Jean-Michel Touche : Bienvenue dehors !

Pourquoi j’ai écrit ce livre

“Les maraudes sont parfois des moments poignants, parfois des moments comiques, toujours des moments de vie particulièrement intenses: parce que la rencontre des hommes et des femmes qui vivent dans la rue est un échange d’une grande profondeur, parce que ces hommes et ces femmes ont une histoire qu’ils confient peu à peu, parce qu’ils sont « à l’image et à la ressemblance de Dieu ».

Après avoir participé durant sept ou huit ans aux ateliers d’écriture des Compagnons de la nuit, à la Moquette, où « sans-abri » et « avec-abri » écrivaient, les uns à côté des autres, des textes souvent d’une grande beauté, j’ai eu l’occasion de rejoindre le groupe de maraude de ma paroisse, Notre-Dame de Grâce de Passy, via la Conférence Saint-Vincent de Paul.

A travers les pages de ce livre, j’ai voulu dire combien on s’attache à ceux que l’on rencontre lors de ces tournées nocturnes, notre inquiétude quand l’un ou l’autre disparaît quelque temps, notre joie quand on le revoit.

Loin d’être un traité sur la misère, « Bienvenue dehors » cherche au contraire à saisir le lecteur à la manière d’un roman, et à lui proposer un regard nouveau sur ceux que nous croisons sans toujours souhaiter les voir.”

Jean-Michel Touche

En résuméJMtouche

C’est le soir. Après l’effervescence du jour, chacun rentre chez soi, pressant le pas, jetant un dernier coup d’oeil sur les vitrines ou revivant les événements d’une journée sur le point de s’achever. Pourtant – les avez-vous remarquées ? – de drôles de silhouettes s’engagent dans les rues du quartier, le vôtre peut-être, un grand sac à la main. Dans cette ambiance de fin de journée, elles se fondent au coeur des recoins sombres de la cité. Heure mystérieuse où se déploient les maraudeurs de la nuit. Par groupes de trois et plus souvent de quatre, ces maraudeurs-là partent à la recherche d’hommes et de femmes en grande précarité qui, faute de toit, cette nuit encore dormiront dans la rue. Bienvenue dehors !


 Extrait

Assis sur un banc, au centre de la place qu’éclaire chichement un réverbère fatigué, on dirait un naufragé solitaire rescapé sur un rocher en plein océan. Depuis la rue, on ne voit que le haut de son bonnet enfoncé sur son crâne. En s’approchant, on découvre un vieux parka qui a connu des jours meilleurs et dans lequel un homme sans âge, les yeux à moitié fermés, tente tant bien que mal de se protéger du froid. Le vent tournoie, prisonnier sur la place. Sournois, il cherche à s’infiltrer dans le moindre interstice. L’homme tremble et serre tant qu’il peut le parka contre lui. Empruntant rarement cet itinéraire, je ne m’attendais pas à le voir. Lui non plus.

– Salut, Marcel.

– Tiens, salut !

Il n’a pas le regard bien clair, ce soir, l’ami Marcel. « Oui, il y a du vent dans les voiles », reconnaît-il en jetant un regard sur les canettes de bière qui s’assoupissent à proximité du banc. Après quelques secondes de silence il ajoute à voix basse, comme s’il se parlait à lui-même : « Si je ne m’arrête pas de boire, je suis foutu. »

Bienvenue dehors, Jean-Michel Touche, Editions Salvator, octobre 2013, 192 p., 17 €.

 

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