Agnès Gueuret, Les jougs de Jérémie

Pourquoi j’ai écrit ce livre
 Comme mes livres précédents, j’ai écrit « Les Jougs de Jérémie » à la suite d’un long compagnonnage avec le texte biblique et d’une lecture éclairée par des études exégétiques récentes qui m’ont été d’un grand secours pour entendre et comprendre quel homme se cache en Jérémie. Les épreuves qu’il traverse le conduisent à batailler avec son Dieu, son peuple, ses rois, ses proches ; il crie, prie, se désespère jusqu’à souhaiter la mort et maudire le jour de sa naissance dans des termes où l’on entend les accents de Job.  Ces paroles inscrites au fer rouge dans la foi de Jérémie m’ont été personnellement d’un grand secours : c’est donc aussi pour régler une dette de reconnaissance envers Jérémie que j’ai écrit ces pages dans lesquelles je lui donne le rôle de locuteur principal.

Les Jougs de Jeremie Couverture

En résumé
Les oracles attribués à Jérémie se situent au VIe siècle avant notre ère. Comme Osée avant lui, Jérémie annonce son message par la parole et par ses choix de vie. Il va porter dans sa chair les signes de la dévastation qu’il prédit si la conversion des cœurs que demande son Dieu n’advient pas. Les pages de ce livre suivent la trame reconstituée de son histoire et tentent de témoigner de sa position personnelle et engagée…La voix de Jérémie parle à ses contemporains en ce temps qui est le leur, traversé par des guerres et des luttes sans merci qui hantent notre propre quotidien et nous contraignent à un combat que, comme Jérémie, nous n’avons sans doute pas choisi.

 

Extraits         
de l’exergue
Sur la plaine, la voix
domine l’attelage.
Le soc en force fend
la terre, enfouit l’éteule,
motte après motte creuse,
tandis que, sous le joug,
les bœufs têtus contraignent
leurs volontés farouches
à tracer le sillon.
A l’heure où les corbeaux
croassent sur le champ
labouré, retourné,
le paysan ordonne
les traits, ligne après ligne,
où demain la semence
trouvera son abri
pour germer en silence
et préparer l’épi. …/…
Symbole d’un labeur
acharné, décidé,
le joug en ses raideurs
manifeste sans mots
ce qu‘exige l’amour
et sa force inflexible
quand l’obstacle surgit,
abrupt, incontournable
sur nos chemins de terre.
Les jougs de Jérémie
multiples, insistants,
ont ce goût des douleurs
mêlées en profondeur
à la paix, au bonheur
d’avoir marché sans cesse
sur les pas de son Dieu,
lui, l’enfant d’Anatoth
qui ne savait parler.
« Les Jougs de Jérémie » Le Corridor bleu, février 2016

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