Claude-Henri Rocquet : l’atelier de Bruegel

Pourquoi j’ai écrit ce livre

Dans les premières pages que j’ai écrites sur Bosch et sur Bruegel, vers 1968, Bosch m’apparaissait comme un peintre proche de Ruysbroeck, un peintre du monde spirituel, et Bruegel comme un humaniste, nourri de la pensée antique, un peintre de la nature et du monde profane. Peut-être est-ce pour découvrir en lui un peintre  imprégné de la Bible et de l’Évangile, un peintre chrétien, que j’ai entrepris d’écrire Bruegel ou L’atelier des songes ? Chemin faisant, j’ai renoué connaissance avec mon pays natal, le Nord, la Flandre. Et ce voyage intérieur était aussi un voyage dans la peinture, à commencer par celle de Bruegel. Ne plus être seulement devant un tableau, mais y entrer, y cheminer. Le voir, le regarder, mais le rêver, aussi. L’ « atelier des songes » n’est pas seulement celui du peintre. La peinture peut être de bien des manières un miroir de l’invisible.

Claude-Henri Rocquet

En résuméCH Rocquet

On sait peu de choses de la vie de Bruegel. Il s’agissait donc  de s’en tenir à l’avéré et au vraisemblable et  de s’appuyer sur les lieux  et les paysages de cette vie, sur cette espèce de « mémoires » que sont les tableaux et les dessins de Bruegel, son œuvre, et sur la connaissance de son temps : le  temps de Charles Quint et de Philippe II, de la domination de l’Espagne sur les Pays-Bas, et du début d’une guerre d’indépendance. Un temps où chaque jour est noirci par le feu des bûchers, déchiré par le cri des suppliciés. Un temps de haine religieuse où quelques-uns, fidèles à l’espérance, sont les serviteurs de la ferveur et de la paix.

Extrait

« Les Mendiants est une peinture très petite. Est-ce parce que Bruegel avait quitté son atelier ? Et s’il peint alors sur toile, est-ce parce qu’une toile se transporte plus facilement qu’un panneau de bois ? Si Bruegel s’éloigne de Bruxelles, en 1568, où va-t-il ? À Anvers, peut-être. Il cherche un navire qui l’accueillerait, avec sa famille, au jour dit, et les conduirait en Angleterre, en Allemagne. Lucas de Heere (qui faisait dire à son nom, par anagramme, Shaede leere u : « le dommage vous instruit ») s’est réfugié à Londres. D’autres peintres vont quitter le pays – Lucas et Martin Valckenborgh, Hans Bol, David Vinckeboons, Hogenbergh, qui publia les vaisseaux de Bruegel et dessina des cartes pour Ortelius… Entre Anvers et l’Angleterre, c’était un passage incessant de messages, de livres. »

(dans le chapitre 15, « La parabole des aveugles » : la partie 3)

Bruegel ou l’atelier des songes, Claude-Henri Rocquet, nouvelle édition, revue et augmentée Editions Zurfluh, 394 p., 32 €. euros..

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