Cécilia Dutter : Savannah dream

Pourquoi j’ai écrit ce livre

Je poursuis ma réflexion sur le désir, thème qui constitue le fil de mon cheminement littéraire. Après avoir consacré une biographie à la radieuse figure d’Etty Hillesum, femme de désir par excellence, j’ai récemment coécrit avec Joël Schmidt, un essai sur cette question. Sur le plan romanesque, j’ai abordé le désir sous l’angle de la séduction et de la fantasmatique érotique dans La Dame de ses pensées (Ramsay, 2008), puis, sous celui de son usure dans Lame de fond (Albin Michel, 2012). Dans Savannah dream, j’explore le versant sombre du désir, quand l’amour se fait emprise… J’ai souhaité parler du piège que représente parfois le regard amoureux lorsqu’on demande notamment à ce regard de venir justifier notre propre existence et notre propre valeur. Développant cette idée à travers l’histoire d’une passion adultérine dévastatrice, j’évoque aussi le vide existentiel et affectif que chacun d’entre nous peut ressentir à un moment ou à un autre de sa vie et la manière dont souvent, on cherche à le combler par le divertissement amoureux, entendu ici au sens de fuite de soi.

Cécilia Dutter

En résumédutter

Quand Julien croise le regard de Maud, il sait qu’il ne pourra pas lui résister. Ni lui échapper. Ce sociologue français vient d’accepter un poste à la direction d’un grand groupe aux Etats-Unis, où sa femme et ses deux enfants le rejoignent. En cédant à l’adultère, Julien se sent exister pour la première fois, quittant la route toute tracée à laquelle il se croyait destiné. Jusqu’à ce voyage à Savannah, où les masques tombent. Rencontre fortuite ou manipulation ? Dans ce suspense psychologique troublant et sensuel, avec le vieux Sud en toile de fond, Cécilia Dutter  dissèque les ressorts d’une emprise amoureuse, dévoilant les failles intimes dont se nourrissent les passions pour mieux dénoncer leur mirage.

Extrait

« On ne sent plus l’asphyxie des jours. La dépendance nous tient lieu d’oxygène. Comme toutes les dépendances, la nôtre a la même source : la solitude. Et le même objet : son évitement. Aucun de nous ne supporte l’intimité avec soi. Seul le regard de l’autre nous légitime dans nos existences. Cette faim éperdue d’amour, que traduit notre boulimie de sexe, en est la preuve. Nous vivons hors du temps. Nous nous divertissons au sens pascalien du terme. Nous sommes tous deux gouvernés par nos productions imaginaires. Elles mobilisent nos énergies dans l’espoir d’atteindre au rêve qu’elles font naître. Mais peut-on jamais réaliser un rêve ? Nous ne poursuivons qu’une projection. D’où le plaisir jamais pleinement satisfait. D’où la quête renouvelée. D’où l’enchaînement, l’aimantation et l’engrenage. »

Savannah dream, Cécilia Dutter, Albin Michel, février 2013, 220 p., 16 €.

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