Bernard Perret – Penser la foi chrétienne après René Girard

Pourquoi j’ai écrit ce livre : 

L’œuvre de René Girard (1923-2015), a remis l’anthropologie religieuse au goût du jour et a influencé en profondeur d’autres domaines des sciences humaines et sociales. Son apport à l’intelligence de la foi chrétienne est considérable : en montrant comment la Passion du Christ dévoile les ressorts de la violence constitutive des sociétés, Girard a éclairé d’un nouveau jour la singularité des Évangiles par rapport aux mythes fondateurs de la culture humaine. Un nombre croissant de théologiens de tous les continents se sont emparés de sa pensée et, grâce à elle, ont entrepris de poser à nouveaux frais les questions du mal, du sacrifice, de la Rédemption et de la violence de Dieu. L’un des bénéfices de cette lecture des Evangiles est de souligner la cohérence entre la prédication du Royaume et la signification des circonstances de la mort de Jésus. Plus largement, elle permet de lire les textes bibliques comme la découverte progressive, par les hommes, de la non-violence de Dieu. Ce livre est d’abord une présentation des enjeux de la pensée de René Girard pour le christianisme et un premier bilan des théologies qui s’en inspirent. Sur la base de cet état de lieux, l’auteur conduit une réflexion plus personnelle sur les rapports entre anthropologie et théologie, et sur l’impact possible de la théorie de Girard dans des domaines comme le rapport entre religion et violence ou le sens du rituel chrétien dans un contexte de sécularisation.

Extrait :

L’œuvre de René Girard a constitué pour beaucoup de ses lecteurs une sorte de révélation. C’est comme si une nouvelle fenêtre s’ouvrait sur le sous-sol du phénomène humain, cette part obscure de nous-mêmes où naissent les passions et la violence, les petites et grandes tragédies dont nous sommes responsables. Grâce à Girard, nous comprenons mieux ce qu’ont deviné depuis longtemps les publicitaires et les démagogues : nos désirs imitent ceux des autres, et de là naissent les rivalités et donc la violence.
Mais c’est la métaphore biblique du bouc émissaire (qu’il n’a pourtant pas inventée) qui, pour beaucoup de gens, résume le mieux sa pensée. Les groupes humains de toute taille et de toute nature trouvent normal de cimenter leur unité sur le dos d’un tiers, ce qu’ils font le plus souvent pacifiquement, presque sans y penser. Nous savons désormais grâce à Girard que cette banale mécanique de la stigmatisation n’a rien d’anodin et qu’elle est constitutive d’une sorte de péché originel de la civilisation. Grâce à lui également, nous avons compris que cette logique victimaire a quelque chose à voir avec les sacrifices rituels, et donc avec le sacré et la religion. Girard, enfin, a aidé les chrétiens à voir la passion du Christ comme un dévoilement et l’amorce d’un dépassement de cette logique victimaire, un lynchage qui récapitule tous les meurtres et toutes les exclusions, raconté du point de vue d’une victime divine revenue parmi nous pour nous pardonner et nous apprendre à nous unir avec les victimes et non plus contre elles, un don de soi que l’on ne peut qualifier de sacrifice qu’au risque d’un grave malentendu.
On vient de résumer à très gros traits ce qu’il est convenu d’appeler la « théorie mimétique », le système des théories emboîtées du désir mimétique, de la violence, du mécanisme victimaire, du sacré et de la religion élaborées par Girard. Cet édifice intellectuel aux multiples facettes a été bâti pour l’essentiel à partir de textes : le génie de son créateur résidait d’abord dans une capacité sans égale à les faire parler, qu’il s’agisse d’œuvres littéraires, de mythes primitifs collectés par les ethnologues ou des textes bibliques.
Ma motivation principale était de répondre à une grande question que Girard a laissée en suspens : qu’en est-il, au vu de sa théorie du sacré et de son interprétation du message chrétien, de la religion chrétienne elle-même, si on la considère non plus seulement comme le véhicule d’un savoir anthropologique, mais, suivant ce qu’en disent avec insistance les textes du Nouveau Testament, comme une voie de Salut offerte par Dieu à chaque personne ?
Les acquis de l’exégèse girardienne ne peuvent être ignorés par les théologiens. Elle souligne mieux que toute autre l’unité des Évangiles, le sens et la nécessité de la Passion comme parachèvement et mise en acte de l’annonce d’un Royaume de pardon et de paix. Mais la tâche demeure d’intégrer cet apport dans une théologie du Salut et dans une théologie de l’Église ou, si l’on veut, dans une théorie de la religion chrétienne comme pratique instituée de conversion. Or, la pensée de Girard est une déconstruction du sacré, voire même du divin, dont on voit mal comment le christianisme en tant que religion pourrait par principe être tenu à l’abri.

Éditions Ad Solem, parution le 23 Mai 2018

Bernard Perret est essayiste,
Il a mené une double carrière de haut fonctionnaire et de chercheur en sciences humaines. Ses travaux touchent des sujets très variés : questions économiques et sociales, écologie, anthropologie sociale, christianisme. Il a publié de nombreux ouvrages, parmi lesquels : L’économie contre la société (avec Guy Roustang ; 1993 ; ré-ed. 2001) ; La Logique de l’espérance (2006) ; Vers une raison écologique (2011).

CONTACT PRESSE :

Estelle Drouard : estelle.drouard@elidia.fr / 01 40 46 54 26 – 06 83 99 35

Barbara Lecompte – Madeleine ou l’incandescence

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Une femme brune est assise dans la nuit, éclairée par la flamme d’une bougie. C’est Madeleine. Mystérieuses toiles que celles du peintre Georges de La Tour, représentant Sainte Marie-Madeleine ; elles recèlent un secret, celui de l’atelier lorrain de l’artiste, celui d’une obsession, méditative, artistique et spirituelle.

Extrait :

Vingt ans se sont écoulés depuis l’éblouissante exposition « Georges de La Tour » au grand Palais. À quand la prochaine réunion des Madeleine ? Quand pourrons-nous cheminer à nouveau d’une toile à l’autre, de station en station, de chandelle en lumignon, de veilleuse en flamme filante, comme le voulut le fier Lorrain, maître des nuits ? Contempler Madeleine, « la Tour de la foi », et méditer sur sa radieuse oraison, son tête à tête mystérieux avec l’Impalpable.
Madeleine ou l’incandescence. Noirceur de notre temps. Ténèbres d’aujourd’hui. Comme ils rassurent ces calmes visages tournés vers l’invisible et l’essentiel ; comme elles apaisent, ces petites lumières, qui jamais ne s’éteignent, couvées des yeux avec amour.

Éditions Arléa
Parution le 24 Mai 2018

Jigmé Thrinlé Gyatso – L’épine et la fleur

Pourquoi j’ai écrit ce livre :  

La réponse est contenue dans le livre. La réponse est le livre lui-même !
Mais pour répondre de manière plus conventionnelle, je dirais que ma poésie tente d’amener le lecteur à comprendre que l’expérience du réel et l’expérience de l’esprit ne sont pas deux.
Contrairement à mon précédent livre, Présence des fougères, celui-ci a commencé par l’évidence du titre, L’épine et la fleur. Ainsi parfois le titre initie le livre, d’autres fois c’est l’inverse.
Il s’agit ici d’un seul poème qui, à la manière d’une suite musicale ou philosophique, s’élabore, s’improvise ou se décline autour du titre, ici et là par sérendipité comme le poème y fait une fois allusion…
C’est d’ailleurs aussi à partir du titre uniquement que j’ai demandé à l’ami plasticien Gérard Haton-Gauthier de bien vouloir me faire une série de quelques encres. Quel étonnement de constater la correspondance flagrante entre ses sept encres et mon texte !
L’épine et la fleur représentent, entre autres choses, deux facettes de notre humanité. Mon écriture part souvent de la nature pour aller vers l’esprit, tout en développant une certaine critique du comportement de l’humanité vis-à-vis de la nature ainsi qu’une mise en évidence de notre ignorance de la nature de l’esprit.
Je cherche aussi à ce que l’aspect didactique de la pensée soit sublimé par la poétique afin d’amener à une expérience intérieure en même temps qu’à l’expérience du réel dans sa singularité — ici par des références à la côte vendéenne avec sa faune et sa flore — et dans son universalité.
L’épine et la fleur est suivi du poème Charlie s’en tire toute la vie avec le dire et le rire, écrit les 9 et 10 janvier 2015. Trois ans après les attentats de Paris, ce texte reste d’actualité, mais sa part universelle est plus flagrante avec le recul.

Extrait :

tout est là
dans le cœur
épine et fleur

l’épine est pensée
de même la fleur

hors la pensée
où est l’épine
où est la fleur ?

même l’expérience
de l’épine n’est pas l’épine

même l’expérience
de la fleur n’est pas la fleur…

[…]

au cœur du tourbillon enivrant
de la danse cosmique
et microscopique
se cache l’épine
de l’inconnaissance
dont s’émancipe
le corps-esprit
qui s’épanouit
loin des arguties

Éditions de l’Astronome, Mars 2018.

Moine bouddhiste et poète, Jigmé Thrinlé Gyatso a vécu 14 ans en communauté puis 14 ans en retraites solitaires en France et dans l’Himalaya. Auteur d’une douzaine d’ouvrages (http://www.editions-astronome.com/auteur/lama-jigme-thrinle-gyatso/), il vit en Vendée et partage son expérience spirituelle lors de retraites de méditation collectives et lors de conférences en France et en Europe.

Michel Barlow – L’Evangile en relief

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Il est fréquent qu’une page d’évangile ne soit pleinement compréhensible qu’en référence à son contexte historique, culturel… biblique, aussi. Il est devenu banal de souligner qu’un texte évangélique est très souvent tissé de citations, de réminiscences ou d’allusions au Premier Testament. Les premiers lecteurs ou auditeurs des évangiles n’avaient sans doute pas de peine à reconnaître toute cette « épaisseur » biblique du texte évangélique… à la différence de bien des chrétiens du XXIe siècle ! C’est donc un « évangile en relief » que nous proposons ici, en tentant d’expliciter certains de ces jeux de miroir qui apparaissent dans les pages d’évangile proposées à la méditation et à la prédication dans les Églises de la Réforme comme dans l’Église catholique, tout au long de l’année liturgique

Extrait : 

« La liturgie nous fait lire aujourd’hui les tout premiers versets de l’Évangile de Marc. La première phrase – « Commencement de l’Évangile de Jésus-Christ Fils de Dieu » – est à la fois « l’incipit », le titre et une profession de foi dont il faut peser chaque terme. Le mot évangile, d’abord, est riche de sens étymologique (eu-angelion, bonne annonce, de angellô : annoncer. De la même famille : angelos, messager, député et par extension : ange, dans la mesure où les anges dans la Bible sont souvent porteurs d’un message). En grec classique, le terme euangelion désigne une prière ou un sacrifice à l’occasion d’un heureux événement, par exemple la proclamation d’une victoire militaire. Contrairement à ce qu’on entend dire parfois, le terme évangile n’est pas propre au Nouveau Testament. Il est présent notamment en Ésaïe 40.9 où Jérusalem est qualifiée de « joyeuse messagère » (évangéliste !). Et en 52.7, on trouve le verset devenu proverbial : « Ils sont heureux les pas (ou les pieds) du messager de bonne nouvelle…» En Marc, la prédication de Jésus est qualifiée d’ « évangile de Dieu », quelques versets plus loin (1.14). » (L’Évangile en relief, Marc, début du commentaire de l’évangile proposé pour le 2e dimanche de l’avent)

Éditions Olivétan, collection « parole vivante » (2015-2017). Le dernier volume de cette trilogie est paru en octobre 2017.

Michel Barlow est Universitaire retraité (Lettres et Sciences de l’éducation) et théologien protestant. De nombreux ouvrages à thèmes religieux, ces dernières années, essais ou fictions.

Site de mes livres autoédités : barlow.e-monsite.com

Michel Barlow – Roméo et Juliette étaient bien vieux

Pourquoi j’ai écrit ce livre : 

Le livre commence comme un roman : les deux adolescents (imaginés par Shakespeare) ont fait semblant de se suicider, et ils peuvent vivre librement leur amour jusqu’à un âge avancé ! Et c’est en les regardant vivre que le frère Laurent, leur confident, est amené à repenser sa foi… Il se libère peu à peu d’une religion ritualiste et dogmatique, dont leur rigueur fait oublier parfois que le christianisme est d’abord une religion de l’amour ! Le livre s’achève par la comparution de frère Laurent devant l’Inquisition qui, au risque de sa vie, l’amène à préciser le contenu et l’élan de sa foi. Le sous-titre du livre est « la foi insoumise » ! Ce Roméo et Juliette est un bel hommage à l’amour humain, parabole de l’amour de Dieu pour nous, et en écho, de notre amour pour Dieu.

Extrait : 

« Brusquement, le visage de Roméo s’est figé et, avec ce ton de gravité heureuse qui est le sien, chaque fois qu’il me parle de son bonheur d’époux et de père de famille, il s’est interrogé devant nous : « Au fond, ce n’est pas aussi fou que [cela…] de parler à quelqu’un en son absence ! Moi-même, lorsque je suis seul aux champs, dans l’unique compagnie de nos bœufs ou de notre âne, il m’arrive de parler à Juliette, alors qu’elle est à deux lieues de là ! Mais mon élan d’amour pour elle est tellement fort que, dans ces moments de solitude, ma bouche ne peut s’empêcher de lui crier combien je l’aime ! Du fait de la distance, je sais bien qu’elle n’a aucune chance de m’entendre… Enfin, de m’entendre avec ses oreilles, car je suis sûr et certain qu’en fait, elle m’entend ! […]
En entendant roucouler nos éternels tourtereaux, [songeait Frère Laurent], je me disais qu’en fait, lorsque Roméo, dans un grand élan d’amour pour Juliette, lui parle avec la certitude qu’elle l’entend malgré la distance, il est tout à fait dans l’attitude du « priant » qui, malgré la distance – infinie celle-là – qui le sépare de Dieu, élance son âme vers lui. Mais, dans un cas comme dans l’autre, ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on dit à Dieu (il le sait déjà !), mais l’élan d’amour qui nous tend vers lui. »

(extrait de Roméo et Juliette étaient bien vieux… Chapitre V « De la silencieuse musique de la parole aimante et priante. »)

Éditions Olivétan , Janvier 2018 

Michel Barlow est Universitaire retraité (Lettres et Sciences de l’éducation) et théologien protestant. De nombreux ouvrages à thèmes religieux, ces dernières années, essais ou fictions.

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Michel Barlow – 12 âneries, Histoires d’ânes de la Bible

Pourquoi j’ai écrit ce livre :

J’ai une immense sympathie pour un personnage biblique trop oublié : l’ânesse de Balaam qui donne une belle leçon de prophétisme à son maître qui s’est laissé plus ou moins acheter par les ennemis d’Israël. La bête se révolte, refuse d’avancer ; son maître furieux lui donne des coups de bâton, et, saisie par l’émotion, l’ânesse se met à parler et le ramène à sa vraie vocation ! A toutes les pages de la Bible ou presque, un âne paisible d’arrête de brouter pour adresser au lecteur de grands signes amicaux avec ses immenses oreilles : une invitation à broder le fil de son histoire avec tendresse et humour. Mes « âneries » sont de vivantes paraboles de l’amour de Dieu pour toutes ses créatures, et surtout pour les plus affairées et les plus inquiètes : les femmes, les hommes et les enfants humains !

Extrait :

(L’âne de deux jeunes garçons a dû être vendu dans la faillite de la ferme.)
« Le soir même, je me retrouvai attaché à la noria d’un puits : condamné à perpétuité à tourner en rond jusqu’à mon dernier souffle pour actionner un chapelet de godets qui venaient irriguer un jardin d’oasis tout proche. […] Mais, tandis que mon corps seul tourne, tourne comme une machine aveugle, mon esprit s’envole vers mes deux chéris. Je ne les ai jamais revus, bien sûr ; mais avec les yeux du cœur, je les vois sans cesse. […] «Mes chéris ! N’ayez peur de rien, désormais : je serai toujours avec vous. Je vous consolerai de vos chagrins d’amour de jeunes gens ; je vous consolerai de votre désespoir d’orphelins, lorsque votre mère vous quittera et que vous demeurerez pétrifiés devant la tombe fraîchement recouverte. Alors, au milieu de vos larmes, un souffle de vent chaud tiédira votre nuque. Et sans doute le reconnaîtrez-vous : il ressemblera tant à la caresse que je soufflais sur vos larmes d’enfants. Alors, j’en suis sûr, sans comprendre pourquoi, vous vous sentirez rassérénés. Je vous le promets, mes deux chéris, jusqu’à la dernière seconde de ma chienne de vie, je serai avec vous, bien installé au plus doux de votre cœur. Après tout, entre un ange et moi, il n’y a que l’épaisseur d’un G ! » (extrait de Douze âneries, histoires d’ânes de la Bible : « L’âne et les deux orphelins » (d’après Job 24, 3)

Éditions Passiflores, Décembre 2017, llustrations de Sylvie Lucel 

Michel Barlow est Universitaire retraité (Lettres et Sciences de l’éducation) et théologien protestant. De nombreux ouvrages à thèmes religieux, ces dernières années, essais ou fictions.

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