Gaële de La Brosse – L’esprit des Pélerinages. Photos de Loïc Mazalrey. Préface de Jean-Christophe Rufin

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Depuis mon adolescence, j’arpente les chemins de pèlerinage. C’est ainsi que je me suis rendue à pied à Fatima, Rome, Assise, Saint-Jacques-de-Compostelle et, en France, à Chartres, Vézelay, la Sainte-Baume, Nevers, Tours, Lalouvesc ; puis, dans ma Bretagne natale, à Sainte-Anne-d’Auray, Pontmain, le Folgoët, Le Vieux-Marché ou Rumengol.
Ayant voulu partager ces moments si essentiels vécus lors de ces marches, j’ai ensuite consacré toutes mes activités professionnelles à ce thème qui était devenu ma « colonne vertébrale », notamment dans les domaines de la presse, de l’édition et de l’organisation d’événements. J’ai ainsi écrit plusieurs ouvrages sur ces chemins de spiritualité, notamment le Guide des chemins de pèlerinage (Presses de la Renaissance, 2017), mais je n’avais jamais exploré ce qui faisait la force de ces sanctuaires et ce qui caractérisait la démarche du pèlerin lorsqu’il s’y rendait. Ainsi, quand les éditions Gründ m’ont proposé d’écrire le texte d’un livre sur « l’esprit des pèlerinages », illustré par les superbes photographies d’un jeune photographe talentueux, j’ai accepté volontiers.
Cet ouvrage suit donc les traces des pèlerins sur les emblématiques chemins de Saint-Jacques et dans quelques grands sanctuaires de France (Chartres, Lisieux, Lourdes, Sainte-Anne-D’auray, Les Saintes-Maries-de-la-Mer). Par des images empreintes d’humanité et de sacré, il saisit le caractère universel et intemporel de la démarche pérégrine et donne à voir l’intensité des instants privilégiés qui illuminent le cœur des pèlerins.

Extrait :

Marqué par [son] éveil, le pèlerin ne s’arrêtera pas en si bon chemin : il revient pour mieux repartir. Tant qu’il n’a pas trouvé sa véritable demeure, il reprend la route. À l’instar de saint Benoît Joseph Labre, errant de sanctuaire en sanctuaire, ou des « fols en Christ » en Russie, nombreux sont nos contemporains qui enchaînent les pèlerinages. On les appelle « les pèlerins multirécidivistes ». Croient-ils que, comme l’affirme une tradition, chaque pèlerinage rapproche du but final, la Jérusalem céleste, ce Paradis qui se manifestera à la fin des temps ? Souhaitent-ils secrètement finir leur vie en chemin ? Après son deuxième pèlerinage à Chartres, Charles Péguy écrivait : « Ce serait beau de mourir sur une route et d’aller au Ciel tout d’un coup. » Et Humbert Jacomet cite les paroles d’un prêtre à des jeunes qui voulaient le suivre : « Nous partons à Saint-Jacques pour mourir. » La métaphore est belle, tout autant que le rituel initiatique qui clôt le pèlerinage, au cap Finisterre. Là, le jacquet brûle ses vêtements encore tout maculés de la poussière du chemin. Par cet acte symbolique, le vieil homme laisse place à l’homme nouveau. Si le pèlerinage a partie liée avec la mort, c’est donc parce qu’elle est une étape nécessaire vers la renaissance, vers un nouveau commencement.

Éditions Gründ, en librairie le 18 Octobre 2018

Jean-Pierre Boulic – L’eau de la grève est si bleue

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Si l’on veut faire court, il y a une vérité : pour chaque personne, il s’agit de vivre, vivre à présent, ici et maintenant.

À partir de cette réalité, mon sujet d’auteur n’est pas d’inventer. Il ne sert à rien de s’étendre à longueur de pages ou de propos sur les pesanteurs de ce qui ne va pas. Sans le nier, au-delà de ce qui peut apparaître détresse des jours où beaucoup de nos contemporains sont livrés au relativisme, à la pression de l’utilitaire et des idoles consuméristes, je suis conduit ou appelé à donner humblement en partage l’histoire d’une rencontre personnelle avec ce qui fait vivre au cœur le surgissement de l’être ; autrement dit, ce qui donne sens à une vie *.

Au travers de mon vécu, au contact de la nature et dans la rencontre des événements dont hommes et femmes sont les acteurs, je tente de suggérer ce qui, à mes yeux, est essentiel et authentique. Même si dans ces événements il y a souvent blessures de l’amour, souffrances physiques ou poids du violent mensonge de nos sociétés.

Par l’innocence du regard de l’enfance – ce secret en soi qui illumine chacun – avec l’encre du cœur humain et les couleurs qu’offre la nature, j’essaie d’apprivoiser, plutôt d’émerveiller ce monde en croyant que le lecteur aura le sentiment d’être plus vivant.

Le regard de la poésie découvre ce qui est en genèse en soi et dans le monde, un monde livré à lui-même qui est à réussir en dépit de tout. Voilà qui nous met face à nos responsabilités : « Serons-nous à la hauteur de l’enfant que nous avons été ? » interroge Colette Nys-Mazure.

* Cf. article « Plaidoyer en faveur de la poésie – Une urgence pour aujourd’hui » in « Christus » n° 259 – juillet 2018

Extraits :

Même si mes yeux
Ne savent voir
Mes oreilles entendre
Je m’avance
Je crois mon pas sans vanité
Au paradis des brumes
Habité d’oiseaux gris
La mer s’incline ici
Mes chants sont accrochés
Aux rochers de la grève.

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Soir d’éternité
Odeur du sel
Terre et ciel réunis
Le couchant s’allonge
Sous le pédoncule d’un nuage
Laissant un cormoran
Frôler l’onde teintée d’au-delà
Je sais que s’efface le jour
En un souffle imperceptible
Il s’accomplit ainsi
De toutes les œuvres des hommes
Parfois avec la blessure de leur regard.

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Éditions Des Sources et des Livres 
dessourcesetdeslivres@orange.fr
www.dessourcesetdeslivres.fr

Didier Lafargue – La personne humaine dans l’œuvre de Carl Gustav Jung. Tome 2 : Âme et spiritualité

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Depuis longtemps, je me suis intéressé à la connaissance de la nature humaine dans sa complexité et sa diversité. J’ai eu en terminale un passionnant professeur de philosophie qui m’a ouvert sur tout un monde de pensée et de sagesse. En matière religieuse, elle m’a incité à m’interroger sur le caractère philosophique des différentes croyances et les éléments que ces dernières pouvaient apporter à la connaissance de l’homme.

Toujours, j’ai été fasciné par le monde des mythes, des images, des symboles. C’est un domaine où l’apport de Jung à la psychanalyse a été prodigieux. Mon intérêt pour le cinéma, la bande dessinée, l’art a renforcé mon attirance pour cet univers. La représentation imagée des mystères de la vie attachée au mythe a déterminé en moi une volonté de comprendre de manière plus approfondie toute la sagesse contenue dans ces actions créatives. En même temps, l’intérêt que j’ai toujours éprouvé pour la culture orientale, son art sa philosophie, sa conception de la sagesse, m’a amené à considérer avec un certain recul la culture occidentale et sa représentation première, la religion chrétienne. Le rapport existant entre celle-ci et le monde moderne a entraîné chez moi quelques interrogations concernant les insuffisances de celui-ci, les dangers que son très haut degré de technicité peut faire encourir à l’âme de l’individu. C’est un domaine où l’idée d’harmonie ayant cours en Orient peut se révéler complémentaire et combler des lacunes importantes dans notre univers ambiant.

Extrait :

« L’irruption du monde moderne et des mentalités nouvelles qu’il a générées a été source chez certains d’un profond scepticisme quant à l’existence de l’âme. « Pas d’âme au bout d’un scalpel » a-t-il été dit au siècle des Lumières, allusion au charisme et au prestige acquis par la science, laquelle se passe pour bon nombre d’esprits de toute considération d’ordre spirituel.
Un tel mépris ne tient pourtant pas compte de la conviction profondément enracinée en l’homme qu’existe en lui une forme de substance immatérielle dont relève toute sa personne. Dès qu’il a pu prendre suffisamment conscience de lui-même et élaborer les premiers ferments de sa spiritualité, dès qu’il a senti sur lui l’action de la divinité, l’homme a pensé qu’il avait une âme. Toutes les civilisations et tous les peuples ont perçu ce principe et nombreuses sont les croyances à son sujet. L’âme est ressentie comme un double intérieur par lequel l’homme tente de comprendre toute la complexité de sa vie psychologique, un principe de vie doué de pensée et de volonté et demeuré toujours invisible. Il est intéressant de s’interroger sur sa nature, son origine et sa destinée afin que l’individu puisse mieux s’appréhender […]
Un tel intérêt accordé à notre âme incite à s’interroger sur les rapports existant entre la personnalité et l’individuation. Tout être humain a dans sa jeunesse le désir de se bâtir sa propre individualité, un ensemble de qualités, de tendances, d’aspirations formant sa nature personnelle et à partir duquel il peut guider son existence. Cet effort pour définir son identité n’est que le premier pas sur le chemin de l’individuation, état beaucoup plus achevé. Il n’en demeure pas moins que la volonté de se construire une personnalité, les obstacles qu’il lui faut surmonter pour y parvenir, trouvent leur illustration dans une image bien ancrée en notre âme puisqu’on la trouve dans toutes les mythologies, celle qui a trait au héros. « La fonction essentielle du mythe héroïque est le développement, chez l’individu, de la conscience de soi — la connaissance de ses forces et de ses faiblesses propres, d’une façon qui lui permette de faire face aux tâches ardues que la vie lui impose »32. […]
Ces différents thèmes mythologiques frappent l’imagination dans la mesure où elles détiennent un sens précis dans la vie psychologique humaine. Le héros qui combat le monstre, aidé par un dieu ou une déesse, est l’image de la volonté humaine s’appuyant, non sur les préjugés et les idées préconçues que lui suggèrent ses semblables, mais sur les seuls dons personnels dont il a été pourvu par les dieux à sa naissance. Au-delà, il est aidé par les forces émanant de son inconscient, l’instance divine présente en lui et exerçant son action bienfaisante. C’est l’homme qui dispose d’assez de courage et de force morale pour être lucide sur ce qu’il est réellement. Ainsi s’exprimait le psychologue suisse : « Si, au cours de mon existence, je ne rencontre pas le dragon qui est en moi, si je mène une existence qui reste dénuée de cette confrontation, je finirai par me sentir mal à mon aise, un peu comme si je me nourrissais constamment d’aliments dépourvus de vitamines ou de sel. Il me faut rencontrer le dragon, car celui-ci, de même que le héros, est un centre chargé d’énergie »34. Toutes les divinités formant la base des mythologies représentent chacune une qualité humaine que l’individu se doit de développer pour connaître le progrès personnel. Le héros en lutte contre le monstre est l’homme qui, gardant le contact avec son inconscient, puise en lui seul les richesses susceptibles de l’aider contre les pulsions négatives auxquelles peut céder son âme. Au-delà de ces influences supérieures, c’est la divinité suprême qui agit, le Dieu absolu dont tous les immortels ne représentent que les divers aspects, et de Qui provient la puissance à partir de laquelle se construit l’individu ».

Jean-Marc Blancherie. Editions du Désir. Juillet 2018
http://editionsdudesir.fr/produit/personne-humaine-jung/

Didier Lafargue est né en 1962 à Bordeaux. Didier LAFARGUE a une formation d’historien. Travaillant sur le thème de l’imaginaire, il a écrit de nombreux articles dans les revues Temporel, Jules Verne, Atlantis, Acropolis, L’Initiation traditionnelle, Matières à penser, Choisir.

Yann Rollo Van de Vyver et Jigmé Thrinlé Gyatso – Himalaya, Népal, Ermitages en pays Sherpa

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Consacré aux ermitages du maître bouddhiste tibétain Shri Sengdrak Rinpoché et à sa jeune « réincarnation », à la vie simple des habitants des montagnes de la frontière népalo-tibétaine et aux conséquences des tremblements de terre survenus en 2015 au Népal, ce beau livre de photographies et de textes bilingues français/anglais est le fruit d’une collaboration de longue haleine entre le photographe et auteur Yann Rollo van de Vyver et le moine bouddhiste et poète vendéen Jigmé Thrinlé Gyatso (Yves Boudéro). Le Dalaï-Lama signe l’avant-propos et Matthieu Ricard en a écrit la préface. L’historien Laurent Deshayes y présente la tradition érémitique depuis le Bouddha jusqu’à nos jours, Jigmé Thrinlé Gyatso relate la vie de son maître spirituel ainsi que l’histoire de sa lignée et Yann Rollo van de Vyver, par ses clichés, immortalise les traditions de tout un peuple. L’ouvrage propose au lecteur un quadruple voyage :

– Extérieur, dans les montagnes du Népal et à la frontière du Tibet en compagnie de l’ethnie Sherpa et en présence du monde monastique du bouddhisme tibétain.

– Intérieur, par l’ouverture à une compréhension philosophique de la vie et par l’accès à la connaissance du bouddhisme grâce à un riche glossaire.

– Symbolique et artistique, à travers une présentation iconographique et statuaire soigneusement décrite et rythmée par quelques calligraphies tibétaines.

– Ultime, par l’évocation d’une sagesse universelle et plusieurs fois millénaire.

Extrait :

Avant-propos de Sa Sainteté le Dalaï-Lama :

Sengdrak Rinpoché, Ngawang Gyurmé Chökyi Gyaltsen, fut un maître exemplaire qui, presque toute sa vie, mena l’existence d’un moine ermite. Je le connaissais personnellement et il m’impressionnait par son humilité et son engagement pour la pratique. Il était un de ces maîtres appartenant à la tradition qui veut que pour guider les disciples une instruction particulière soit pratiquée jusqu’à ce qu’ils en aient l’expérience spontanée. Alors seulement, ils sont introduits au niveau d’instruction suivant. C’est cette manière de diriger les disciples qui prévalait autrefois au Tibet. […] Avec l’exil, la diaspora tibétaine s’est étendue à de nombreux pays, particulièrement en Inde et au Népal. Sengdrak Rinpoché et ses disciples fondèrent leurs ermitages sur la frontière népalaise, proche du Tibet, pour y vivre et pratiquer en paix. Je suis heureux que ce livre sur la vie simple de Sengdrak Rinpoché et de ses disciples ouvre une fenêtre sur une existence faite de simplicité, de contentement et dédiée à la pratique du Dharma. Tenzin Gyatso, Quatorzième Dalaï-Lama, Le 27 février 2018.

Éditions de l’Astronome http://www.editionsastronome.com

Nabil Ziani – Les Berbères dans la Bible

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

La question de l’origine des berbères est posée depuis des lustres. Les peuples d’Afrique du Nord et leur territoire ont régulièrement été désignés par des noms différents. Les habitants de l’Afrique du Nord se posent publiquement des questions sur leur origine, identité et civilisation. Aujourd’hui encore, ces questions restent posées, puisqu’il y a une grande divergence sur leur origine et sur leur parcours.
Le fait que ce fut un berbère qui ait été choisi pour aider Jésus à porter sa croix, et que ce fut un autre berbère qui ait pillé le temple de Salomon m’a interpellé et m’a poussé à rechercher dans le texte biblique des traces de la présence d’autres berbères et d’en tirer des conclusions si possible. En ma qualité de documentaliste de formation et journaliste de profession, il m’importait de mettre à la disposition des chercheurs et du public un autre document susceptible de contenir des informations jamais exploitées sur ce peuple mystérieux que personne n’arrivait à cerner.
Ma lecture de la Bible m’a permis de retrouver des traces de présence de ce peuple dans différentes parties du Tanakh et du Nouveau Testament, même si, ni les noms « amazigh », et « Berbère », n’y figurent. Il était donc crucial de trouver l’appellation biblique de ce peuple, et de remonter jusqu’à l’ancêtre de tous les peuples d’Afrique du Nord. Tout comme Abraham fut le Père des hébreux, qui a été celui des berbères ? Comment ce peuple a-t-il évolué, et pourquoi sa trace a-t-elle quasiment disparu de l’Histoire officielle et son identité modifiée. Quel est la place des berbères dans le développement de la civilisation humaine, et ultimement, quel serait son avenir ? C’est après cinq années de recherches, dont trois à temps plein que j’ai décidé de partager mes découvertes afin d’en débattre ouvertement.

Extrait :

La Bible est un livre unique. Il a été écrit par une quarantaine d’auteurs différents sur une période de quinze siècles. Les écrits de Moise datent donc, d’il y a environ trois mille cinq cents ans. Or, c’est dans les livres de Moise, la Torah, ou le Pentateuque que les premières traces des berbères sont apparues. Plus tard, dans les livres des Rois, Ceux des Chroniques et dans les livres des prophètes vont apparaître d’autres mentions des berbères, avant que le Nouveau Testament ne prenne le relais. Ces textes ont donc existé depuis trois mille cinq cents ans.

Plusieurs prophètes de l’Ancien Testament mentionnent les berbères dans leurs écrits, en les nommant soit Puth, soit Libyens. Il s’agit des prophètes Jérémie, Ezéchiel, Daniel et Nahoum.
Esaïe, les nomme Pul. De plus, certains textes, sans les nommer semblent y faire allusion. Il en est ainsi, également dans le nouveau testament. C’est une époque plus proche de nous, et ses acteurs ont été plus souvent cités dans la littérature occidentale, en omettant, toutefois, de mentionner leur berbérité.
Les acteurs berbères du Nouveau Testament sont les suivants : Simon de Cyrène, sa femme, Alexandre et Rufus, ses fils ; Lucius de Cyrène ; Un certain Jean, et sa mère, Marie.

Éditions Tatamis, Août 2018

L’auteur est Documentaliste de formation et journaliste de profession. Il a publié entre autres une version en Français des Quatrains d’Omar Khayyam.

Marc Bouriche. Éclaircies en haute mer – Lettres d’escale

Pourquoi j’ai écrit ce livre:

Ce recueil est une nouvelle édition augmentée des Lettres d’escale parues une première fois chez le même éditeur en Octobre 2017 sous le titre «Rumeurs océanes».

Dire que j’ai écrit ce livre me paraîtrait une imposture. Il serait plus juste de dire que ce livre m’a écrit. Son mobile est une énigme dans laquelle je mijote encore aujourd’hui. Les soixante-deux Lettres qui composent le recueil ont été reçues sur une période de douze ans. Ce n’est qu’à leur relecture et avec le recul du temps que j’entrevois ce qui se trame peut-être dans les coulisses du ciel pour leur épiphanie par le truchement d’une plume qui n’avait jamais écrit, la mienne. Transmettre, laisser trace du feu sur la terre des livres. Il me fallait rendre compte des beautés qui me dépassaient ni ne m’appartenaient, il me fallait les rendre à la communauté des hommes d’où elles venaient, un devoir de mémoire.

Mon métier de médecin-thérapeute, d’écoutant, m’expose à beaucoup recevoir en échange de l’attention que je donne et je reçois souvent des merveilles mais ces trésors sont trop brûlants pour être oubliés ou seulement déposés dans les caves de la mémoire. Les Lettres ont commencé à me visiter en 2007 quand je reçus comme une injonction d’écrire ce que je ne pouvais dire. Dans l’urgence d’obéir, le choix ne m’était pas donné. Il est une beauté cachée alentour qui se révèle par quelque fièvre ou fêlure, quelque brisure, quelque blessure de l’être. Me soustraire à l’obligation de témoignage eut été enfouir un trésor sur lequel je n’avais aucun droit.

La plupart des Lettres du recueil se sont manifestées au mitan de la nuit, me tirant du sommeil, m’inondant d’un flot sauvage de mots et d’images. L’inspiration est un état modifié de conscience dans lequel je ne reconnaissais plus mon moi ordinaire, c’est une possession dont seule la plume pouvait m’exorciser. La soumission était la seule option.

Je dirai avec Carl Gustav Jung « Au fond, ne me semblent dignes d’être racontés que les évènements de ma vie par lesquels le monde éternel a fait irruption dans le monde éphémère ». J’ose espérer que le lecteur trouvera dans ce recueil une résonance avec cette parole de Jung comme je souhaiterais qu’il y entende l’écho de celle de Franz Kafka, « Toute œuvre devrait être une hache pour briser la glace ». La glace du froid du monde, le miroir des faux-semblants ou la vitre imaginaire entre les vivants et les morts, le visible et l’invisible.

Extrait :

Arrimé à la vie intérieure comme l’air l’est au temps, le lichen à l’écorce, il façonne sur le socle des actes, avec les pierres des mots, le mortier des silences, l’édifice d’un style, d’un art de vivre, le pont qui lui fera enjamber toutes les déroutes, tous les désastres, depuis les rives du connu jusqu’aux berges ensauvagées des mystères antiques.
Appuyé au bourdon du courage d’être soi sur les chemins de l’encre ou de la vie légère, sourd aux grondements enivrés des tambours médiatiques et de la bien-pensance, le calme feu rougeoie sous les étoiles dans une combe enchantée de la terre.

Publié en Août 2018 aux Éditions Complicités, collection l’art de transmettre.

Marc Bouriche est médecin-psychothérapeute et guide de haute mer, traducteur et conférencier.