Christophe Henning : Le jardinier de Tibhirine

Pourquoi j’ai écrit ce livre

Les sept moines de Tibhirine ont donné leur vie par avance dans un choix radical, en restant en Algérie pendant les années noires. Depuis 1996, j’ai écrit de nombreux articles à ce sujet en tant que journaliste. Au-delà des événements tragiques et de l’incertitude quant à la manière dont s’est déroulé  l’assassinat des frères trappistes, j’ai découvert petit à petit les écrits des moines, la puissance intellectuelle de frère Christian de Chergé, l’extrême sensibilité poétique de frère Christophe Lebreton, l’engagement sans faille d’une communauté. En 2006, j’ai écrit une Petite vie des moines de Tibhirine (Desclée de Brouwer), un premier livre retraçant l’histoire et aussi le message des moines.

Mais je n’avais pas encore tout appris des moines. En 2007, j’ai fait la connaissance de Jean-Marie Lassausse, prêtre de la Mission de France, qui est chargé depuis 2001 de garder le monastère et d’exploiter les terres de Tibhirine. A partir de nos échanges et de mon voyage en Algérie, nous avons écrit ce nouveau livre pour dire comment le message de Tibhirine est encore vivant aujourd’hui.

Christophe Henning

En résumé…

jardinier tibhirineDepuis dix ans, Jean-Marie Lassausse assure une présence à Tibhirine. En travaillant la terre, il témoigne de cet esprit de dialogue enraciné en pays d’islam. Dialogue fragile, fécond, bouleversant, fruit de la vie donnée des sept moines de l’Atlas : “Je ne crois pas avoir été tout à fait conscient, au départ, du lourd héritage qui m’était octroyé. J’ignorais tout des frères. Et aujourd’hui encore, je creuse le message des frères assassinés. J’essaie de garder leur mémoire au contact des villageois. Dans le travail quotidien, avec Youssef et Samir, il n’y a pas un jour où l’on ne parle des moines.”

Originaire des Vosges, Jean-Marie Lassausse, issu d’une famille nombreuse d’agriculteurs, est aujourd’hui le « jardinier de Tibhirine ». C’est lui qui entretient les lieux déserts du monastère, qui travaille la terre du domaine avec les villageois. Son témoignage simple, profond, parle d’une « Église de la rencontre ». Une parole essentielle, alors que la vie des moines de Tibhirine vient sur les écrans avec le grand film de Xavier Beauvois Des hommes et des dieux.

Extrait :

« Aujourd’hui encore, je suis frappé par l’importance du monastère pour l’Eglise d’Algérie. Alors qu’il s’agit d’un « petit reste », des bâtiments malmenés par les intempéries, un petit cimetière, des vies brutalement interrompues il y a presque quinze ans, Tibhirine est encore si présent au cœur des chrétiens de ce pays. Et je ne parle pas du rayonnement international de la petite communauté pour l’Eglise universelle… Toujours est-il que la communauté dont nous avons tous appris l’existence – moi le premier – quand la tragédie de l’enlèvement a surgi sur le devant de l’actualité, a vécu ses intuitions profondes depuis tant et tant d’années. Ne serait-ce pas la manière de vivre l’évangile du prochain qui vient toucher les cœurs, quelle que soit la religion ? J’y retrouve, par quelques similitudes, et surtout par une fraternité de cœur, ce qui anime ma vocation depuis tant d’années. Homme terre à terre, je vis depuis si longtemps mon métier de prêtre dans les relations humaines simples, enracinées au gré des missions qui m’ont été confiées. De la Tanzanie à Tibhirine, en passant par la Creuse ou l’Egypte, c’est cette réalité humaine que je veux vivre, telle que la résume Christian de Chergé, éprouver simplement « la joie profonde de rester sans autre responsabilité que l’accueil du quotidien comme don de Dieu. »

Le jardinier de Tibhirine, Jean-Marie Lassausse, avec Christophe Henning, Bayard, septembre 2010, 150 p., 18 €.

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