Trente ans après, les mots vifs de Jean Sulivan

Il y a trente ans, jour pour jour, le 16 février 1980, Jean Sulivan  décédait, une semaine après avoir été renversé par une voiture, à Paris. Prêtre écrivain d’une rare exigence, « il suggère une rupture avec l’ordre établi des idées abstraites pour toucher aux sources d’une secrète jubilation qui est le bonheur même d’exister, écrivait Frédéric Pagès dans Télérama, qui poursuivait : Oui, Sulivan est d’une brûlante inactualité et donc plus que jamais nécessaire. »
L’association des Amis de Jean Sulivan continue à explorer son œuvre, et partage ici cet héritage, sous la plume de Jeanne-Marie Baude, écrivain, ayant récemment publié L’œil de l’âme : plaidoyer pour l’imagination (Bayard, 2009).

L’œuvre de Jean Sulivan reste toujours actuelle, ou plutôt elle ne cesse de le redevenir. Certes, les mentalités ont, en trente ans, beaucoup évolué, mais il se trouve qu’il était en avance sur son époque. C’est ainsi que dans Devance tout adieu, en 1966, il remerciait le ciel de l’avoir placé « à la charnière de deux mondes : le monde finissant d’un christianisme de culture, de puissance et de prestige, et le monde chrétien, à naître et déjà né depuis des millénaires, plus humble et plus vrai ». Le phénomène de sécularisation dont il parlait n’a cessé de s’accentuer, tandis que le monde chrétien, né depuis des millénaires, est toujours à naître. Les romans et  les essais de Sulivan font partie de ces lectures spirituelles habitées par un souffle évangélique et qui mettent le lecteur en éveil en l’appelant à revenir à l’essentiel.

« J’éprouve une sorte d’horreur pour les livres qui n’aident pas à vivre », déclarait-il dans une conférence en 1970, devançant ainsi une préoccupation actuelle. Mise en  danger par la concurrence de l’image, la littérature d’aujourd’hui éprouve en effet le besoin de s’interroger sur sa justification profonde. Dans la Petite Littérature individuelle (1971), Sulivan s’en prenait déjà au dogmatisme des maîtres à penser de son temps, qui mettaient en cause l’humanisme ; et dans Parole du passant (1980), on peut lire cette protestation : « Mais enfin, une littérature qui refuse l’homme, qu’est-ce que cela veut dire ? »

Sa confiance en l’homme se traduit par son désir d’une collaboration active avec son lecteur. Ainsi s’explique le caractère « énergétique » de ses écrits. Mais la source d’énergie dans laquelle il ne cesse de puiser est l’Evangile, à lire selon lui comme un poème, c’est-à-dire comme une parole qui met en marche. Car pour lui « les mots sont des sources mais aussi des tombeaux dont il faut rouler la pierre ». Sulivan cherche des mots-sources, qui aident chacun à écarter les pierres qu’il porte en lui-même, pour accéder à la lumière et ressusciter. Il n’a donc pas cherché de disciples, mais appelé à la liberté, car, écrit-il, le meilleur lecteur est « celui qui s’empare, transforme tout en lui-même, joue sa propre musique ».

Jeanne-Marie Baude

L’Association des Amis de Jean Sulivan, présidée par Edith Delos, organise diverses manifestations pour le trentième anniversaire de sa mort. A Paris, au Centre Sèvres, le 9 avril, conférences de Dominique Salin, sj, : « Jean Sulivan, maître spirituel » et de Jeanne-Marie Baude : « Les fulgurances de Jean Sulivan ». En Bretagne, les 24 et 25 avril, colloque à Ploërmel « Trente ans après, Jean Sulivan : une voie d’intériorité ».
« J’écris, je me consume avec le bois mort arraché à la forêt.
Que tout s’en aille en cendres, fumées, les mots secs et moi avec
Si quelqu’un se réchauffe une seconde »
Jean Sulivan, Miroir brisé, Gallimard, 1969

1 réflexion sur « Trente ans après, les mots vifs de Jean Sulivan »

  1. A tous les amis de Jean Sulivan

    En rangeant mes livres, je regroupe ceux de Jean Sulivan; combien ? 7, 8 plus
    ceux que je n’avais pas achetés.
    Puisqu’il est possible encore de s’exprimer : vous dire que pendant plusieurs
    années, j’ai pu continuer à vivre gràce à la lecture de ses livres, à ne pas perdre espoir.. Sans parler de la poésie qui nourrit et enchante.
    Merci

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