Sylvie Monpoint – La peau dévoilée – La dimension spirituelle de la peau

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

J’ai consacré la première moitié de ma vie à un métier de passion : la médecine, soigner les corps, aider les gens, cueillir sur leur peau les traces de ce qu’ils sont (je suis dermatologue). A 40 ans, j’ai commencé à prendre conscience de la dimension spirituelle, de sa place essentielle dans le développement de chaque Homme. Plutôt que de m’inscrire dans une voie unique de recherche spirituelle, même si on ne renie jamais sa « maison-mère » (qui pour moi est une voie ésotérique et symbolique), j’ai eu l’envie de chercher, fouiller explorer des voies religieuses ou spirituelles d’apparence très différentes, notamment au travers de voyages, et de chercher « la substantifique moelle » ou « la quintessence » des questionnements humains. Au travers des âges, la peau a toujours été pour l’Homme un support évident pour adresser ou recevoir des messages spirituels. A plus de 50 ans, à ce carrefour de ma vie où je souhaite de tout cœur donner une place croissante à mes recherches spirituelles et à l’écriture, tout en continuant à demeurer auprès des gens par les soins du corps, il me semblait que mon premier livre devait mettre en communion la peau et le spirituel. C’est ce que j’ai tenté de faire, avec sans doute les maladresses d’un premier ouvrage, mais un élan du cœur sincère et une envie de faire sans limite. Il ne s’agit nullement d’un essai exhaustif et savant, mais d’une balade poétique, marquée de ma lecture personnelle, et qui invite chacun à emprunter (ou « empreinter ») la piste qui lui fera sens et à l’enrichir de sa propre pensée

Extraits :

Depuis la nuit des temps, l’homme a cherché à se relier aux forces qui le dépassent et il a utilisé pour cela tout ce qui est à sa portée. Concernant son corps, le premier organe visible, c’est la peau. Elle est magique cette peau qui se répare d’elle-même quand une branche l’a entaillée. Elle est en contact avec la terre-mère, l’eau, les vents et elle se réchauffe sous la flamme du feu. Il comprend très vite qu’il y a un dedans et un dehors, comme pour les bêtes qu’il chasse, qu’il découpe et dont il s’approprie la peau pour couvrir la sienne….
Au contraire des peintures corporelles et du tatouage, la scarification s’accompagne, dans sa genèse, d’une effusion de sang, plus ou moins importante, mais toujours symboliquement féconde. La scarification devient, par là même, dimension sacrificielle pour libérer le nouveau-né de l’ancêtre qu’il incarne, offrande de sang comme gage de fertilité de la femme et de fécondité de la terre ou signature trempée dans le sang du pacte scellé avec les esprits….
Au terme de ce petit voyage « vestimentaire » peut-on dire où réside le sacré ? Dans la nudité, la pudeur ou l’étoffe recouvrant le corps ? Et si c’était dans ce mouvement incessant du voilé-dévoilé que se glisse l’indicible, l’invisible…
Y a-t- il une couleur de peau qui serait la marque du Divin, une teinte, une vibration universellement reconnue pour représenter l’enveloppe visible de la déité ? Certes non. Et, au travers du monde et des âges, la peau des dieux, telle que l’homme l’a conçue et figurée, puise en un arc-en-ciel infini…
Ainsi la Vierge noire nous prend par la main et nous conduit sur une voie plus secrète, plus cachée, plus intérieure et plus ésotérique. Elle nous dit que les ténèbres précèdent le jaillissement de la lumière. Elle nous invite à ce patient chantier de fouilles qu’est la connaissance de soi, pilier de toutes les traditions initiatiques. Elle nous conduit en notre crypte pour que l’étincelle nous apparaisse, scintille puis grandisse, et que la lumière soit. Elle est, par sa noirceur même, véritable chemin de Lumière…

Au fil du temps, les hommes se sont éloignés du divin. Ils ont posé la raison pure comme vérité exclusive et la science comme seule voie de connaissance. Ils ont jeté aux orties l’eau du ciel et les dieux qu’elle contenait, les rites et les croyances anciennes. Ils ont transformé le cosmos animé, berceau de toute forme de vie et qui faisait rêver l’homme depuis la nuit des temps, en un réservoir de ressources à exploiter sans mesure. Ils ont assujetti leur bonheur à la matière, au consumérisme et confié leur destin au pur développement technologique. Ils ont peu à peu oublié « l’être » pour glisser subrepticement vers « l’avoir » et « le paraître »…

Éditions Josette Lyon, Octobre 2017

Sylvie Monpoint est dermatologue, a été rédactrice en chef de plusieurs médias de la presse médicale. Elle est aussi présidente d’une association humanitaire pour la scolarisation des enfants au Cambodge.