Jacqueline Barthes – L’humain, un drôle de genre – essai

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Pourquoi l’ai-je écrit … ? Sans doute par une sorte de nécessité en moi car, depuis toujours, la condition humaine m’interroge. Je suis habitée, taraudée même, par le désir d’approfondir ce mystère que nous sommes à nous-mêmes. En 2013 je m’étais arrêtée sur le mystère du féminin. Cette fois il s’agit d’une réflexion sur le fait d’être tout simplement un « humain ».
Ce qui m’étonne particulièrement dans notre être, c’est cette attente presque douloureuse que l’on perçoit en nous, mais aussi cet étrange appel à aller vers un au-delà de nous-mêmes qui incessamment nous habite. Comment justifier ces exigences intérieures qui veulent nous entrainer à une si grande distance de notre statut biologique d’être de matière ?
Il me fallait tenter de comprendre tout cela. Alors à nouveau je me suis lancée dans l’inconnu, guidée seulement par cette question si sensible en moi, mais dans le brouillard, sans véritable balise sur ma route pour m’aider à en percer les mystères, la logique, la lumière… Cette quête m’a conduite à croiser ma pensée avec celles de grands penseurs comme Teilhard de Chardin, Jean Luc Marion , François Cheng, Maurice Zundel … pour voir alors se révéler à moi de façon structurée la place que tient l’Amour dans une vie d’homme. Pour voir même s’imposer le fait que l’homme est totalement « référé » à l’Amour. Que l’Amour est sa première nécessité de vie, au-delà même de la nourriture ou de l’air à respirer. Que c’est l’Amour qui le fait vivre. Et même au-delà que c’est l’Amour qui meut, non seulement l’homme, mais le monde.

Alors en moi a surgi un véritable hymne à l’Amour. Et une règle de vie s’est imposée, celle de Saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux »

Extrait :

En nous est inscrit le besoin de l’autre.
Une nécessité vitale
Plus impérative que la vie.
Ce besoin se manifeste en nous comme un désir insatiable
Une faim toujours vive mais jamais apaisée.
Ce besoin nous engage, par désir, dans un chemin qui modifie notre être
Un chemin d’Amour
Qui transformera nos êtres
En fera des êtres non plus seulement « désirants », mais aussi « se donnant ».
Ne pas suivre ce chemin perturbe terriblement notre être
Pouvoir progresser sur ce chemin nous comble
Nous conduit vers des territoires nouveaux
Mais pourtant « reconnus »
Des territoires heureux

L’Amour, mon être l’exige. Je ne peux pas vivre sans Amour. Me sidère la violence qui se lève en moi si je suis privée d’Amour. On peut tuer pour cause d’Amour. On peut mourir de manque d’Amour. On peut passer une vie entière de façon restreinte, bridée, car en attente d’Amour. En espoir d’Amour. On connait tous des êtres qui, adultes, sont restés en dépendance. En dépendance de quelqu’un, dont ils persistent à espérer l’Amour.
Mais « le Mal »… ? Je peux vivre sans faire le mal. Et même de façon d’autant plus heureuse. Se laisserait-on mourir par quête de mal ? Est-on en attente, en imploration, de regards destructeurs, comme on l’est de regards aimants ? Ne pas rencontrer le mal nous met-il en fureur ? Non. Rien de tout ce qui caractérisait nos rapports à l’Amour n’est transposable vers nos rapports au Mal.
C’est clair : notre vrai désir est ailleurs.
C’est à l’Amour que nous sommes référés.
C’est ainsi, dans son essence, un appel à l’Amour qui est structurellement inscrit en nous, comme en toute parcelle du monde. Et comme on le perçoit ! Tous ces impératifs qui marquent les relations humaines sont à relier à cet originel appel à l’union inscrit en nous. A travers eux se laissent voir l’émergence de la dimension spirituelle qui était sous-jacente à cet appel. Car ce sont des lueurs croissantes d’Amour, de véritable Amour, qui s’y « disent ». Qui se « disent » au travers de cette nécessité de chaleur, de contact corporel, entre nous. Au travers de cette impérative nécessité de rencontre entre nous. Au travers des liens amicaux que nous tissons. Au travers de la joie que nous trouvons dans le partage commun de moments heureux, de pensées, de réflexions. Dans la collaboration à une même œuvre. Et bien sûr, plus encore, au travers de l’Amour-passion qui peut nous illuminer. A des niveaux différents, dans la montée en densité spirituelle de ces attentes, c’est bien ce potentiel spirituel enfoui en la matière de nos êtres qui peu à peu se révèle.

Jacqueline Barthes est diplômée de l’École Supérieure d’Électricité, de l’Institut d’Administration des Entreprises et licenciée en théologie (Institut Catholique de Paris). Elle a mené conjointement, et avec la même passion, une carrière d’ingénieur et un parcours de mère de famille. Désirant par ailleurs se pencher sur ce mystère qu’est, à ses yeux, notre condition d’être humain, elle publia en 2013 un livre « Le féminin, un drôle de genre », ce qui lui valut d’être invitée à participer à un colloque au Vatican au sein du Conseil Pontifical pour les Laïcs. Aujourd’hui, avec « L’humain un drôle de genre », sa réflexion porte de façon plus générale sur le fait d’être tout simplement « un humain ».
jacquelinebarthes@orange.fr

Le féminin, un drôle de genre, Editions Saint Léger, 2013
L’humain, un drôle de genre, Editions Saint Léger, 2017

Didier Lafargue – La personne humaine dans l’œuvre de Carl Gustav Jung – essai

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Depuis longtemps, je me suis interrogé sur la connaissance de la nature humaine. Cela m’est d’abord venu de mon père qui m’a transmis sa passion pour l’Histoire notamment par l’intermédiaire des biographies des grands hommes, des fortes personnalités qui font l’Histoire.
La psychanalyse, appelée par Jung « psychologie des profondeurs », offre un terrain d’investigation apportant certains éclairages à ce sujet. Sur ce point, Jung s’est singularisé par rapport à Freud. À sa manière, ce dernier a édifié un dogme, distinguant en chaque individu le ça, le moi, le surmoi. Chez Jung, le dogme est absent. L’art, la littérature, la musique, la philosophie font tous état de l’âme humaine ; la diversité caractérise sa pensée. Il discerne dans l’inconscient une partie appelée inconscient collectif dans lequel les archétypes exercent leur puissance. L’ensemble est d’une prodigieuse richesse et il est toujours possible à la personne de s’y reconnaître en cas de troubles psychologiques.
Pour Jung, l’individu doit rester autonome face à la collectivité. Aussi s’est-il interrogé sur le danger que la science était susceptible de lui faire courir. Il a également manifesté son inquiétude à l’égard des mouvements collectifs à caractère idéologique au sein desquels était noyée la personne humaine, ce qui donne un caractère tristement actuel à sa pensée. Car si les forces exprimées par son inconscient collectif peuvent enrichir sa conscience, elles peuvent aussi la subjuguer si elles sont méprisées. En découle chez Jung l’émergence d’une philosophie propre à séduire ceux ayant le désir de s’interroger sur les fondements psychologiques réels des croyances reconnues. C’est ce que ce premier tome a tenté de dégager. Le deuxième tome aura pour thème la dimension purement spirituelle attachée à l’inconscient collectif toutes religions confondues.

Extrait :  

Il arrive que les êtres se mettent en tête d’obéir à des mots d’ordre, des abstractions, jusqu’à en oublier leur âme, succombent à des idées se révélant tyranniques et s’imposant à la société à l’encontre de la liberté de chacun. L’idéologie se présente alors comme un ensemble d’idées visant à présenter le monde dans un sens particulier et se posant en vérité absolue. Son objectif est de rassembler le peuple autour de ses préceptes et de susciter une adhésion pouvant mobiliser les passions. Dès lors, elle tourne vers l’intolérance et se refuse à toute remise en question propre à permettre progrès et innovation. Par cette volonté de fermeture, elle nuit au progrès personnel de chacun. Celui-ci n’est rendu possible que par des confrontations successives, soit en restant résolument ouvert à tout apport extérieur. Cet aspect oppressif accolé à l’idée caractérisa d’abord en Occident le christianisme, à travers l’Inquisition, avant de s’appliquer aux régimes totalitaires du XXe siècle. Avec ces derniers, des valeurs laïques se sont substituées à celles religieuses pour exercer une emprise tout aussi grande sur les volontés. […]
Cette division arbitraire opérée entre le bien et un mal souvent imaginaire ne fait que reproduire celle introduite dans notre esprit. Se produit alors une scission psychologique qui détruit notre intégrité et nous coupe de toute une partie de nous-mêmes. Que cette soumission absolue de l’âme humaine se fasse au nom de Dieu, à celui d’une loi incarnée par un parti ou envers un Etat représenté par un chef charismatique, elle représente toujours la même attitude humaine d’abdication de soi. Jadis existait une divinité toute puissante à laquelle les hommes vouaient une adoration sans limites puisqu’ils allaient jusqu’à lui sacrifier leurs semblables. La fascination qu’exerçait Moloch sur leur esprit était telle que ses fidèles avaient résolu de lui donner leurs propres enfants. Ceux-ci étaient brûlés vif sur l’autel du dieu ou au sein de la statue qui lui avait été élevée. Maintenant Moloch a disparu et, tombé dans l’oubli, n’est plus l’objet de ce culte sans bornes que nourrissaient les angoisses humaines. Mais il renaît de nos jours sous la forme d’idées auxquelles les individus sacrifient tout sans discernement.

Jean-Marc Blancherie-éditeur, Éditions du Désir
Parution : Octobre 2016
http://editionsdudesir.fr/produit/personne-humaine-jung/

L’auteur est né en 1962 à Bordeaux, Didier LAFARGUE a une formation d’historien. Travaillant sur le thème de l’imaginaire, il a écrit de nombreux articles dans les revues Temporel, Jules Verne, Atlantis, Acropolis, L’Initiation traditionnelle, Matières à penser, Choisir.