Claude-Henri Rocquet, Méditation de Noël – In illo tempore

Pourquoi j’ai écrit ce livre 

 Norge, chaque année, envoyait à ses amis un Noël : le Noël de l’araignée ou de l’éléphant, du corbeau, du rossignol, du lion… J’ai pris le relais. Longtemps mes Noëls furent un bestiaire. Puis vinrent Marie, Joseph, les bergers, les mages, les anges, les soldats, l’aubergiste, le poète. En me plaçant parmi les personnages, je revis mon enfance, je sens le temps me vieillir, je vois s’approcher mon dernier Noël, et je m’inquiète : me sera-t-il donné, cette année, l’an prochain, d’écrire un Noël ? Ces poèmes ont formé Polyptyque de Noël. Voici maintenant Méditation de NoëlIn illo tempore.

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 En résumé

D’un poème à l’autre, le même motif  parfois se répète, se reprend, si bien que chacun pourrait être la variante d’un même poème, latent, inapparu. C’est qu’il s’agit de faire entendre au poète ce qu’il doit entendre, de lui apprendre à voir clair dans sa nuit intime. Mais il se peut que, parmi ces motifs, il en est un qui soit essentiel. Dans Citizen Kane, un milliardaire, un magnat, un roi de Babylone s’est fait construire un palais plus vaste et plus riche que celui de Kubla Khan que vit en rêve Coleridge. Mourant, il murmure : Rosebud, « Bouton de rose ». Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’est-ce cela veut dire ? C’est le nom que Kane, enfant, a donné à son traîneau,  et qu’il revoit, dans la neige de son enfance. Là est le secret, le trésor. Est-ce pour l’avoir perdu que le citoyen Kane a multiplié ses entreprises, construit son château, accumulé tant de richesses, conquis le monde ?

 Extrait

Une femme de Bethléem frappe à la porte
Entrouverte de l’étable
Et dit à la jeune mère : « Madame,
Ne lavez pas vous-même le lange
Du petit qui dort sur vos genoux.
Il faut vous reposer encore
Et qu’il dorme encore un peu.
J’ai apporté quelques bûchettes, un fagot,
Une bassine, un lit de braise dans un pot
Pour faire fondre la glace, il n’en manque pas !
L’eau sera tiède, mais je crains
Pour vos mains les crevasses.
Permettez-moi que je vous aide un peu.
J’étendrai pour qu’il sèche à la fenêtre
Sur un fil le lange, j’ai tout ce qu’il nous faut.
Ne pensez plus qu’à votre enfant qui vient de naître. »
Elle a pris le linge et le nettoie
Dans le baquet sur le seuil de l’étable.
Au travers de la porte disjointe elle voit
Le sommeil de l’enfant dans la pénombre
Et le sourire de Marie.
Nul ange ne te prévint, femme de Bethléem,
De la naissance de cet enfant, dans la nuit.
Tu as devancé tous les autres, les bergers,
Qui s’attardaient à écouter les chœurs célestes
Comme on se plaît à cheminer par les étoiles.
Qui t’a conduite où il faut que tu sois ?
Dieu lui-même, dont tu es la servante.
 

Méditation de Noël – In illo tempore, Claude-Henri Rocquet, Le Centurion, 27 novembre 2014, 192 pages, 14 euros.

 

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