Pour Olivier Clément, en hommage

C’est un 15 janvier que notre ami et maître Olivier Clément a poussé la porte du paradis ; c’est un 15 janvier qu’il est entré dans l’Eglise du Ciel, l’Eglise indivise ‘pour de vrai’, si je puis dire ; c’est un 15 janvier qu’il a rencontré Celui qui aura été le véritable amour de sa vie, Jésus le Christ. « Je le perçois d’abord, disait-il à Jean-Claude Noyer, comme l’ami secret, celui qui marche auprès de nous sans que nous le sachions et qui peut poser Sa main sur notre épaule un soir de désespérance et d’abandon. » En même temps, le Christ représentait pour lui « l’ouverture sur l’abîme de la divinité ». Ce Christ qu’il cherchait et rencontrait quotidiennement : « Presque chaque jour, confiait-il, je relis un chapitre de l’évangile ». Ne savait-il pas que, « au cœur du message évangélique, il n’y a rien d’autre que l’Amour » ?

Depuis ce 15 janvier-là, nous avons un ami là-haut, qui suit chacun de nos pas de son regard de bonté et qui intercède pour nous. La bonté. Voilà bien, sans aucun doute, le trait caractéristique de l’homme, de l’écrivain, du philosophe et du théologien Olivier Clément. Lui qui affirmait que « c’est le symbole qui rend compte de la vraie réalité », il savait que sa bonté était comme le reflet de Celui qui n’est qu’Amour et Bonté. Je le vois encore qui me demande, après le décès de France Quéré, de prendre le relais à la tête de l’Association des Ecrivains Croyants d’Expression Française. Avec cette bonté insistante, mendiante presque, mais rayonnante et confiante… C’est cette bonté qui inspirait et son écriture et son action. Ainsi, quand le philosophe théologien qu’il était proposait ses « Questions sur l’homme », ou lorsqu’il indiquait « L’Autre Soleil » à nos ténèbres, il ne parlait que du Dieu « respectueux de notre liberté », qui « s’incarnera et mourra pour que la mort même s’emplisse de son amour et devienne pour l’homme résurrection ».

A l’Eglise indivise qu’il appelait de ses vœux, il confie le trésor de ses « Sources », ces textes et commentaires des mystiques chrétiens des origines. Lui qui savait que le christianisme « reste un inconnu », il invoquait sur lui l’Esprit juvenescens, de jouvence, pour que l’Eglise devienne ce lieu « source de paix, de grande joie, source de vie, source secrète où viennent se désaltérer des hommes-sources, des hommes de lumière dont le monde a tant besoin. » Pour cela, selon lui, il faudrait des « communautés plus petites, chaleureuses, accueillantes, où l’on ne juge pas ».

De ce christianisme-là, quel meilleur miroir que la littérature ? Mieux : quel meilleur expérimentateur ? Dans « L’esprit de Soljenitsyne », Olivier Clément va jusqu’à écrire : « C’est à l’instauration, à travers les ténèbres lucidement reconnues, de cette lumière qui est en nous que semble s’être voué Soljenitsyne ». C’est parce qu’il savait cela qu’il a voulu rassembler, dans une même association, tous les écrivains « croyant » en un Dieu unique, et cela dans un « respect têtu », comme le dit le titre de l’ouvrage qu’il a écrit avec le musulman Mohamed Talbi. Afin qu’ils puissent se rencontrer, dialoguer, et travailler ensemble à la promotion d’une littérature ouverte sur l’Amour et l’Infini, avec les moyens qu’ils voudraient se donner : colloques (tels ceux qu’il anima lui-même à Chantilly), rencontres diverses, ventes-signatures, publications ou prix littéraire. Pour tout cela, comment ne pas vous dire, cher Olivier Clément, en ce jour anniversaire de votre naissance à l’Eternité, un profond et chaleureux merci ?

Roger Bichelberger

Président des Ecrivains croyants de 1995 à 2007

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