Jeanne-Marie Baude : l’œil de l’âme

Pourquoi j’ai écrit ce livre

“L’œil de l’âme est né d’une longue maturation. J’ai longtemps  pensé qu’il existait une sorte de contradiction, ou même d’incompatibilité, entre la « vraie vie » – recherchée par les poètes à la suite de Rimbaud –  que je tentais de cerner dans mes recherches universitaires (sans doute parce que je partageais la même quête), et «le chemin, la vérité, la vie» évangéliques dont j’avais fait le choix. Comme s’il fallait renoncer à la beauté pour aller vers la vérité, comme si le plaisir esthétique était en lui-même entaché de quelque culpabilité. Il a fallu un lent cheminement pour que je prenne conscience que nous étions invités à faire confiance à la puissance de l’imagination créatrice, non sans prendre garde à  ses prestiges. Cet essai est donc d’abord un exercice d’émerveillement devant la puissance imaginative qui se déploie dans le monde en genèse où nous vivons, et qui nous guide, non vers l’irréel, mais vers le mystère de notre humanité.

C’est à ce mystère que ne cessent de s’affronter les artistes dont l’œuvre est ici interrogée. Qu’ils soient croyants ou non, leur œuvre peut avoir des vertus spirituelles. Explorer l’imagination signifie donc refuser les cloisonnements entre ce qui est profane et ce qui ne l’est pas ; c’est prêter attention, dans la lecture ou dans la relecture, à ce qui surgit des rencontres avec l’inconnu, révélé par l’univers imaginaire de l’autre, c’est laisser résonner ce chant ténu ou ce murmure qui laisse deviner, au sein des ténèbres parfois, la germination d’une espérance. C’est recueillir ce qui a valeur d’annonciation.”

Jeanne-Marie Baude

En résuméloeildelame

Ce plaidoyer pour l’imagination dessine un itinéraire intérieur, à partir du double constat d’un risque de déperdition de l’activité imaginative, et d’une désespérance moderne. « L’œil de l’âme » va discerner les signes d’une nouvelle alliance, où se retrouve la vigueur de la promesse originelle. L’exploration de la littérature, menée en toute liberté, est jalonnée de rencontres, survenant en des lieux imprévus, avec des œuvres offertes à notre contemplation ou notre réflexion. Ces rencontres tissent tout naturellement la trame sur laquelle prennent forme des exercices à visée spirituelle. Exercices ou jeux conduits avec une légèreté joyeuse, mais jeux avec enjeux, où le don inépuisable de la vie et de la beauté du monde ne cesse de se confronter avec la présence de la mort, et de la foi dans un au-delà de la mort.

Extrait

« Il est bien difficile de parler du mystère, alors même que l’on se sait habité par lui. Pour oser des paroles de foi, je sens en ce qui me concerne qu’il me faut partir de l’expérience de mon obscurité intérieure, prendre appui sur mes insuffisances et mes tâtonnements, avec l’espoir de recueillir des mots qui ne fassent pas écran à Celui qui éclaire ma vie. On voudrait posséder quelque chose de l’art délicat de ces porcelainiers qui laissent à travers l’argile blanche filtrer la lumière. Certain discours religieux, trop chargé de certitudes, et raidi par l’attraction mécanique de stéréotypes qui disent l’avoir et non pas l’être, occulte parfois malgré lui la présence qu’il proclame. Présence, que j’éprouve à la fois comme évidente et insaisissable, d’un Dieu que Moïse n’a pu voir que de dos, et que seul son Fils nous permet d’envisager. »

L’œil de l’âme, Jeanne-Marie Baude, préface de Dominique Salin, sj, avant-propos d’Yves Roullière, collection Christus, Bayard, septembre 2009.

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