Une littérature secrètement aimantée…

“… Ainsi, une littérature secrètement aimantée par la foi doit apporter comme un apprentissage de l’attention : attention aux tendresse inapparentes du quotidien, à ses merveilles – depuis longtemps j’aimerais dire cette mouette qui surgit dans les matins encore sombres de l’hiver, quand je traverse la Seine, et dont la blancheur presque cruelle troue d’une incomparable pureté le fracas de l’immense ville ; attention aussi à ces ruptures, à ces <fissions> étranges qui traversent l’existence la plus occupée, la plus militante, la mieux organisée. Alors nous aidons l’homme à découvrir dans son coeur un bondissement irrassasiable et une béance inguerrisable. (…)

Ecrire, c’est le labour de soi, labour du coeur longtemps aride pour le rendre réellement vulnérable, d’une vulnérabilité contagieuse, qui repousse l’indifférence et le sommeil. Car il ne s’agit pas de fournir d’abord des réponses, mais bien la possibilité de se sentir question et d’être <mis en question> : l’homme est une question à laquelle rien de terrestre, rien de ce qui se trouve en deçà de la mort, ne semble répondre ; pourtant, même l’expérience du mal peut devenir révélation d’un autre monde, d’un Inconnu qui me cherche jusqu’en enfer.”

Olivier Clément (1921-2009)
président fondateur de l’association des Ecrivains croyants de 1979 à 1994
extrait de Le visage intérieur, Stock, 1978.

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