Hommage à Philippe JACCOTTET

A l’occasion du décès de Philippe Jaccottet, voici un court poème de ce grand poète et, en hommage, un texte écrit en 2010 par  Colette Nys-Mazure :

On a vécu ainsi, vêtu d’un manteau de feuilles;puis il se troue et tombe peu à peu en loques. 

Là-dessus vient la pluie, inépuisable,éparpillant les restes du soleil dans la boue.

Laissons cela : bientôt nous n’aurons plus besoin que de lumière.

Né à Moudon dans le canton de Vaud, Philippe Jaccottet est un poète et traducteur suisse d’expression française. Marqué par Gustave Roud qui lui fit connaître Novalis et Hölderlin, il commence à écrire, à traduire avant même ses  études de lettres à Lausanne. Engagé par l’éditeur Mermod, il travaille à Paris sur des traductions (la première est La Mort à Venise de Thomas Mann), il rencontre Jean PaulhanFrancis Ponge, fait découvrir Yves BonnefoyJacques Dupin et André du BouchetL’Effraie est publié chez Gallimard en 1953 , année où il s’installe, avec sa femme Anne-Marie Haesler, peintre, à Grignan, dans la Drôme, loin des grands centres littéraires.

Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance./ Plus j’ai vécu , moins je possède et moins je règne. écrit Philippe Jacottet, L’ignorant, l’attentif, le modeste.  Les décès successifs d’amis et de parents communiquent à ses poèmes mêlés de prose une forme de pessimisme avouée: Sois tranquille, cela viendra ! Tu te rapproches,/tu brûles ! Car le mot qui sera à la fin/ du poème, plus que le premier sera proche / de ta mort, qui ne s’arrête pas en chemin  ; cependant le contact avec la nature continue à le réconforter.

Les trois distiques du poème choisi commencent sur un ton passablement fataliste, mais ils se terminent par un vers qui projette sur les cinq précédents sa clarté rétrospective :Laissons cela : / bientôt nous n’aurons plus besoin que de lumière.

On a vécu ainsi :  comme l’arbre, l’homme est soumis aux saisons, aux étapes de l’âge ; voici l’automne glissant vers l’hiver, les feuilles rouées de pluie, l’ultime pauvreté : puis il se troue et tombe peu à peu en loques. Qu’importe puisque nous nous résoudrons en lumière, le seul élément dont nous aurons encore besoin. Sa technique poétique, très sûre, se fait presque invisible sous des tournures familières telles le Laissons cela  emprunté à la conversation ordinaire.

Peu de poètes ont communiqué comme  lui  l’angoisse du temps et le courage d’être, l’horreur de vivre et l’honneur de vivre, selon la formule de Saint John Perse.


L’été 2010, La Croix avait confié à Colette Nys-Mazure une page de poésie quotidienne et voici ce qu’elle avait écrit à propos de ce poème

Colette Nys-Mazure est, en 2021, la présidente du jury du prix Ecritures et Spiritualités

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