Paule Amblard : L’Apocalypse d’Angers

Pourquoi j’ai écrit ce livre

Les sujets viennent à nous sans hasard possible. Lorsque Diane de Selliers m’a proposé de travailler sur l’Apocalypse, je vivais un moment particulièrement douloureux de ma vie dans lequel j’accompagnais un ami dans la mort. Aborder ce texte fut pour moi comme une traversée du miroir. Il fallut tout donner de soi et s’abandonner à ce qui paraissait être à première vue un long parcours de destructions. Dans le chemin initiatique qu’est l’Apocalypse, on peut se perdre ou se figer dans l’incompréhension de scènes effrayantes de dévastation, d’eaux empoisonnées, de tremblements de terre, d’apparitions de bêtes étranges. Le texte est empli de symboles, « autant de mystères que de mots » selon saint Jérôme. Dans ce labyrinthe, j’ai trouvé un chemin. Si aujourd’hui le mot  apocalypse évoque le chaos et la fin du monde, le terme signifiait  à l’origine  révélation. Le récit porte un message d’espoir destiné à tout homme. Il dévoile un espace méconnu et secret, vaste et lumineux, celui du cœur spirituel de chacun.

Paule Amblard

En résumé couv apocalypse

L’Apocalypse de saint Jean a suscité au XIVe siècle la création du plus grand ensemble de tapisseries jamais réalisé au monde : 130 mètres de long et 6 mètres de haut. Les  puissantes visions prophétiques ont inspiré le peintre Hennequin de Bruges qui conçut le chef d’oeuvre pour le duc Louis Ier d’Anjou. Cet ouvrage reproduit le texte de l’Apocalypse illustré par les soixante-seize panneaux de la tapisserie, restitués dans leurs couleurs d’origine, magnifiés par de nombreux détails et par vingt-sept peintures issues de manuscrits du XIIIe siècle, qui comblent l’absence des tapisseries disparues. Afin de révéler la splendeur des tissages et des couleurs d’origine, l’éditeur a choisi de reproduire l’envers de la tapisserie – remis dans le sens de l’original – découvert à l’occasion d’une restauration en 1981. Exceptionnellement protégé par une doublure pendant plusieurs siècles, il dévoile des teintes insoupçonnées : des verts, des bleus, des rouges, des orangés, des jaunes flamboyants et puissants.

Les commentaires de Paule Amblard, historienne de l’art et spécialiste de la symbolique chrétienne médiévale, éclairent le lecteur sur le rapport entre la tapisserie et le livre de saint Jean. En décryptant la signification des images et des symboles, elle nous incite à nous interroger sur le sens profond du message de Jean. Sa démarche se rapproche de celle de Paul Claudel : « Il ne s’agit pas de comprendre l’Apocalypse, mais de se promener dedans ». Dans l’alliance de ce texte sacré et de ce chef-d’œuvre artistique, le lecteur chemine avec ferveur pour découvrir le message d’espoir et de plénitude spirituelle que porte l’Apocalypse.

Extrait

« La prophétie de l’Apocalypse est un chemin de connaissance de soi. Elle concerne le cœur de l’homme, éclairant celui-ci sur ce qui l’égare et le détruit. Le récit, à chaque page, invite à un retournement de la conscience. Il guide vers une transformation profonde de l’être. Suivre le chemin de Jean est une entreprise exigeante qui nous sollicite entièrement.  Dans les pages du livre, j’ai souvent eu l’impression d’accomplir une longue marche, semblable à celle du peuple hébreu marchant vers la Terre promise. Il fallait se mettre en route et, tel Abraham, aller vers soi-même. Le travail sur l’Apocalypse fut une épreuve. Entrer dans le récit n’est pas anodin. J’ai abordé le livre en doutant de trouver cette Vie annoncée. Devant les descriptions d’eaux ensanglantées, de cadavres amoncelés sous les éboulis de pierres, les mots durs nous jetant « dans un lit de douleurs », j’ai reculé. A l’exemple de Jean, il faut manger le livre. Il est doux comme le miel car il porte le message d’une libération. Il est aussi amer dans les entrailles car il nous confronte à nos ombres. « Avance en eau profonde », dit le Christ dans l’évangile de Luc (5, 4). Il faut accepter de se dépouiller de nos certitudes, de descendre en nos propres ténèbres pour y porter la lumière grâce à la révélation de Jean. »

« L’Apocalypse de saint Jean illustrée par la tapisserie d’Angers », Paule Amblard, éditions Diane de Selliers, octobre 2010, 410 pages, 160 € jusqu’au 31 janvier 2011, 190 € ensuite.

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