Didier Ayres – Néant

Le mot de l’auteur :

Recherche de l’homme intérieur : voilà en quoi, ce livre Néant, m’a conduit comme en une quête. J’ai procédé lentement, durant plusieurs années, à réduire mon propos à l’étantité de cet homme intérieur, le mien qui ressemble à celui de tous les autres. Il m’a fallu donc resserrer, aller vers l’essentiel, sans éviter une forme d’ascèse, de contemplation du dedans rendue par des termes simples et qui reviennent comme en une obsession. Le néant est ici la dernière visée du livre, lequel cherche dans le peu, la seule expression spirituelle qui vaille pour un livre.

Extrait :

C’est par la clarté que commence mon chemin. Car je suis pareil à des eaux, des miroirs. Par nature. Je ne me distingue que par la description. Je sais que je suis hôte, passager de cette nef, voyageur d’un séjour bref. Le reste du chemin demeure ténébreux et incomplet. Avancer ainsi, dans la matière si blanche de la page, est une vraie métaphore. Me savoir par moitié parcouru, et par l’autre parcourant, reste du registre du mystère, de l’énigme.

Cette part d’obscurité, cette route aveugle devant moi, ressemble toujours à la part inconnue – un ailleurs que le langage ne saisit pas complètement. Autrement dit, il ne me reste que le caractère énigmatique de tout langage qui se prononce…. Ce qui me sauve de la ténèbre, c’est le poème, la page et la description. Ce qui m’agrandit, multiplie ma vision.

TARABUSTE Editeur

Didier Ayres est né le 31 octobre 1963 à Paris et est diplômé d’une thèse de troisième cycle sur B. M. Koltès. Il se consacre principalement à la poésie. Il a publié essentiellement chez Arfuyen. Il écrit aussi pour le théâtre. L’auteur vit actuellement en Limousin. Il dirige la revue L’Hôte avec sa compagne. Il gère les ateliers d’écriture créative à l’université. Il chronique sur le web magazine La Cause Littéraire et Recours au poème.

http://www.m-e-l.fr/didier-ayres,ec,796

Pauline Dumail – La vie est un parfum, respirez-là !

Le mot de l’auteur :

Il y a 10 ans, j’ai commencé à écrire une histoire.  Un hommage à nos cinq sens, et plus particulièrement au sens olfactif. Mais j’étais alors une néophyte.

Quelques années plus tard j’ai découvert l’olfactologie ou le pouvoir émotionnel des senteurs. De magnifiques rencontres s’en sont suivies, et une nouvelle palette que j’ai construite, et construis encore de jour en jour.

L’histoire s’enroule autour de 4 parfums que nous avons créés avec Valérie Autard, un « grand Nez » d’aujourd’hui. Quatre créations au plus proche des personnages, dans une liberté absolue, belle et grisante, entre fiction et réalité…

L’écriture m’a emmenée dans le monde des parfums, mais aussi dans d’autres domaines tels que la science, l’enseignement, l’environnement, l’économie, la spiritualité, autant de sujets qui ont provoqué lectures, rencontres et engagements de ma part sous diverses formes.

Extrait :

Le futur lointain – les retrouvailles

Un nouveau rêve passe au-dessus de Tara. Son épuisette à l’œuvre, elle découvre avec joie que c’est Celle qui Voit Loin qui lui rend visite.

– Bonjour Tara…

– Que c’est bon de te sentir près de moi. Les messages que j’ai reçus me disent que je dois sortir de la Terre, mais je ne suis pas prévue dans l’expédition…

– Mais tu n’as pas besoin du vaisseau pour y aller Tara. Tu as déjà voyagé dans l’univers beaucoup plus loin que ça !

– Oui, mais je me laissais porter, ce n’était pas moi le pilote.

– Bien sûr que si c’était toi. Tu as atteint un niveau aujourd’hui qui te permet de faire ce voyage. Il te coûtera de l’énergie, beaucoup d’énergie, mais tu peux le faire. Pour cela il te faut élever ta vibration.

Éditions Kawa, 2017

Pauline Dumail est aromathérapeute et créatrice de parfums

http://paulinedumail.com/index.php/litterature/

Prochaine rencontre littéraire E&S : 12 Septembre 2019

Rosie Barba-Negra et les Éditions Albin Michel, en partenariat avec Écritures & Spiritualités, ont le plaisir de vous convier à une rencontre entre Laurence Nobécourt & Sylvie Germain

Le jeudi 12 septembre à partir de 19h, Hôtel de Châtillon, 13 rue Payenne, 75003 Paris – métro Saint-Paul

Réponse indispensable avant le 6 septembre : frederique.pons@albin-michel.fr

Marcel Comby – De ma terre natale à ma terre intérieure

Le mot de l’auteur :

Les circonstances de la vie donnent naissance soit à des instants de misère profonde, morale ou physique, qui semblent vous détruire inexorablement, soit à des moments plus sublimes de résilience qui vous rendent plus forts. Si l’on découvre finalement que tout cela débouche sur une vision de soi chargée de sens et de transcendance, on appellera cette sorte de métamorphose, un chemin initiatique.

     C’est ce chemin personnel que j’ai voulu décrire. Mais, sur le tard, un certain personnage s’est glissé dans mon être intérieur, je veux parler de Teilhard de Chardin, paléontologue et théologien qui mourut à New York le jour de Pâques 1955, ayant laissé derrière lui une œuvre considérable qui ne fut publiée qu’après sa mort.  

     Teilhard est un penseur dont la vie et la pensée sont parmi les plus toniques et contagieuses de tous les temps mais parfois contestées. Il possède une vision dynamique de l’Univers, et une perception particulière de la vérité fondée, non sur des démonstrations mathématiques ou bien sur de rigides idéologies, mais sur une certaine cohérence des choses qui constitue toute son apologétique. Sa philosophie se trouve centrée sur le concept d’évolution qui donne un sens à toute vie et une ultime convergence vers le Christ. Je lui dois beaucoup !

Extrait :

J’aimais profondément ma terre natale qui, de vignobles en vergers, descendait lentement vers le fleuve avant de faire rayonner au loin la chaîne du Mont Blanc. Les impératifs liés à mon accès au savoir livresque ne m’intéressaient guère bien que j’occupasse toujours la place du premier de la division. En fin de compte, je n’aimais pas l’école ! Malgré tout, je repense à cette petite école publique, aux murs de granit bleu bien taillé, qui me semblait représenter physiquement l’image de la République Française. J’ai apprécié la qualité pédagogique de mes maîtres, hussards de la dite République. Ceux-ci savaient ne pas dispenser qu’un savoir théorique, mais nous mettre en contact avec les différents métiers manuels exercés par des gens de la région. En outre, un grand placard contenait mystérieusement des objets dignes de nous faire comprendre les phénomènes physico-chimiques. Et pourtant, malgré mon indifférence pour les maths et le français, je trouvais exaltant de regarder mon maître écrire sur le tableau. Lorsque, chaque matin, l’instituteur commençait d’écrire majestueusement sur son tableau noir, j’étais, à cet instant précis, en proie à une petite extase. Quelque chose de beau semblait naître chaque jour : un feu qui s’allume. Nous savons que les sagesses de l’Orient enseignent que l’essentiel n’est pas dans la connaissance mais dans le geste. Je l’ai éprouvé très tôt dans ma jeunesse.

Le Lys bleu éditions, Avril 2019

Robert Jean-Daniel – Prédelle, bandeau & Cie

Le mot de l’auteur :

Il y a déjà quelques années que je vais régulièrement à St-Hugues-de-Chartreuse, avec toujours un plaisir renouvelé de m’arrêter devant chacun des tableaux, des sculptures et de l’agencement général de l’église de St-Hugues. J’y ai souvent accompagné des équipes de catéchètes, une chorale ou l’autre, des équipes pastorales, etc. L’œuvre d’Arcabas n’en finit pas de me dire du neuf, de m’ouvrir à d’autres questionnements. Et surtout, c’est tout simplement BEAU ! 

Dès lors, est monté en moi la nécessité de dire avec des mots ce que je vois et ce que cela évoque en moi. En plus, j’ai pu avoir quelques commentaires par Arcabas lui-même et sa théologie me parle particulièrement. D’ailleurs elle transparaît dans son œuvre. 

Extraits :

Effets de serres financières

À Saint-Laurent-du-Pont la danse est morte. Arrivent sans le vouloir des vallées qui menacent d’être belles. Arrivent les montagnes aux yeux vairons, leur alternat de sommets gris et jaunes, céruléens et entourloupés de blanc. Les neiges s’escriment à demeurer entre taches de verdures. Bravement. Elles jouent les prolongations. Absentes en hiver, elles se rattrapent en pestant contre les suies d’en bas. Petites causes et grands effets. Ou l’inverse, elles ne savent plus.

Détroits de pierres

Nous remontons les eaux avec cette oppressante impression de faire le Guiers. Jamais elles n’ont porté nom aussi clairement. Vif ou Mort.
La montagne est fendue à la hache du gel et des rivières.
Le ciel est perdu de vue et perd les eaux. Il faudrait un arbre tombé, pour retrouver le sens d’un horizon.

Éditions des Sables, collection « Rose des sables », Mars 2019

Patrice Obert – Nouvelles Fantasmafictioniriques

Le mot de l’auteur :

Il s’agit de mon deuxième recueil de Nouvelles. Le premier s’intitulait Emotions du quotidien. Avec ce nouveau recueil, je m’aventure dans des zones moins attendues. Une femme entre dans un homme, un torrent surgit d’un ventre et se répand dans la ville, une infirmière plonge son bras dans le trou d’un malade, un homme prépare le 50ème anniversaire de son épouse infidèle, une femme constate une poussière de peau sur le nez de son ami, un étudiant chinois tombe amoureux d’une jeune fille qui se dissimule dans les herbes de la Cité U, un homme fait son footing en bord de mer… Autant de détours pour entraîner dans un univers inattendu, entre fantasme et fiction, dans ces failles, souvent sensuelles, où surgissent les rêves et où se reformulent les vraies interrogations de l’existence.

Pour le militant que je suis, tellement engagé dans l’action et la réflexion, ces nouvelles m’ont apporté un espace/temps de liberté et d’évasion…l’essentiel ?

Extrait de la nouvelle LES GANTS

Un soir, me dit-il, sa maman lui avait expliqué la tradition juive. Les dix doigts des mains correspondaient aux dix commandements gravés par Dieu sur les deux tables de la Loi. Les cinq doigts de la main droite, celle de la miséricorde, représentaient les cinq premiers commandements qui régissaient les rapports de l’humain au Dieu créateur du ciel et de la Terre. La main gauche était celle des rigueurs. Ses doigts symbolisaient les cinq derniers commandements qui organisaient les relations des hommes entre eux et faisaient de l’humain le responsable de l’avenir de l’humanité. Ils lui offraient le choix entre le bien et le mal. Elle avait ajouté, compléta-t-il d’une voix basse, qu’il n’y avait pas de paix sans justice, ni de justice sans pardon.

Éditions La lampe de chevet, Mars 2019