Alain Durel : Dostoïevski amoureux

Pourquoi j’ai écrit ce livre

Fervent admirateur de Dostoïevski depuis qu’un moine du mont Athos m’en eût transmis la passion il y a plus de vingt ans, je me suis attaché à suivre les méandres de sa tumultueuse vie amoureuse. C’est ainsi que je fis une découverte surprenante : Polia, sa sulfureuse maîtresse, et Anna, son épouse dévouée, avaient toutes deux fini leur vie, non seulement au même endroit, en Crimée, mais à la même époque, à la charnière des années 1918-1919. Cette singulière découverte m’a inspiré l’idée d’une confrontation entre ces deux femmes, au soir de leur existence, et à l’aube de la révolution bolchévique. Cette rencontre est le seul élément fictionnel de l’ouvrage. Mon intention, en utilisant ce procédé littéraire, n’était autre que de pouvoir décrire amoureusement la vie amoureuse de Dostoïevski. Que lecteur ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas ici d’un roman, mais bien d’une biographie. Cet ouvrage ne s’adresse donc pas aux spécialistes, du grand écrivain russe, mais à ses « simples lecteurs » – dont je fais partie. La question de la représentation de l’amour étant au cœur de mes préoccupations, l’évocation de nombreuses œuvres d’art (Raphaël, Titien, Holbein ou Manet) n’échappera pas au lecteur.

Alain Durel


Dostoïevski amoureuxEn résumé

1918. Les bolcheviks ont pris le pouvoir et la guerre civile fait rage en Russie. Pendant que, dehors, les passions sanguinaires se déchaînent, deux vieilles dames parlent autour d’une tasse de thé. La première, follement excentrique, fut la maîtresse de Dostoïevski. La seconde, plutôt austère, a été sa femme. Laquelle des deux le grand Fédor a-t-il aimée le plus ? La cruelle Apollinaria ou la fidèle Anna ? L’une comme l’autre savent que le jeu de la vérité peut tuer. La vie tourmentée de Dostoïevski trouve un écho dans ses grands romans. Mais ici, c’est lui le personnage principal. Dostoïevski amoureux est une symphonie du désir en trois mouvements : Apollinaria Souslova la fougueuse maîtresse, Anna Grigorievna l’épouse dévouée, et Les confessions d’un amant russe, celles du grand romancier.


Extrait

« Vieille femme à l’allure austère, vêtue le plus souvent d’une robe noire qui lui donnait l’air d’une religieuse, Anna demeurait d’une étonnante vitalité, bien qu’elle approchât d’un âge respectable. Elle n’avait pris sa retraite en Crimée que pour y ouvrir, place Oreanda, une librairie où l’on pouvait trouver tout ce que la littérature classique et contemporaine recelait de chefs-d’œuvre. Ayant exercé le métier d’éditeur durant trente-neuf ans et ne pouvant concevoir de trépasser autrement qu’au milieu des livres, elle avait choisi comme ultime occupation cette noble profession. Son « aquarium », ainsi dénommé en raison de l’imposante vitrine qui retenait captif d’étranges poissons de papier et de cuir, était fréquenté par des touristes aisés, l’intelligentsia locale et bientôt par les officiers de l’armée blanche. La guerre civile venait en effet de transformer la Crimée en bastion antibolchevique, tandis que les forces anglaises et françaises avaient établi leurs quartiers dans ses principaux ports. Les rues de Yalta s’étaient alors enrichies d’une population bariolée : nobles en exil, touristes immobilisés par la guerre, fiers cosaques, marins français et marchands caucasiens. »

Dostoïevski amoureux, Alain Durel, Editions de l’Œuvre, 149 p., 20 €.

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