Michel Séonnet – Le pays que je te ferai voir

Pourquoi j’ai écrit ce livre

En 2004, j’ai réalisé un travail sur des anciens combattants marocains de l’armée française qui traînaient leur misère dans un foyer de Beauvais. Puis je m’étais rendu au Maroc où, de douar en douar, j’avais visité leurs familles. Ainsi s’était écrit Oubliés de guerre. A Rabat j’avais rencontré le Père Vincent Landel, l’archevêque catholique du Maroc. Il revenait de Oujda et m’avait raconté comment le curé de la cathédrale y avait transformé son presbytère en une sorte de maternité pour accueillir les femmes migrantes qui venaient d’accoucher dans le désert ou qui étaient sur le point de le faire. Je partis pour Oujda où je fis la connaissance du père Joseph Lépine. Avec lui, je rencontrai des migrants qui survivaient dans la région entre expulsions sur l’Algérie et tentatives de passer la Méditerranée. C’est au milieu de tout cela qu’est venu se glisser le personnage de Louise, sa quête, ses interrogations quant à la mort de son père, sous-officier dans un Goum marocain.

Vient de paraître

 En résumé

À l’âge des bilans, Louise entreprend de faire la vérité sur la mort de son père qu’elle n’a jamais connu. Adjudant incorporé dans un Goum marocain, il est officiellement mort au cours d’une opération en Indochine. Ayant trouvé la piste d’un ancien goumier, elle part au Maroc en quête d’une explication définitive. Mais les histoires se brouillent. Celui dont on lui parle est-il son père ? Et qui est cette femme marocaine avec qui il aurait eu une liaison ? Le voyage de Louise est jalonné de découvertes, de surprises et d’émotions. Quel est donc ce pays que le destin s’obstine à essayer de lui faire voir ?

 Extrait

Ali se demandait déjà si c’était bien d’un autrefois réel que lui venait encore ce qu’il disait souvenirs, les lieux, les visages, les hurlements, les explosions, bien sûr il y avait son livret militaire, sa carte du combattant qu’il avait eu tant de mal à obtenir lorsqu’il était revenu en France, mais ce n’étaient que des papiers, la réalité des choses lui manquait, les lieux, les visages, les hurlements, les explosions, pour que cela ait tous les attributs du réel il aurait fallu qu’il puisse comparer ce qu’il disait à quelque chose qu’il aurait sous la main, mais ça ne correspondait à rien, sauf en rêve, rien qui puisse confirmer que la furie dévastatrice qui bien souvent le poursuivait jusqu’ici avait été quelque chose qu’il avait réellement vécue : les lieux, les visages, les hurlements, les explosions, l’adjudant, le camp, la lettre, est-ce que tout cela n’était pas que fragments réchappés des puissances du rêve, l’adjudant, le camp, la lettre, non pas inventés, on n’invente pas ses rêves, mais devenus réels à cause de cette prétention exorbitante qu’ont certains rêves de vouloir s’immiscer sur l’autre versant de vie ? C’étaient des rêves qui avaient durci au fil du temps jusqu’à être des pierres bien plus dures que toutes celles dont il lui fallait régulièrement débarrasser son champ.

 

Michel Séonnet – Le pays que je te ferai voir, L’Amourier, 2014

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