Christophe Henning : Christian de Chergé, moine de Tibhirine

Pourquoi j’ai écrit ce livre

Le témoignage des moines de Tibhirine, assassinés en 1996, a marqué les esprits, et le film Des hommes et des dieux (2010) a constitué un formidable écho. En même temps, une fois l’émotion passée, que restait-il de ce message d’amour, de la force du don ? Tibhirine résonne encore, mais le nom des moines qui ont tout donné pour Dieu et pour l’Algérie commence à s’estomper. Alors qu’ils ont encore tant à dire au monde d’aujourd’hui, trop souvent victime de la violence. Christian de Chergé a laissé de nombreux écrits. Sa vie l’a mené inexorablement vers ce drame. Comment relire aujourd’hui l’histoire d’un homme tout entier consacré au dialogue, à la paix, à l’amitié entre les hommes et la foi au Dieu unique? Toujours bouleversé par ce que nous disent Christian de Chergé et Tibhirine, j’ai voulu, sobrement, rappeler son existence à travers cette biographie volontairement accessible, qui dit aussi comment vit le message aujourd’hui. L’héritage spirituel ne se perd pas.

Christophe Henning


En résumécherge

Christian de Chergé (1937-1996) fut moine et prieur du monastère de Tibhirine, dans l’Atlas algérien. Avec sa communauté, il définissait sa vocation monastique en terre d’islam comme celle de « priants parmi d’autres priants ». En mai 1996, sept frères connurent le martyre et deux survécurent. Avec eux, Christian a donné sa vie jusqu’à l’extrême par amour. Sa vie était « donnée à Dieu et à l’Algérie ». Sa spiritualité est nourrie de la rencontre de l’islam et d’un dialogue existentiel, au quotidien, avec les voisins et amis musulmans. Elle est une spiritualité de la rencontre, une spiritualité de la « visitation » offerte à notre temps marqué par la pluralité religieuse et par l’engagement de l’Église dans le dialogue interreligieux.

Un extrait

La prière, comme un défi… Sept fois par jour, les moines répondent à l’appel. La grande église trop vaste pour la petite communauté a été délaissée, et c’est dans une dépendance du domaine agricole qu’a été aménagée la chapelle, dans le pressoir. Les céramiques qui habillaient les cuves sont encore visibles sur certains pans de mur. Au cœur de la nuit déjà, pour l’office de vigiles, le chœur des moines s’élève doucement. Et ainsi de suite, jusqu’à complies, qui vient clore la journée avant d’entrer dans le grand silence de la nuit. « La prière des psaumes qui nous est confiée ex- prime cette réalité d’Église : il suffit de deux ou trois pour les chanter en Son Nom, et le Christ Total est là en tous ses membres dont ces psaumes récapitulent les cris et les visages. » La journée du moine est pareillement rythmée à Tibhirine comme dans tous les monastères sous les autres lati- tudes. Sauf qu’y répond, ici, dans l’atlas, l’appel à la prière de la communauté musulmane. Cinq fois par jour. « Il n’y a que Dieu qui puisse appeler à la prière. Ici, en Algérie, je comprends mieux que tous sont appelés, que l’homme a été créé pour la louange et l’adoration ».

« Priant parmi les priants ! » voilà la vocation spécifique des moines de Tibhirine. Quand retentit le muezzin, les frères suspendent la récitation des psaumes. Tous appelés à se tourner vers Dieu.

Christian de Chergé, moine de Tibhirine, Christophe Henning, préface de Jean-Marie Rouart, Médiaspaul, avril 2014.

 

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