Caroline Baertschi-Lopez, Les enfants, portiers du Royaume – Accueillir leur spiritualité

Pourquoi j’ai écrit ce livre : 

J’ai été sensibilisée à la spiritualité de l’enfant et l’enfant théologien en découvrant une approche religieuse appelée Godly Play®, créée par Jérôme W. Berryman et en lisant (en espagnol) le premier tome de la collection qui la présente. J’ai ensuite effectué un travail de diplôme sur ce sujet et constaté l’intérêt qu’il éveillait lorsque j’en parlais autour de moi. Invitée à faire des conférences puis interpelée pour en faire un livre, je me suis lancée, motivée aussi par le fait qu’il y a encore très peu de littérature en français à ce propos.
Godly Play® est difficilement traduisible en français, on trouve les mots de Dieu et de jeu. Il s’agit de jouer avec Dieu, ou de laisser Dieu jouer avec nous… En vivant des séances Godly Play® avec des enfants, j’ai pu remarquer que si nous les accueillons, les écoutons, si nous soutenons leur spiritualité, si nous nous émerveillons avec eux, alors les enfants nous ouvrent les portes d’un monde « transcendant », que les chrétiens appellent le Royaume.
Nous avons à tenir compte de la spiritualité propre aux enfants. Et si nous le faisons, je montre comment cela change et bouleverse profondément la posture d’éducateur religieux, mais aussi la posture des parents, grands-parents et éducateurs scolaires.
Cette nouvelle posture implique que l’on quitte l’enseignement pour l’accompagnement. En catéchèse, cela peut impliquer de considérer les enfants comme des petits théologiens. De considérer que leurs paroles ont autant de valeur que celles des adultes quand ils nous parlent de Dieu. Pour mieux comprendre cela, je rapporte des dialogues avec les enfants, partagés lors de ces rencontres.
Je m’appuie sur des lectures d’auteurs qui s’intéressent à la spiritualité des enfants ; je m’appuie aussi sur la Bible, en présentant les enfants qui s’y trouvent et le comportement que Jésus avait vis-à-vis d’eux ; et je m’appuie aussi sur mon expérience de maman, grand-maman et catéchète.
Eh bien, êtes-vous prêts ? Je vous invite à découvrir quelques merveilles.

Extraits : 

Les séances de Godly Play, un concept catéchétique décrit plus loin, favorise les échanges. Les enfants sont en cercle et commencent par entendre un Récit sacré, une Parabole ou une Action liturgique. La Parole de Dieu est transmise sur un support, du sable ou une feutrine, et le narrateur déplace des figurines en bois ainsi que d’autres objets. Son attitude est fondamentale pour que cette Parole soit le centre de l’attention et qu’elle résonne en chacun. Le rythme lent du récit et des gestes, le silence, offrent un espace à l’imagination. Les enfants vont ensuite réagir au moment des questions d’émerveillement. Avec elles, ils vont pouvoir faire des allers-retours entre leur vie et ce qu’ils viennent d’entendre. Quelques paroles d’enfants, classées par thèmes, sont rapportées ici avec une relecture théologique.
Lors d’une présentation sur Le Baptême, la narratrice dit :
« Nous baptisons les personnes au nom du Père, du Fils,… »
Et un enfant souffle :
« … et de la mère »…
Il ne s’agit pas dans ce chapitre de grand discours théologiques. Les enfants ne se rendent pas compte de la portée de ce qu’ils disent. Ils s’expriment simplement, intuitivement dans une logique claire. Ce sont les adultes qui font une lecture théologique de ce qu’ils entendent.
« L’enfant théologien » est capable d’évangéliser l’adulte, si celui-ci se laisse faire. L’enfant l’amène alors à s’émerveiller, voyant l’œuvre de l’Esprit en lui. Des collègues font aussi ces expériences, et récoltent régulièrement des perles, avec la méthode Godly Play mais aussi d’autres propositions catéchétiques. Je ne résiste pas au désir de les partager :
Deux enfants parlent ensemble pendant une activité :
Pourquoi Jésus a deux vies ?
Parce qu’il a deux papas.

Editions Cabédita – parution octobre 2017

Caroline Baertschi-Lopez :
Mariée, mère de deux enfants (fille et garçon) adultes et mariés, et grand-maman de deux petits enfants.
Elle travaille dans la catéchèse de paroisse avec des enfants depuis plus de trente ans, et a animé des séances pour des groupes d’enfants de tous les âges.
Collaboratrice du Service Catholique de Catéchèse de Genève dès 2011, elle a fait trois ans d’études à l’Institut Romand de Formation aux Ministères à Fribourg (Suisse). Son travail de diplôme sur l’enfant théologien et le Godly Play® a été le moteur pour continuer plus loin la réflexion. De nouvelles recherches, de nouvelles lectures et son expérience de narratrice et formatrice Godly Play l’ont conduite à élaborer ce livre.
https://www.facebook.com/carolinebaertschilopez/

 

Sylvie Monpoint – La peau dévoilée – La dimension spirituelle de la peau

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

J’ai consacré la première moitié de ma vie à un métier de passion : la médecine, soigner les corps, aider les gens, cueillir sur leur peau les traces de ce qu’ils sont (je suis dermatologue). A 40 ans, j’ai commencé à prendre conscience de la dimension spirituelle, de sa place essentielle dans le développement de chaque Homme. Plutôt que de m’inscrire dans une voie unique de recherche spirituelle, même si on ne renie jamais sa « maison-mère » (qui pour moi est une voie ésotérique et symbolique), j’ai eu l’envie de chercher, fouiller explorer des voies religieuses ou spirituelles d’apparence très différentes, notamment au travers de voyages, et de chercher « la substantifique moelle » ou « la quintessence » des questionnements humains. Au travers des âges, la peau a toujours été pour l’Homme un support évident pour adresser ou recevoir des messages spirituels. A plus de 50 ans, à ce carrefour de ma vie où je souhaite de tout cœur donner une place croissante à mes recherches spirituelles et à l’écriture, tout en continuant à demeurer auprès des gens par les soins du corps, il me semblait que mon premier livre devait mettre en communion la peau et le spirituel. C’est ce que j’ai tenté de faire, avec sans doute les maladresses d’un premier ouvrage, mais un élan du cœur sincère et une envie de faire sans limite. Il ne s’agit nullement d’un essai exhaustif et savant, mais d’une balade poétique, marquée de ma lecture personnelle, et qui invite chacun à emprunter (ou « empreinter ») la piste qui lui fera sens et à l’enrichir de sa propre pensée

Extraits :

Depuis la nuit des temps, l’homme a cherché à se relier aux forces qui le dépassent et il a utilisé pour cela tout ce qui est à sa portée. Concernant son corps, le premier organe visible, c’est la peau. Elle est magique cette peau qui se répare d’elle-même quand une branche l’a entaillée. Elle est en contact avec la terre-mère, l’eau, les vents et elle se réchauffe sous la flamme du feu. Il comprend très vite qu’il y a un dedans et un dehors, comme pour les bêtes qu’il chasse, qu’il découpe et dont il s’approprie la peau pour couvrir la sienne….
Au contraire des peintures corporelles et du tatouage, la scarification s’accompagne, dans sa genèse, d’une effusion de sang, plus ou moins importante, mais toujours symboliquement féconde. La scarification devient, par là même, dimension sacrificielle pour libérer le nouveau-né de l’ancêtre qu’il incarne, offrande de sang comme gage de fertilité de la femme et de fécondité de la terre ou signature trempée dans le sang du pacte scellé avec les esprits….
Au terme de ce petit voyage « vestimentaire » peut-on dire où réside le sacré ? Dans la nudité, la pudeur ou l’étoffe recouvrant le corps ? Et si c’était dans ce mouvement incessant du voilé-dévoilé que se glisse l’indicible, l’invisible…
Y a-t- il une couleur de peau qui serait la marque du Divin, une teinte, une vibration universellement reconnue pour représenter l’enveloppe visible de la déité ? Certes non. Et, au travers du monde et des âges, la peau des dieux, telle que l’homme l’a conçue et figurée, puise en un arc-en-ciel infini…
Ainsi la Vierge noire nous prend par la main et nous conduit sur une voie plus secrète, plus cachée, plus intérieure et plus ésotérique. Elle nous dit que les ténèbres précèdent le jaillissement de la lumière. Elle nous invite à ce patient chantier de fouilles qu’est la connaissance de soi, pilier de toutes les traditions initiatiques. Elle nous conduit en notre crypte pour que l’étincelle nous apparaisse, scintille puis grandisse, et que la lumière soit. Elle est, par sa noirceur même, véritable chemin de Lumière…

Au fil du temps, les hommes se sont éloignés du divin. Ils ont posé la raison pure comme vérité exclusive et la science comme seule voie de connaissance. Ils ont jeté aux orties l’eau du ciel et les dieux qu’elle contenait, les rites et les croyances anciennes. Ils ont transformé le cosmos animé, berceau de toute forme de vie et qui faisait rêver l’homme depuis la nuit des temps, en un réservoir de ressources à exploiter sans mesure. Ils ont assujetti leur bonheur à la matière, au consumérisme et confié leur destin au pur développement technologique. Ils ont peu à peu oublié « l’être » pour glisser subrepticement vers « l’avoir » et « le paraître »…

Éditions Josette Lyon, Octobre 2017

Sylvie Monpoint est dermatologue, a été rédactrice en chef de plusieurs médias de la presse médicale. Elle est aussi présidente d’une association humanitaire pour la scolarisation des enfants au Cambodge.

Jacqueline Barthes – L’humain, un drôle de genre – essai

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Pourquoi l’ai-je écrit … ? Sans doute par une sorte de nécessité en moi car, depuis toujours, la condition humaine m’interroge. Je suis habitée, taraudée même, par le désir d’approfondir ce mystère que nous sommes à nous-mêmes. En 2013 je m’étais arrêtée sur le mystère du féminin. Cette fois il s’agit d’une réflexion sur le fait d’être tout simplement un « humain ».
Ce qui m’étonne particulièrement dans notre être, c’est cette attente presque douloureuse que l’on perçoit en nous, mais aussi cet étrange appel à aller vers un au-delà de nous-mêmes qui incessamment nous habite. Comment justifier ces exigences intérieures qui veulent nous entrainer à une si grande distance de notre statut biologique d’être de matière ?
Il me fallait tenter de comprendre tout cela. Alors à nouveau je me suis lancée dans l’inconnu, guidée seulement par cette question si sensible en moi, mais dans le brouillard, sans véritable balise sur ma route pour m’aider à en percer les mystères, la logique, la lumière… Cette quête m’a conduite à croiser ma pensée avec celles de grands penseurs comme Teilhard de Chardin, Jean Luc Marion , François Cheng, Maurice Zundel … pour voir alors se révéler à moi de façon structurée la place que tient l’Amour dans une vie d’homme. Pour voir même s’imposer le fait que l’homme est totalement « référé » à l’Amour. Que l’Amour est sa première nécessité de vie, au-delà même de la nourriture ou de l’air à respirer. Que c’est l’Amour qui le fait vivre. Et même au-delà que c’est l’Amour qui meut, non seulement l’homme, mais le monde.

Alors en moi a surgi un véritable hymne à l’Amour. Et une règle de vie s’est imposée, celle de Saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux »

Extrait :

En nous est inscrit le besoin de l’autre.
Une nécessité vitale
Plus impérative que la vie.
Ce besoin se manifeste en nous comme un désir insatiable
Une faim toujours vive mais jamais apaisée.
Ce besoin nous engage, par désir, dans un chemin qui modifie notre être
Un chemin d’Amour
Qui transformera nos êtres
En fera des êtres non plus seulement « désirants », mais aussi « se donnant ».
Ne pas suivre ce chemin perturbe terriblement notre être
Pouvoir progresser sur ce chemin nous comble
Nous conduit vers des territoires nouveaux
Mais pourtant « reconnus »
Des territoires heureux

L’Amour, mon être l’exige. Je ne peux pas vivre sans Amour. Me sidère la violence qui se lève en moi si je suis privée d’Amour. On peut tuer pour cause d’Amour. On peut mourir de manque d’Amour. On peut passer une vie entière de façon restreinte, bridée, car en attente d’Amour. En espoir d’Amour. On connait tous des êtres qui, adultes, sont restés en dépendance. En dépendance de quelqu’un, dont ils persistent à espérer l’Amour.
Mais « le Mal »… ? Je peux vivre sans faire le mal. Et même de façon d’autant plus heureuse. Se laisserait-on mourir par quête de mal ? Est-on en attente, en imploration, de regards destructeurs, comme on l’est de regards aimants ? Ne pas rencontrer le mal nous met-il en fureur ? Non. Rien de tout ce qui caractérisait nos rapports à l’Amour n’est transposable vers nos rapports au Mal.
C’est clair : notre vrai désir est ailleurs.
C’est à l’Amour que nous sommes référés.
C’est ainsi, dans son essence, un appel à l’Amour qui est structurellement inscrit en nous, comme en toute parcelle du monde. Et comme on le perçoit ! Tous ces impératifs qui marquent les relations humaines sont à relier à cet originel appel à l’union inscrit en nous. A travers eux se laissent voir l’émergence de la dimension spirituelle qui était sous-jacente à cet appel. Car ce sont des lueurs croissantes d’Amour, de véritable Amour, qui s’y « disent ». Qui se « disent » au travers de cette nécessité de chaleur, de contact corporel, entre nous. Au travers de cette impérative nécessité de rencontre entre nous. Au travers des liens amicaux que nous tissons. Au travers de la joie que nous trouvons dans le partage commun de moments heureux, de pensées, de réflexions. Dans la collaboration à une même œuvre. Et bien sûr, plus encore, au travers de l’Amour-passion qui peut nous illuminer. A des niveaux différents, dans la montée en densité spirituelle de ces attentes, c’est bien ce potentiel spirituel enfoui en la matière de nos êtres qui peu à peu se révèle.

Jacqueline Barthes est diplômée de l’École Supérieure d’Électricité, de l’Institut d’Administration des Entreprises et licenciée en théologie (Institut Catholique de Paris). Elle a mené conjointement, et avec la même passion, une carrière d’ingénieur et un parcours de mère de famille. Désirant par ailleurs se pencher sur ce mystère qu’est, à ses yeux, notre condition d’être humain, elle publia en 2013 un livre « Le féminin, un drôle de genre », ce qui lui valut d’être invitée à participer à un colloque au Vatican au sein du Conseil Pontifical pour les Laïcs. Aujourd’hui, avec « L’humain un drôle de genre », sa réflexion porte de façon plus générale sur le fait d’être tout simplement « un humain ».
jacquelinebarthes@orange.fr

Le féminin, un drôle de genre, Editions Saint Léger, 2013
L’humain, un drôle de genre, Editions Saint Léger, 2017

Jean Pierre Guérend – FRANZ STOCK, Journal de Guerre. Ecrits inédits de l’aumônier du Mont Valérien.

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Les Ecrits de guerre de Franz Stock (1904-1948), l’aumônier du Mont Valérien, restaient inédits en particulier son « Journal des fusillés » et son Testament spirituel. Cet ouvrage publié, en même temps, en France et en Allemagne, est le fruit du travail d’une équipe, à Paris et à Berlin. Ce qui frappe chez Franz Stock, c’est le mouvement de sa vie toute tournée, dès son plus jeune âge, vers l’autre pays, la France. Sa grande œuvre est la Réconciliation entre nos deux pays. Il y travaille sans relâche. Sa vie fut courte, comme celle de François d’Assise, mort lui aussi à 43 ans. La fraternité selon Franz Stock parle, en effet, à tous ceux qui souhaitent que notre Europe trouve la ressource nécessaire pour s’efforcer de dominer les passions antagonistes à la lumière du chemin déjà parcouru.

Extrait :

« Le nombre de saints voulus par Dieu suffit à sauver une époque. Des saints qui se vouent à cette tâche et transforment en vertu les valeurs de notre temps. Des saints qui, s’ils renoncent à l’amour des hommes, savent à quoi ils renoncent, des saints qui, par le témoignage et l’exemple de leur vie, empruntent le chemin de l’ordre humain, que, ni les catastrophes ni les révolutions n’effraient, mais qui saisissent toutes les occasions et tendent de tout leur être vers le second avènement du Sauveur. Des saints qui concilient leur attachement à la patrie et leur amour pour l’humanité, au-delà des frontières des nations, des empires, des races et des classes. C’est cet appel à la sainteté que nous lance la Providence par la voix de l’histoire ».

Franz Stock, Journal de guerre, Ecrits inédits de l’aumônier du Mont Valérien.

Sous la direction de Jean Pierre Guérend, Editions du Cerf, 435 p.
Parution mai 2017

Patrice Obert – Émotions du quotidien – recueil de nouvelles

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Nos existences sont construites sur des rencontres. Ceux que nous croisons nous aident à comprendre le monde et à nous émerveiller. Pilleur des mots des uns, voyeur des vies des autres, je recompose les bribes qu’ils me livrent, volontairement ou non, en agençant à ma manière les parcours qui m’ont surpris, les cheminements qui m’ont intéressé, les réflexions qui m’ont marqué, les souffrances qui m’ont touché, les anecdotes qui m’ont fait rire.
J’aime écrire ces courts récits, brosser une histoire en quelques pages. Des destins qui nous parlent et nous emportent avec eux parce qu’ils nous disent chacun un peu du mystère de la vie

Extraits : Nouvelle « La maison de Yann »

À la fin de ces vacances, Yann a disparu.

Connaît-on jamais un être humain, serait-il votre fils ?

Yann n’est pas revenu de Paris où il était allé chercher ses résultats de fin d’étude. Appels téléphoniques, attente, inquiétude, trouble. Il a fallu quelques jours pour comprendre que « quelque chose » s’était passée, puis d’autres jours pour exclure l’accident, l’hospitalisation, la rixe ou l’agression qui aurait mal tournée et le corps que la police aurait pu découvrir. Quelques jours encore pour découvrir la chambre en désordre, la boîte aux lettres remplie de courriers, dont certains dataient de trois ans, le portable et les clés du studio abandonnés sous le lit. Le dernier qui l’aura vu sera le voisin, qui l’aura croisé le dimanche midi, un sac sur l’épaule, partant. Quelques semaines pour douter, en triant les affaires, pour s’interroger sur l’impossibilité de retrouver des cours de fac récents, pour se mettre à imaginer que sa vie n’était peut-être pas celle qu’elle croyait, celle d’un étudiant en médecine qui devait en finir bientôt avec ce premier cycle d’étude, qui avait une amie et des potes avec lesquels ils trinquaient de temps en temps dans des bistros. Quelques semaines encore pour réaliser que l’étudiant n’était plus inscrit à la fac depuis quatre ans, qu’il n’avait jamais passé les derniers examens, que personne n’était au courant, ni Aurélie, effondrée, ni les copains, désemparés, ni les cousins et cousines, stupéfaits, ni le barde et la mère-mer, ni Allan, ni elle, Annie, sa mère. Il avait fui par peur de lui dire la cruelle vérité.

Éditions La lampe de chevet,
Parution le 18 Octobre 2017

Didier Lafargue – La personne humaine dans l’œuvre de Carl Gustav Jung – essai

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Depuis longtemps, je me suis interrogé sur la connaissance de la nature humaine. Cela m’est d’abord venu de mon père qui m’a transmis sa passion pour l’Histoire notamment par l’intermédiaire des biographies des grands hommes, des fortes personnalités qui font l’Histoire.
La psychanalyse, appelée par Jung « psychologie des profondeurs », offre un terrain d’investigation apportant certains éclairages à ce sujet. Sur ce point, Jung s’est singularisé par rapport à Freud. À sa manière, ce dernier a édifié un dogme, distinguant en chaque individu le ça, le moi, le surmoi. Chez Jung, le dogme est absent. L’art, la littérature, la musique, la philosophie font tous état de l’âme humaine ; la diversité caractérise sa pensée. Il discerne dans l’inconscient une partie appelée inconscient collectif dans lequel les archétypes exercent leur puissance. L’ensemble est d’une prodigieuse richesse et il est toujours possible à la personne de s’y reconnaître en cas de troubles psychologiques.
Pour Jung, l’individu doit rester autonome face à la collectivité. Aussi s’est-il interrogé sur le danger que la science était susceptible de lui faire courir. Il a également manifesté son inquiétude à l’égard des mouvements collectifs à caractère idéologique au sein desquels était noyée la personne humaine, ce qui donne un caractère tristement actuel à sa pensée. Car si les forces exprimées par son inconscient collectif peuvent enrichir sa conscience, elles peuvent aussi la subjuguer si elles sont méprisées. En découle chez Jung l’émergence d’une philosophie propre à séduire ceux ayant le désir de s’interroger sur les fondements psychologiques réels des croyances reconnues. C’est ce que ce premier tome a tenté de dégager. Le deuxième tome aura pour thème la dimension purement spirituelle attachée à l’inconscient collectif toutes religions confondues.

Extrait :  

Il arrive que les êtres se mettent en tête d’obéir à des mots d’ordre, des abstractions, jusqu’à en oublier leur âme, succombent à des idées se révélant tyranniques et s’imposant à la société à l’encontre de la liberté de chacun. L’idéologie se présente alors comme un ensemble d’idées visant à présenter le monde dans un sens particulier et se posant en vérité absolue. Son objectif est de rassembler le peuple autour de ses préceptes et de susciter une adhésion pouvant mobiliser les passions. Dès lors, elle tourne vers l’intolérance et se refuse à toute remise en question propre à permettre progrès et innovation. Par cette volonté de fermeture, elle nuit au progrès personnel de chacun. Celui-ci n’est rendu possible que par des confrontations successives, soit en restant résolument ouvert à tout apport extérieur. Cet aspect oppressif accolé à l’idée caractérisa d’abord en Occident le christianisme, à travers l’Inquisition, avant de s’appliquer aux régimes totalitaires du XXe siècle. Avec ces derniers, des valeurs laïques se sont substituées à celles religieuses pour exercer une emprise tout aussi grande sur les volontés. […]
Cette division arbitraire opérée entre le bien et un mal souvent imaginaire ne fait que reproduire celle introduite dans notre esprit. Se produit alors une scission psychologique qui détruit notre intégrité et nous coupe de toute une partie de nous-mêmes. Que cette soumission absolue de l’âme humaine se fasse au nom de Dieu, à celui d’une loi incarnée par un parti ou envers un Etat représenté par un chef charismatique, elle représente toujours la même attitude humaine d’abdication de soi. Jadis existait une divinité toute puissante à laquelle les hommes vouaient une adoration sans limites puisqu’ils allaient jusqu’à lui sacrifier leurs semblables. La fascination qu’exerçait Moloch sur leur esprit était telle que ses fidèles avaient résolu de lui donner leurs propres enfants. Ceux-ci étaient brûlés vif sur l’autel du dieu ou au sein de la statue qui lui avait été élevée. Maintenant Moloch a disparu et, tombé dans l’oubli, n’est plus l’objet de ce culte sans bornes que nourrissaient les angoisses humaines. Mais il renaît de nos jours sous la forme d’idées auxquelles les individus sacrifient tout sans discernement.

Jean-Marc Blancherie-éditeur, Éditions du Désir
Parution : Octobre 2016
http://editionsdudesir.fr/produit/personne-humaine-jung/

L’auteur est né en 1962 à Bordeaux, Didier LAFARGUE a une formation d’historien. Travaillant sur le thème de l’imaginaire, il a écrit de nombreux articles dans les revues Temporel, Jules Verne, Atlantis, Acropolis, L’Initiation traditionnelle, Matières à penser, Choisir.