Christine Ray et Karima Berger : Toi, ma soeur étrangère

Pourquoi avons-nous écrit ce livre ?

Femmes, écrivains, vivant à Paris, nous avons voulu donner voix à ce qui nous a manqué autrefois : la parole de l’autre, dans une Algérie coloniale en guerre où la séparation et l’ignorance étaient la règle. Dire les silences, les ignorances, l’indifférence, et connaître en l’écrivant que nous abritons un creux symétrique, la part de l’autre en nous, l’altérité sans laquelle notre être en relation est emprisonné, amputé.RAY-BERGER-toimasoeuretrangere_1

Les mots seuls nous ont guidés. Peu à peu, ils ont donné forme au chant de deux voix lointaines qui se répondent, s’interpellent, se taisent, effacent, recouvrent, laissent l’écho des paroles de l’autre se prolonger jusqu’au silence. Evoquant de grandes figures spirituelles – Abd-el Kader, Massignon, le cardinal Duval, Tibhirine… – nous avons effleuré la part spirituelle qui nous relie.

Christine Ray et Karima Berger

En résumé

À l’occasion des 50 ans d’Indépendance de l’Algérie, deux femmes, de culture musulmane et chrétienne, donnent aux mémoires une actualité non pas nostalgique mais vivante et… pourquoi pas, heureuse. Cette œuvre à deux voix est engagée. Elle interroge l’actualité de notre monde, de ses guerres, ses paix, ses révolutions, et notamment la question lancinante de la perception des religions – de l’islam singulièrement – généralement présentées dans leur part caricaturale et meurtrière, alors qu’elles sont porteuses pour des millions d’êtres dans le monde d’une force spirituelle intime, fragile, précieuse. Ce texte singulier engage la réflexion en profondeur sur la spiritualité nourrie de sources différentes. Un geste d’écriture original, qui interpelle l’altérité, la part de l’étranger en soi.

Extrait

« Christine : La pensée de l’altérité, comment l’exprimer autrement qu’en poème, en inachevé, en enlacement, en exil, en souffle, à plusieurs voix ? Rêvons que d’autres voix se mêlent aux nôtres.

Karima :Et nous deux, femmes qui avons traversé la mer, vigies aussi, nous résistons, nous avons fait œuvre de re- connaissance. J’ai goûté l’empathie avec laquelle nous avons médité toutes deux, c’était entre nous comme un « état d’esprit, comme un outil de travail, une démarche » , elle a été l’âme de notre écriture, nous guidant avec une grande douceur dans cette tâche, rude il faut le dire. Ce fut un apprentissage de l’écart, constant ; nous avons été exposées à une vérité qui m’a plus d’une fois étourdie lorsque je voyais monter devant mes yeux, un à un, les paliers de Babel heureuse. J’ai été tourmentée, interpellée, de cette construction ; j’en sors encore plus moi, encore plus autre. Cette écriture a été comme une forme de prière et ton sel était étrange et bon. »

Toi, ma soeur étrangère – Algérie-France, sans guerre et sans tabou, Christine Ray et Karima Berger, éditions du Rocher, septembre 2012, 246 p., 22 €.

FacebookTwitterGoogle+