Cecilia Dutter : Etty Hillesum, une voix dans la nuit

Pourquoi j’ai écrit ce livre ?

Il y a bientôt trois ans, en flânant dans une librairie, je suis tombée sur le journal d’Etty Hillesum. Je n’avais jamais entendu parler d’elle ni de ses écrits mais je l’ai acheté comme j’achète la plupart de mes livres, sur une impulsion. Dès les premières lignes, j’ai eu un choc. Cette femme indépendante, passionnée, paradoxale, à la fois dotée d’une grande sensualité et irrésistiblement attirée par le Ciel, m’a bouleversée. Je me suis reconnue dans son chaos personnel, ses questionnements, sa quête d’elle-même, son cheminement spirituel très singulier. Même si je suis bien loin d’avoir atteint son degré de sagesse, son Dieu m’a semblé proche du mien. Il est présence au cœur de soi, évidence, confiance en la beauté de la vie, foi en l’homme.

De mère juive et de père catholique, mon histoire familiale et ma culture judéo-chrétienne entrent en résonance avec le parcours d’Etty, ce qui m’en a sans doute facilité l’approche. Mais le message d’amour et de paix qu’elle délivre au monde dépasse le contexte historique, culturel ou religieux. Il touche chacun de nous quelle que soit sa croyance ou sa confession. Il est universel.

J’ai souhaité réconcilier la femme et la mystique. En l’ancrant dans la réalité, avec ses convictions, sans taire ses contradictions, j’ai tenté de mettre en lumière la grande modernité de cette personnalité complexe. A mon sens, la parole d’Etty Hillesum est d’autant plus belle qu’elle émane d’une femme qui nous ressemble.

Cecilia Dutter

En résumé…etty hillesum

Au cœur de la barbarie nazie qui s’exerce sur les Pays-Bas occupés, une voix s’élève, l’emporte sur les ténèbres, celle d’Etty Hillesum, vingt-sept ans, dont les cahiers et la correspondance attestent d’une confiance absolue dans le sens et la beauté de la vie et d’une inébranlable foi en l’homme.

Pour parvenir à cette lucidité, Etty a suivi un chemin singulier. Sa sensualité débordante l’a d’abord conduite à multiplier les conquêtes amoureuses. Julius Spier, un psychologue dont elle sera tour à tour la patiente, la maîtresse, la disciple et l’amie de cœur, l’aidera à « accoucher de son âme », et à aimer plus qu’un homme, Dieu et l’humanité tout entière.

À l’heure des convois pour Auschwitz, elle portera secours à ses frères détenus au camp de transit de Westerbork, antichambre des camps de la mort. Refusant de se désolidariser des siens, elle endossera jusqu’au bout le destin de son peuple. Celle qui rêvait de devenir un écrivain laisse des pages d’une indéniable qualité littéraire et d’une infinie sagesse : « Je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur, que nous n’ayons d’abord corrigé en nous. L’unique leçon de cette guerre est de nous avoir appris à chercher en nous-même et pas ailleurs. »

Extrait :

« La conception que se fait Etty de la transcendance lance un pont entre deux approches a priori assez opposées de Dieu : une vision plutôt occidentale et chrétienne d’un Dieu accessible avec lequel s’instaure un dialogue, et une vision plutôt orientale, plus abstraite, qui implique un état complet de détachement de l’être. Dieu s’apparente alors à un flux dans lequel l’individu doit se couler. En cela son parcours spirituel, emprunt de mysticisme, est tout à la fois très personnel et parfaitement universel. »

Etty Hillesum, une voix dans la nuit, Cécilia Dutter, éditions Robert Laffont, octobre 2010, 204 pages, 18 euros.

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