SYLVIE GERMAIN – Brèves de solitude

Pourquoi j’ai écrit ce livre ? 

Il n’y a pas de “pourquoi” à l’écriture d’un livre (en ce qui me concerne), du moins pas de cause précise, et encore moins d’intention définie. Ce qui met chaque fois l’imagination en mouvement et provoque le désir d’écrire me reste obscur, et je ne cherche pas à clarifier cela; ce qui m’importe, c’est la montée d’une inspiration, l’amorce d’un élan. Je pars toujours de très peu de choses – une image mentale, une pensée et/ou émotion (les deux se mêlent en fait) qui persiste. Puis je vais à tâtons, j’invente à mesure, les images en engendrant de nouvelles, les idées en entraînant d’autres; je fais confiance à “la logique”  – à la fois folle et rigoureuse – de l’inconscient, aux remuements de la mémoire, à la plasticité et aux imprévus de l’imagination.

Pour ce dernier livre, j’amorçais une histoire mettant en scène un homme d’un âge déjà avancé, qui va rendre visite à sa mère très âgée, résidente d’une maison de retraite. Les liens entre enfants vieillissants et parents en fin de vie sont souvent troublants, poignants. Mais j’avais à peine commencé  à écrire que le confinement est arrivé, et mon personnage à son tour s’est trouvé mis à l’arrêt. C’est alors le thème de la solitude qui s’est imposé, cette solitude qui a saisi tant de monde, de diverses manières. Et plusieurs personnages se sont invités dans ce désert soudain ouvert (ou refermé?) autour de nous – et plus encore, dans le vide qui s’est ouvert en nous.

Extrait :

 Elle marche lentement dans les rues, passe devant le square de son quartier dont le portillon est verrouillé…

Des herbes folles envahissent l’espace, des pissenlits et des boutons d’or ont essaimé un peu partout, au pied des arbres, en bordure des allées. Elle se souvient s’être amusée enfant avec ces petites renoncules d’un jaune éclatant, si luisantes qu’elles se reflètent sur la peau quand on les approche tout près du visage, y allumant de minuscules halos. Elle aimerait bien en cueillir une, mais les fleurs d’or brillent de l’autre côté de la grille, tout aussi désirables et inatteignables que le sont les humains.  Les fleurs sont en liberté derrière les barreaux, les gens sous étroite surveillance dans la rue. Peut-être le début d’un retournement des rapports de force sur la Terre, se dit Magal, et, séduite par cette possibilité, elle s’imagine transformée en palmier marcheur, qui, s’il se déplace très lentement, environ d’un mètre par an, sait fort bien s’orienter, migrer toujours vers la lumière et choisir les bons sols….

Éditions Albin Michel, Janvier 2021

Depuis trente ans Sylvie Germain construit une œuvre imposante et cohérente, couronnée de nombreux prix littéraires : Prix Femina en 1989 pour Jours de colère, Grand Prix Jean Giono en 1998 pour Tobie des Marais, Prix Goncourt des lycéens en 2005 pour Magnus, Grand Prix SGDL de littérature 2012 pour l’ensemble de son œuvre.

Lauréate du prix Ecritures & Spiritualités en 1999 pour son essai Etty Hillesum, Sylvie est membre du comité d’honneur de notre association et a présidé le jury du Prix E&S de  2017 à 2020.

Prochaine rencontre littéraire E&S : 12 Septembre 2019

Rosie Barba-Negra et les Éditions Albin Michel, en partenariat avec Écritures & Spiritualités, ont le plaisir de vous convier à une rencontre entre Laurence Nobécourt & Sylvie Germain

Le jeudi 12 septembre à partir de 19h, Hôtel de Châtillon, 13 rue Payenne, 75003 Paris – métro Saint-Paul

Réponse indispensable avant le 6 septembre : frederique.pons@albin-michel.fr

 Sylvie Germain. Porte ouverte sur l’enfermement – Autour de Thierry Escaich, compositeur

Le lundi 23 mars 2015 de 20 à 22h au Grand auditorium des Bernardins

Table ronde suivie de la création d’Une Journée particulière de Thierry Escaich, pour voix, récitant et piano sur des paroles de détenus.

Avec Thierry Escaich, compositeur et organiste ; Alvaro Escobar, psychanalyste ; Sylvie Germain, écrivain.

Visuel-page-article-escaich

La question de l’enfermement n’épargne aucune vie. En effet, ne sommes-nous pas tous, plus ou moins, prisonniers de quelque chose ? Maisons d’arrêt, souffrances, dogmatismes ou passions comptent parmi les innombrables formes d’entrave à notre liberté. A l’inverse, moines ou artistes font de l’enferment un choix de vie et une ouverture sur l’ailleurs. Comment repérer et comprendre nos enfermements pour mieux les dépasser ? Regards croisés

Moment musical avec Thierry Escaich, piano ; Lionel Pascal, récitant ; Rémy Mathieu, ténor.

pour s’inscrire : http://www.collegedesbernardins.fr/fr/evenements-culture/musique/programmation-musique/conference-porte-ouverte-sur-l-enfermement.html

Emmanuel Godo : Un prince

Pourquoi j’ai écrit ce livre

“J’ai parfois le sentiment que nous vivons dans une Babel effrayante qui nous renvoie de toutes parts une image très appauvrie de l’homme. Sans parler des fausses gloires, des paroles vaines, des mille et un visages du désenchantement qui se cachent si mal sous le rire glaçant de la dérision. Les hommes n’en finissent pas de pérorer et de se fermer aux idées les plus hautes – qui réclament un peu de ce silence dont parlait naguère Jean Grosjean dans son admirable Si peu (Bayard, 2001) et beaucoup de patience.

Contre ces sirènes désespérantes, le souvenir d’un homme, croisé au parc, et rayonnant d’une lumière de joie, s’est imposé à moi avec une douceur et une force que j’ai voulu rendre audibles par l’écriture. L’inconnu est venu à moi avec une majesté tranquille, il m’a manifesté une confiance qui m’a fait grandir en humanité. Il m’a ramené à la source première – celle où la mélancolie a les contours exacts de l’enthousiasme et où l’humilité se fait souveraine devant l’infini qui s’ouvre à elle de toutes parts.

godoCe livre est une célébration, un hommage à ce que l’homme peut donner de meilleur – habiter le présent sous le souffle fragile de l’éternel et témoigner qu’une vie humaine, non, décidément, ce n’est pas rien. Le livre est dédié à Sylvie Germain, Colette Nys-Mazure et Jean-Pierre Lemaire qui l’ont soutenu sans faille quand il n’était encore qu’une utopie vacillante.”

Emmanuel Godo

En résumé

Le texte se présente comme le portrait d’un inconnu, en forme de méditation ou de rêverie sur la joie dont il rayonne, une joie d’évidence, dont l’auteur essaie de comprendre la nature et la source. Le livre tente de faire entendre un écho de cette musique qui porte nos frères et nous porte vers eux quand, parfois, se déverrouillent nos peurs, quand une brèche se fait jour dans le capharnaüm de nos certitudes, de tout ce que nous inventons, avec une rage qui paraît inépuisable, pour ne pas nous acheminer vers notre semblable. Il fallait une phrase, une seule, pour tenter de faire tenir ensemble le passant, son contemplateur, le paysage et tout ce qui les lie dans l’invisible.

Extrait

“… et combien de fois sur un banc l’ai-je vu assis à côté d’une jeune fille, profils presque parallèles, lui un sourire de bienveillance, elle lancée dans une explication, comme elles font toutes à cet âge, primordiale, empressée, à perdre haleine, toute affaire cessante, et lui souriant à ce dire maladroit, le recevant comme une aubaine, un souffle inespéré, une bouffée de jeunesse et de vie, comme un sage qui n’aurait aucune sagesse à dispenser, un maître sans savoir, un prince sans autre royaume que ce dehors-là, donné à tous mais reçu par lui sans cette négligence qui est en passe de devenir notre seconde nature, et lui allant au-devant des autres…”

Un prince, Emmanuel Godo, préface de Jean-Pierre Lemaire, Desclée de Brouwer, collection « Littérature ouverte », septembre 2012, 96 pages, 9,90 €.

Ecrire à la marelle

« Ecrire est le plus sérieux des jeux. Dans le territoire du roman, on écrit  un peu à la façon dont on joue à la marelle, on pousse les mots de ligne en ligne, de page en page, on avance à cloche-main, et les espaces traversés ne sont pas sans danger. Mais on ne vise aucun « paradis », aucun « ciel » ; c’est vers le silence que l’on tend, que l’on conspire, en écrivant. Vers ce silence que l’on devine ouvert en amont du langage, que l’on pressent béant en son aval, et que l’on sent bruire autour, et tout au fond de chaque mot.marelle

(…) Mais le jeu est si prenant – tandis qu’il se joue -, que l’incertitude de son avancée et l’improbabilité de sa fin ne suffisent pas à décourager l’auteur. Il est même si captivant, le jeu d’écrire, que son attrait ne cesse de s’exercer sur lui jusque dans les moments, qui peuvent être très longs, voire illimités, où il n’écrit pas, n’écrit plus, par faillite, renoncement.

(…) Ecrire à la marelle : aller d’étonnement en question et d’une question à une autre quant à l’humain ; quant à tout ce qui concerne l’humain. Et ce questionnement, seul le langage peut le porter, le mettre en œuvre. Homme, question, langage, c’est tout un – une intense nébuleuse. »

Sylvie Germain
Extrait de Rendez-vous nomades, Albin Michel, janvier 2012.

Des écrivains croyants sur RCF

Chaque jour, du 3 au 7 octobre, vous pouvez découvrir une série de portraits d’écrivains croyants sur RCF.  Au micro de Thierry Lyonnet (notre photo), cinq écrivains croyants répondent à deux questions “Que signifie pour vous l’expression écrivain croyant ? ” et “Comment la foi vous accompagne-t-elle dans votre travail d’écriture ? “

thierry lyonnet RCF

Ces rencontres sont proposées au cours de 13h07, le mag, magazine sur l’actualité des chrétiens présenté par Anne Kerléo. Ces cinq interviews seront disponibles en podcasts sur RCF à la demande.

Sur le même site, vous pouvez écouter deux interviews d’écrivains croyants dans l’émission Visages. Le 23 décembre 2009, Thierry Lyonnet rencontrait Christian Bobin, prix des Ecrivains croyants 2006 pour Prisonnier au berceau (Mercure de France) (cliquer ICI) et le 16 février 2011, il accueillait Lucien Jerphagnon, lauréat 2007 pour Augustin et la sagesse (DDB) : cliquer ICI

Deux autres écrivains qui seront présents dimanche 9 octobre aux Bernardins et participeront à une table ronde ont accordé une heure d’entretien à Thierry Lyonnet : le philosophe Alain Cugno (ICI) et Sylvie Germain (ICI)