Réception autour de François Cheng au Salon du livre

Trois jours après l’annonce du Prix 2014 attribué à François Cheng, catégorie essai pour son livre “Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie”, les éditions Albin Michel organisait une réception sur le stand, au salon du livre de Paris.

Christophe Henning, président de l’association des Ecrivains croyants, expliquait comment le choix du jury s’était porté sur François Cheng, au premier tour et à l’unanimité : “Qu’ajouter au vote, et surtout que dire après la lecture de votre très beau livre cher François Cheng ? Je ne peux que balbutier quelques modestes commentaires… Risquons-nous toute de même, en quelques mots bien insuffisants pour évoquer ce livre justement couronné.  Prolongement de la beauté, précédent objet de méditation, aboutissement de nombreuses années de réflexion, ce texte vous tient particulièrement à cœur, et il n’a pas échappé à Jean Mouttapa, votre éditeur chez Albin Michel, que ce livre était précieux pour ses lecteurs, pour la littérature, pour la pensée.

Puis-je vous remercier pour avoir osé ce partage, car je sais votre souci constant d’être compris, d’être saisi dans la finesse de votre pensée, perçu dans la délicatesse de votre propos.

Merci tout d’abord pour le temps : « Le temps, c’est précisément l’existence de la mort qui nous l’a conféré », écrivez-vous, et vous nous invitez à entrer dans un destin, à saisir une destinée, en délaissant l’illusion de l’instantané, du « tout, tout de suite », de l’avidité de nos sociétés de l’urgence et du superficiel. C’est peu de dire que votre vie, votre travail, votre pensée s’inscrit dans le temps : pour ce labeur patient, merci !

Mais tout à la fois merci aussi pour « l’instant » : « Une seule chose est en notre possession, une chose qui n’est pas rien : l’instant, écrivez-vous encore. L’instant de vraie vie comme en ce moment. » Magnifique appel à la vigilance, que l’homme trop pressé que je peux être comme beaucoup d’entre nous reçoit de l’homme comblé d’années que vous êtes, toujours en émerveillement.

Merci enfin pour le sens de la vie : votre méditation alimente la nôtre. Et nous encourage à cette exploration de l’intime qui est l’autre manière d’aborder la transcendance. Comment l’association des Ecrivains croyants, rassemblant juifs, chrétiens et musulmans, héritière d’Olivier Clément, France Quéré, Claude Vigée, André Chouraqui et tant d’autres, ne se réjouirait pas de ce livre, de votre œuvre qui nous nourrit, nous provoque, nous élève ? Il faudrait reprendre page après page, répondre à votre invitation pressante et délicate de nous préparer à la mort, donc à la vie car, écrivez-vous « la vie, pour être vie, exige la mort corporelle ». Et il y a plus de puissance à naître et mourir que de vouloir pour soi l’éternité… aussi paradoxal que ce soit pour « immortel » !

Je ne veux pas allonger mon propos. Encore souligner non seulement la force de votre pensée, mais conjuguée à la rigueur de votre style, alliée à la puissance poétique… Vous nous invitez à vivre, à résister, à être, dans le sens plein du terme.  « Etre n’est pas seulement suivre l’écoulement d’une existence, c’est continuellement faire acte d’être. » Pour chaque page, pour chacune des cinq méditations, pour votre livre, votre écriture, pour ce que vous êtes.

Simplement merci François Cheng.”

Après quelques mots de Jean Mouttapa, éditeur, François Cheng très ému prenait la parole :

“Votre prix a été fondé par des grandes figures comme André Chouraqui, comme Olivier Clément, comme Claude Vigée et France Quéré aussi. Je suis impressionné aussi par le jury que vous composez, vous, des représentants de tous les grands courants religieux et aussi de grands écrivains que j’admire.

Tout d’un coup, ce prix prend une valeur extraordinaire pour moi, alors que je ne m’y attendais pas. Mais en recevant ce prix, quelque chose en moi s’est interrogé : est-ce que je peux être qualifié d’un écrivain croyant ? Parce que moi-même je ne me suis jamais défini comme un croyant, plutôt comme un perpétuel quêteur de vérité. Donc plutôt qu’un croyant, je me considère comme un adhérent à tout ce qu’il y a de beau et de vrai.

Ayant dit tout cela, je dois admettre cependant qu’en recevant ce prix, j’ai vécu une expérience de croyance profondément émouvante. Est-ce qu’en m’attribuant ce prix, vous avez cru à la sincérité de mes paroles ?  Vous avez fait confiance à ma pensée et au retour, j’ai cru aussi à cet incroyable don que vous m’avez accordé. J’ai fait confiance aussi à votre jugement et je sais que ce jugement n’est pas dû à un hasard. Ce jugement est né d’une sorte d’intersubjectivité, incarnée justement par des esprits supérieurs que vous êtes.

Je suis convaincu que la vérité de la vie réside justement dans cette intersubjectivité et notre relation avec le divin est du même ordre. Tout en ne me considérant pas comme un écrivain croyant en plein sens du mot, et j’exalte ce moment cette croyance en répétant que la vérité de la vie réside au cœur d’une sorte d’intersubjectivité transcendentale. C’est dans ce sens que je donne sens à ce prix dont j’ai tout lieu de louer et j’ai tout lieu de dire toute ma gratitude. Merci.”

 

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