Emmanuel Godo : Un prince

Pourquoi j’ai écrit ce livre

“J’ai parfois le sentiment que nous vivons dans une Babel effrayante qui nous renvoie de toutes parts une image très appauvrie de l’homme. Sans parler des fausses gloires, des paroles vaines, des mille et un visages du désenchantement qui se cachent si mal sous le rire glaçant de la dérision. Les hommes n’en finissent pas de pérorer et de se fermer aux idées les plus hautes – qui réclament un peu de ce silence dont parlait naguère Jean Grosjean dans son admirable Si peu (Bayard, 2001) et beaucoup de patience.

Contre ces sirènes désespérantes, le souvenir d’un homme, croisé au parc, et rayonnant d’une lumière de joie, s’est imposé à moi avec une douceur et une force que j’ai voulu rendre audibles par l’écriture. L’inconnu est venu à moi avec une majesté tranquille, il m’a manifesté une confiance qui m’a fait grandir en humanité. Il m’a ramené à la source première – celle où la mélancolie a les contours exacts de l’enthousiasme et où l’humilité se fait souveraine devant l’infini qui s’ouvre à elle de toutes parts.

godoCe livre est une célébration, un hommage à ce que l’homme peut donner de meilleur – habiter le présent sous le souffle fragile de l’éternel et témoigner qu’une vie humaine, non, décidément, ce n’est pas rien. Le livre est dédié à Sylvie Germain, Colette Nys-Mazure et Jean-Pierre Lemaire qui l’ont soutenu sans faille quand il n’était encore qu’une utopie vacillante.”

Emmanuel Godo

En résumé

Le texte se présente comme le portrait d’un inconnu, en forme de méditation ou de rêverie sur la joie dont il rayonne, une joie d’évidence, dont l’auteur essaie de comprendre la nature et la source. Le livre tente de faire entendre un écho de cette musique qui porte nos frères et nous porte vers eux quand, parfois, se déverrouillent nos peurs, quand une brèche se fait jour dans le capharnaüm de nos certitudes, de tout ce que nous inventons, avec une rage qui paraît inépuisable, pour ne pas nous acheminer vers notre semblable. Il fallait une phrase, une seule, pour tenter de faire tenir ensemble le passant, son contemplateur, le paysage et tout ce qui les lie dans l’invisible.

Extrait

“… et combien de fois sur un banc l’ai-je vu assis à côté d’une jeune fille, profils presque parallèles, lui un sourire de bienveillance, elle lancée dans une explication, comme elles font toutes à cet âge, primordiale, empressée, à perdre haleine, toute affaire cessante, et lui souriant à ce dire maladroit, le recevant comme une aubaine, un souffle inespéré, une bouffée de jeunesse et de vie, comme un sage qui n’aurait aucune sagesse à dispenser, un maître sans savoir, un prince sans autre royaume que ce dehors-là, donné à tous mais reçu par lui sans cette négligence qui est en passe de devenir notre seconde nature, et lui allant au-devant des autres…”

Un prince, Emmanuel Godo, préface de Jean-Pierre Lemaire, Desclée de Brouwer, collection « Littérature ouverte », septembre 2012, 96 pages, 9,90 €.

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