La sainteté selon Bernanos

« On peut parfaitement imaginer l’Église ainsi qu’une vaste entreprise de transport, de transport au paradis, pourquoi pas ? Eh bien, je le demande, que deviendrions-nous sans les saints qui organisent le trafic ? Certes, depuis deux mille ans, la compagnie a dû compter pas mal de catastrophes, l’arianisme, le nestorisme, le pélagianisme, le grand schisme d’Orient, Luther… pour ne parler que des déraillements et télescopages les plus célèbres. Mais, sans les saints, moi je vous le dis, la chrétienté ne serait qu’un gigantesque amas de locomotives renversées, de wagons incendiés, de rails tordus et de ferrailles achevant de se rouiller sous la pluie. Aucun train ne circulerait plus depuis georges bernanoslongtemps sur les voies envahies par l’herbe. Oh ! je sais bien que certains d’entre vous se disent en ce moment que je fais la part trop belle aux saints, que je donne trop d’importance à des gens tout de même un peu en marge, et que j’ai tort de comparer à de paisibles fonctionnaires, d’autant plus qu’en dépit de toute tradition administrative, ils bénéficient de l’avancement au mérite et non pas à l’ancienneté, qu’on les voit passer brusquement du modeste emploi d’homme d’équipe à celui d’inspecteur général ou de directeur de la compagnie, alors même qu’ils en ont été fichus brutalement à la porte, comme Jeanne d’Arc, par exemple. »

Georges Bernanos (1888-1948)
extrait de Nos amis les Saints, conférence de 1947

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.