La nouvelle lettre d’Écritures & Spiritualité : L’Essentiel n°10

Nous vous invitons à découvrir la nouvelle lettre d’Écritures & Spiritualité : L’Essentiel n°10

L’Essentiel résume les actualités majeures de l’association et permet aux auteurs adhérents de noter sur leur agenda les prochains événements auxquels ils sont conviés.

Jean-Bruno Kerisel – L’empreinte d’un frère

Le mot de l’auteur :

J’allais avoir quinze ans lorsque mon frère aîné, Patrick, s’est donné la mort.

Très proche de notre père, il m’a tyrannisé pendant mon enfance.

Tuberculeux, exclu de la famille à cause de sa maladie, puis mis dans un placard après sa mort, son nom a été interdit.

Porté par la culpabilité familiale, je me suis engagé au service de la Justice, puis dans différentes associations de prévention du suicide et d’aide aux plus démunis.

Mon frère est présent tout au long de ce livre et dans les différents domaines de ma vie : la spiritualité, l’art, la sensualité, le rêve.

Au cœur de mon introspection, il y a le désir d’être absous.

Je le cherche, petite lumière, invisible aux autres, et je le fais vivre.

Extrait :

C’est à l’entrée du Musée d’Art Moderne, avenue du Président Wilson à Paris, que j’ai lu pour la première fois le nom de Mark Rothko.  Il pleuvait ce dimanche de 1999, et j’avais décidé avec un ami de marcher dans Paris. Nous sommes entrés, après avoir hésité. Les indications biographiques concernant ce peintre, inscrites sur les murs, ne m’ont pas plus frappé que ses premières toiles d’inspiration impressionniste ou surréaliste accrochées dans la première salle. J’ai descendu quelques marches.

Alors a surgi en face de moi son grand format : “Orange on Yellow”. Les larmes ont jailli. J’ai poussé la porte d’un jaune flamboyant et suis entré dans la lumière, celle après laquelle je cours depuis toujours. Il n’y avait plus de lieu, plus personne, seulement le silence.

Éditions Pippa, Mai 2019 – Site web : www.pippa.fr

Jean-Bruno Kerisel : Marqué par une tragédie familiale, l’auteur s’est engagé au service de la Justice. En même temps qu’il mène sa carrière d’ingénieur et d’expert, il est attentif aux souffrances dans les différentes associations d’écoute et de défense des droits de chacun. Écrire sur la mort volontaire d’un frère, c’est s’adresser à tous et rappeler la réalité sociale qu’est le suicide.

Remise des prix Écritures & Spiritualités 2019

Le 27 mai 2019, s’est tenue la remise des prix Écritures & Spiritualités. Nous vous invitons à découvrir quelques photos de cette soirée riche de rencontres et de partages.

LES LAURÉATS :

Nayla Tabbara (avec Marie Malzac) , pour : L’Islam pensé par une femme, Bayard

Bruno Pellegrino , pour : Là-bas, août est un mois d’automne, Éd. Zoé

Marcel Comby – De ma terre natale à ma terre intérieure

Le mot de l’auteur :

Les circonstances de la vie donnent naissance soit à des instants de misère profonde, morale ou physique, qui semblent vous détruire inexorablement, soit à des moments plus sublimes de résilience qui vous rendent plus forts. Si l’on découvre finalement que tout cela débouche sur une vision de soi chargée de sens et de transcendance, on appellera cette sorte de métamorphose, un chemin initiatique.

     C’est ce chemin personnel que j’ai voulu décrire. Mais, sur le tard, un certain personnage s’est glissé dans mon être intérieur, je veux parler de Teilhard de Chardin, paléontologue et théologien qui mourut à New York le jour de Pâques 1955, ayant laissé derrière lui une œuvre considérable qui ne fut publiée qu’après sa mort.  

     Teilhard est un penseur dont la vie et la pensée sont parmi les plus toniques et contagieuses de tous les temps mais parfois contestées. Il possède une vision dynamique de l’Univers, et une perception particulière de la vérité fondée, non sur des démonstrations mathématiques ou bien sur de rigides idéologies, mais sur une certaine cohérence des choses qui constitue toute son apologétique. Sa philosophie se trouve centrée sur le concept d’évolution qui donne un sens à toute vie et une ultime convergence vers le Christ. Je lui dois beaucoup !

Extrait :

J’aimais profondément ma terre natale qui, de vignobles en vergers, descendait lentement vers le fleuve avant de faire rayonner au loin la chaîne du Mont Blanc. Les impératifs liés à mon accès au savoir livresque ne m’intéressaient guère bien que j’occupasse toujours la place du premier de la division. En fin de compte, je n’aimais pas l’école ! Malgré tout, je repense à cette petite école publique, aux murs de granit bleu bien taillé, qui me semblait représenter physiquement l’image de la République Française. J’ai apprécié la qualité pédagogique de mes maîtres, hussards de la dite République. Ceux-ci savaient ne pas dispenser qu’un savoir théorique, mais nous mettre en contact avec les différents métiers manuels exercés par des gens de la région. En outre, un grand placard contenait mystérieusement des objets dignes de nous faire comprendre les phénomènes physico-chimiques. Et pourtant, malgré mon indifférence pour les maths et le français, je trouvais exaltant de regarder mon maître écrire sur le tableau. Lorsque, chaque matin, l’instituteur commençait d’écrire majestueusement sur son tableau noir, j’étais, à cet instant précis, en proie à une petite extase. Quelque chose de beau semblait naître chaque jour : un feu qui s’allume. Nous savons que les sagesses de l’Orient enseignent que l’essentiel n’est pas dans la connaissance mais dans le geste. Je l’ai éprouvé très tôt dans ma jeunesse.

Le Lys bleu éditions, Avril 2019

Texte de François Cheng sur Notre Dame de Paris

FRANCOIS CHENG, Président d’honneur d’Écritures & Spiritualités,
a exprimé superbement la portée spirituelle et universelle de l’attachement à la cathédrale Notre Dame de Paris, « notre âme commune », lors de l’émission la Grande Librairie.
Nous en donnons de larges extraits.

“ ….Cette cathédrale qui existe depuis 850 ans en dépit de ses charpentes en bois, n’a pas connu véritablement d’incendie. Et tout d’un coup, ce 15 avril 2019 à 18 h 30, c’est arrivé. Cette flamme qui jaillit de ses entrailles et  qui monte jusqu’au ciel avec une fureur stupéfiante, l’Histoire ne l’oubliera pas. Elle retiendra cette date. 
Mais à un degré plus haut, il y a cette intense émotion qui s’empare de chacun. Et chacun dans la nuit, sidéré, désespéré, sent que cette émotion est partagée par les autres, et puis par tout un peuple et puis par le monde entier. A ce moment là on est entrainé irrésistiblement dans une communion universelle… Nous ne devons jamais l’oublier.
… Le peuple français a une révélation. C’est ce monument là et absolument pas un autre qui incarne notre âme commune chargée de spiritualité et d’histoire. Ce monument est fait de pierres vivantes, c’est à dire de chair et de sang parce qu’un cœur n’a jamais cessé d’y battre. Alors que cette chose existe, c’est à dire ce lieu, cette chose,  où se réunissent la beauté, quand même, et la vérité humaine, c’est proprement extraordinaire. C’est l’honneur de la France. Notre Dame ce n’est pas seulement notre âme commune mais c’est l’honneur de la France, c’est à dire un seul monument qui réunit la beauté et la vérité humaine.
Si vous me permettez j’ajoute une très brève remarque intime. N’oublions pas que c’est Notre Dame donc  c’est une présence maternelle. L’Amour maternel nous savons ce que c’est, quelque chose de naturel, de normal : on en jouit, on en profite  on en abuse souvent, mais sans trop s’en soucier. Un jour, soudain, cette présence maternelle nous est arrachée. Alors on est plongé dans une tristesse infinie, dans un regret infini. On se dit : il y a tant de choses qu’on aurait pu lui dire et on ne l’a jamais fait. On ne lui a jamais dit : “je t’aime”. Maintenant c’est trop tard.  Ce sentiment de « trop tard » nous a saisi au moment où la flèche s’est transformée en torche et s’est brisée. Alors un cri d’effroi nous a saisi…Notre Dame va partir sans qu’on ait le temps de lui dire adieu. Heureusement le lendemain on a été rassuré…Elle est sauvée. Dans ce cas, ne soyons pas oublieux. Soyons pleins de gratitude et soyons fidèle à ce bien commun.”
 

Robert Jean-Daniel – Prédelle, bandeau & Cie

Le mot de l’auteur :

Il y a déjà quelques années que je vais régulièrement à St-Hugues-de-Chartreuse, avec toujours un plaisir renouvelé de m’arrêter devant chacun des tableaux, des sculptures et de l’agencement général de l’église de St-Hugues. J’y ai souvent accompagné des équipes de catéchètes, une chorale ou l’autre, des équipes pastorales, etc. L’œuvre d’Arcabas n’en finit pas de me dire du neuf, de m’ouvrir à d’autres questionnements. Et surtout, c’est tout simplement BEAU ! 

Dès lors, est monté en moi la nécessité de dire avec des mots ce que je vois et ce que cela évoque en moi. En plus, j’ai pu avoir quelques commentaires par Arcabas lui-même et sa théologie me parle particulièrement. D’ailleurs elle transparaît dans son œuvre. 

Extraits :

Effets de serres financières

À Saint-Laurent-du-Pont la danse est morte. Arrivent sans le vouloir des vallées qui menacent d’être belles. Arrivent les montagnes aux yeux vairons, leur alternat de sommets gris et jaunes, céruléens et entourloupés de blanc. Les neiges s’escriment à demeurer entre taches de verdures. Bravement. Elles jouent les prolongations. Absentes en hiver, elles se rattrapent en pestant contre les suies d’en bas. Petites causes et grands effets. Ou l’inverse, elles ne savent plus.

Détroits de pierres

Nous remontons les eaux avec cette oppressante impression de faire le Guiers. Jamais elles n’ont porté nom aussi clairement. Vif ou Mort.
La montagne est fendue à la hache du gel et des rivières.
Le ciel est perdu de vue et perd les eaux. Il faudrait un arbre tombé, pour retrouver le sens d’un horizon.

Éditions des Sables, collection « Rose des sables », Mars 2019