouault est une question de traduction. Comment passe-t-on du fragment apologétique à la toile expressive ? Comment un tableau peut-il traduire une pensée, comment une œuvre picturale peut-elle traduire une œuvre de pensée ? Rouault n’analyse pas les Pensées, il n’en possède pas de connaissance érudite, rationnelle. Il les lit simplement, les parcourt, au début ou au terme de la journée, au gré du temps et elles accompagnent ses rêves. … Rouault intuitionne par le cœur et l’esprit la substantifique moelle des Pensées, ne cesse de s’en imprégner et reconnaît secrètement en Pascal son frère le plus proche dans l’économie du mystère. … Traduisant Pascal, Rouault l’a interprété à la lumière des vues de ses amis, notamment André Suarès, à la lumière de cette source, inépuisable à ses yeux, de la Bible, à la lumière aussi de son propre cœur et de sa propre sensibilité. « (…) seul un poète peut traduire un poète. »[1] La traduction interprétative du peintre reste en sa plus grande justesse une traduction créatrice, poétique. C’est en poète des formes et des couleurs que Rouault a traduit le poète de la pensée qu’a été Pascal.

[1] Paul Ricœur, Sur la traduction, Paris, Bayard, 2004, p. 68.


Bernard GrassetPascal et Rouault (Penser, écrire, créer), Nice, Editions Ovadia, Chemins de pensée, 2016, 285 p., 14 illustrations, 20 €.

 

Bernard GRASSET, Hellade

Pourquoi j’ai écrit ce livre ?
 Hellade est un récit de voyage en Grèce effectué en 2005, une forme de journal culturel, une interrogation sur la transmission et sur la possibilité d’une éthique humaniste. Pourquoi sortir des images, des visages, des mots de l’oubli ? Train, bateau, marche…, nous avons voyagé vers les sources de notre culture, recherchant le fond de l’humain, un universel, la Toison d’or. Entre prose et poème, le récit se souvient pour tracer un chemin.
L’Europe d’aujourd’hui ne cesse de réclamer à la Grèce sa dette sur le plan économique, financier. Mais la dette infinie que l’Europe a contractée à l’égard de la Grèce sur le plan culturel, humain, pourquoi l’oublie-t-on, l’efface-t-on de nos vues ? Hellade, à son humble manière, cherche à rappeler tout ce que nous devons au pays de la démocratie, des poètes, des philosophes, des artistes, au pays où il n’était de vraie richesse que de culture.

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Extrait
 Nos rêves nocturnes ont été bercés par les flots. Derrière le rideau, à travers le hublot, un monde se levait. Au matin, dans la brume, nous longeons les côtes. Souvenir d’Ulysse. La mer, la terre et le ciel. « Présent du vent, présent du soleil, présent des oiseaux »[i]. Quelques voyageurs matinaux regardent à l’arrière du navire, le visage offert au jour naissant. Tout est en l’un.
« Ah ! le monde est plein de merveilles ! »[ii]. Regarder, écouter, se taire. Nous sommes tout à coup si loin de la cacophonie de notre civilisation, si près du murmure de la lumière. Une vie d’aventure s’ouvre inexplicablement à nous. C’est dimanche sur les eaux du bonheur.
Aimer et chanter tant que la vie ruisselle en nous. Au ciel brillent des pétales de possibles. « Le Poème est comme l’Amour »[iii]. Bientôt la brume s’estompe et ne reste plus que le soleil. Des pas, souvent rapides comme ceux d’adolescents, vont et viennent dans les couloirs. À la radio résonnent toujours, porteurs de clarté, des chants grecs. Dans quelques heures nous arriverons au pays d’Hésiode, de Pindare, d’Euripide. De nouveau je regagne le pont. Tu te penches vers l’écume et me parles du temps qui passe. « Je chante les vents dans le ciel et sur la terre / Je chante les hommes libres / Je prie pour les hommes malheureux »[iv].
[i] Olga Votsi, trad. : Bernard Grasset, Et soudain tu te trouves comme les oiseaux.
[ii] Pindare, trad. : Aimé Puech, Ire Olympique, 25.
[iii] Yòrgos Thèmelis, Art poétique, 1, trad. : Bernard Grasset.
[iv] Minas Dimakis, Ici avec pour toit le ciel et les feuilles…, in Georges Thèmelis, Chant de la Grèce.