Le prix 2011 remis à François Sureau et Véronique Margron

Christophe Henning, président de l’association et du Prix des Ecrivains croyants, a remis le 31e Prix aux lauréats de 2011 le 7 juin à François Sureau en catégorie littérature, et Véronique Margron en catégorie essai. La manifestation avait lieu aux éditions Gallimard, à Paris, en présence des membres de l’association, des professionnels du livre, éditeurs, libraires, écrivains, amoureux du livre.

prix 2011« Depuis plus de trente ans maintenant, l’association des Ecrivains croyants d’expression française veut réunir les écrivains qui reconnaissent dans leur vie et leur travail la présence plus ou moins explicite d’une transcendance, du Dieu des chrétiens, des juifs, des musulmans. Cette belle intuition de nos aînés – Olivier Clément, André Chouraqui, René Berthier, Mohamed Talbi, Claude Vigée, Bernard Clavel, France Quéré -, nous la recevons aujourd’hui en héritage dans un monde bien différent qui, plus que jamais, a besoin de dialogue et d’imaginaire, de littérature et de foi en l’homme, de convictions et de bonté. Accueillis chez Gallimard, cette maison centenaire, comment ne pas penser à Claudel, Malraux, Saint-Exupéry, Yourcenar, Kundera… Ils sont de cette famille, écrivains qui nourrissent en nous cette part d’humanité et de transcendance.

« Ecrire, c’est le labour de soi, labour du cœur longtemps aride pour le rendre réellement vulnérable, d’une vulnérabilité contagieuse, qui repousse l’indifférence et le sommeil, écrivait notre fondateur Olivier Clément en 1978. Ainsi, une littérature secrètement aimantée par la foi doit apporter comme un apprentissage de l’attention : attention aux tendresse inapparentes du quotidien, à ses merveilles. » Cette définition du labour de soi, du labeur d’écrire, semble décrire l’œuvre des deux lauréats. »

Christophe Henning

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François Sureau, Prix littérature 2011

Le 7 juin 2011 à Paris, lors de la remise du prix des Ecrivains croyants 2011,Monique Grandjean, secrétaire générale de l’association, a présenté le lauréat, catégorie littérature, François Sureau, pour Inigo (Gallimard).

« François Sureau, deux paroles de Véronique Margron m’ont particulièrement marquée car elles vous rejoignent profondément par leur conception harmonieuse de la vie : homogène, sans brisures : « Dieu travaille de jour comme de nuit … Pâques est un silence sonore ». En effet, il n’y a pas chez vous opposition entre l’avocat, l’énarque anciennement maître des requêtes au Conseil d’Etat, et l’écrivain, j’ajouterai l’écrivain croyant. Que vous travailliez en faveur des réfugiés politiques dans votre association Pierre Claver, que vous rédigiez un article à la revue française d’économie, que vous écriviez « la corruption du siècle », « l’infortune » ou « l’obéissance » (romans et essai qui ont été couronnés de prix littéraires) vous vous efforcez toujours d’élever le débat. Vous essayez de sortir l’homme du banal quotidien sans l’enfermer dans le béton des catégories morales, mais vous préférez analyser avec finesse la gamme des vices et des vertus dans lesquels il risque de s’engluer. Je ne prendrai pour exemple que le devoir d’obéissance qui, selon vous, peut conduire au crime lorsqu’il respecte plutôt la lettre que l’esprit.

inigo2Avant de faire son portrait vous avez d’abord été exaspéré par votre modèle Inigo; mais c’est bien parce que les biographes, avant vous, en avaient tracé l’image d’un personnage lisse, tout d’une pièce. Officier intelligent et vaniteux, vaincu à la bataille de Pampelune (1521) il se convertissait brutalement, selon eux, pour devenir saint Ignace de Loyola, comme saint Paul sur le chemin de Damas. Or, ils n’avaient rien compris au personnage. Contrairement à leurs commentaires, vous avez aimé chez cet homme « l’étonnante continuité de sa vie ». Ce noble, dites-vous, avait l’âme d’un chevalier, depuis l’enfance il avait le goût du commandement, de l’action collective, du dépassement de soi. L’appel de Dieu n’a pas contredit sa nature, mais l’a poussée en la purifiant à son point d’aboutissement.

Serviteur du roi, il deviendra serviteur de Dieu; chevalier ardent de la gente féminine, il deviendra le pur héraut de la Vierge Marie. Ce n’est pas une conversion mais une métamorphose. La souffrance extrême, les humiliations volontaires, telles des acides vont attaquer la couche superficielle de son être, ronger les imperfections et dévoiler en profondeur la Vérité de l’homme; ébranlement fondamental d’un être subjugué par la méditation, le jeûne sévère; sans abjurer quoi que ce soit, sans se renier lui-même en toute liberté il va devenir ce qu’il est.

Nous admirons là précisément le grand portraitiste que vous êtes. Vous rejoignez Dante et son « Enfer » en nous peignant les affres, le combat d’Inigo et des forces du Mal. Cette peinture est bouleversante, toute de lenteur et de violence à la fois : « Dieu continuait à se taire », dites-vous, « Dieu restait silencieux » … Portrait peint à la manière de Rembrandt, fond brun avec des rehausses rougeoyantes et lumineuses, matière brûlante pénétrée d’Esprit. Langue réaliste et langue de poète mélangées l’une à l’autre. Je cite : « Le soir venait. Il n’entendait plus les cloches ni la rumeur de la ville … Ce fut alors que Dieu s’empara de son âme …  » Je n’irai pas plus loin. Vous aviez raison. Discernement, Vigilance, Liberté, ces trois piliers de la Compagnie de Jésus qui font sa force, Ignace de Loyola les possédait bien en puissance, attendant l’heure fixée par Dieu pour les révéler au monde. »

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