Tibhirine : le testament spirituel de Christian de Chergé

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C’est d’ores et déjà un des textes spirituels majeurs du XXe siècle… Le “Testament” de Christian de Chergé, moine de Notre-Dame de l’Atlas, est un texte d’une grande profondeur, mais aussi d’une vraie dimension littéraire. Prieur du petit monastère de tibhirine, Christian de Chergé a été assassiné avec six autres moines trappistes le 21 mai 2006, après 56 jours de captivité, enlevés par le GIA, groupe islamiste armé en Algérie.

D’une extraordinaire densité, ce texte a été rédigé en décembre 1993, deux ans avant les évènements tragiques, à une époque où les islamistes lancent un ultimatum, enjoignant tous les étrangers à quitter le sol algérien. Christian de Chergé, d’une plume précise et bouleversante, annonce le choix irrévocable d’une “vie donnée à Dieu et à ce pays”.

En mai 1996, en apprenant la mort des moines, la famille de Christian de Chergé découvre avec stupeur le contenu de la lettre envoyée par le prieur deux années plus tôt. Pressentant que ce texte dépasse largement le cadre familial et s’adresse à tous, les proches de Christian de Chergé prennent contact avec le quotidien La Croix pour proposer la publication du Testament. Depuis, le texte ne cesse d’être lu et relu par tous ceux qui le découvrent. Extraits.


“S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays.

Qu’ils acceptent que le Maître unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu’ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d’une telle offrande ? Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes, laissées dans l’indifférence de l’anonymat.

Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. (…) Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m’ont rapidement traité de naïf, ou d’idéaliste : « Qu’il dise maintenant ce qu’il en pense ! »

Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l’islam tels qu’Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion, investis par le don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.

Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là,envers et malgré tout.

Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d’hier et d’aujourd’hui, et vous, ô amis d’ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis !

Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’auras pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « À-DIEU » en-visagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.

Amen ! Inch’ Allah.”

Christian de Chergé
Alger, 1er décembre 1993
Tibhirine, 1er janvier 1994
 

>> version intégrale du testament à télécharger (pdf).

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