Jean Lavoué – Ce rien qui nous éclaire

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Pourquoi j’ai écrit ce livre :

Ce recueil de textes, d’abord publiés au cours des trois dernières années sur mon blog http://www.enfancedesarbres.com/, constitue le premier ouvrage de la maison d’édition que je viens de créer : « L’enfance des arbres ». Sa vocation est de donner toute leur place à des écrits (poèmes, récits, essais) mettant en valeur la dimension de l’intériorité. Il constitue aussi le premier titre de la collection « Poésie et intériorité » dont le second, également paru, est un recueil de Gilles Baudry illustré de dessins de Nathalie Fréour : « Un silence de verdure » .

« Ce rien qui nous éclaire », ou encore « ce trois fois rien qui nous console », ce « si peu qu’il nous faut pour être dans le Chant », pourrait ainsi constituer une sorte de préambule à cette aventure éditoriale sur la voie de l’intériorité, si tant est que celle-ci concerne ce territoire de l’intime dont on ne saurait rien dire de plus qu’il est « ce fond sans fond » de Maître Eckhart, le lieu même du Poème, cet éclat du rouge-gorge sur les branches du premier arbre venu…

Voici ce qu’en dit l’amie poète  Brigitte Maillard pour « Monde en poésie »:

« Un recueil préfacé par le poète et moine Gilles Baudry, un chemin de poésie tracé par le sel et le vent, le souffle et le silence. « Ce rien qui nous éclaire » a un goût de lumière. L’oiseau y est représenté par deux lumineuses gravures de l’artiste graveur Nadejda Menier. « La plus belle métaphore de la poésie », me dit un jour l’ami Serge Wellens, « c’est Jean Rousselot qui me l’a offerte ». Ce dernier avait l’habitude de distribuer chaque matin du pain aux oiseaux. Moineaux, mésanges et merles s’arrangeaient à peu près jusqu’à l’arrivée des pies chassant tout le monde. Alors, quand il n’y avait plus ni miettes ni convives, le rouge-gorge arrivait en solitaire de nulle part, et se nourrissait « de presque rien » avec minutie. Et il conclut: « telle est la poésie ». (Extrait de la préface de Gilles Baudry)


Extrait :

CE RIEN QUI NOUS ÉCLAIRE,

 ——
Cette lumière fragile
Sur les branches encore nues,
Et cette simple audace d’oser lever les yeux
Pour ne faire qu’un avec le jour,
En laissant les heures sombres
Se corrompre d’elles-mêmes
Dans les allées perdues.
 —-
Goûter à la joie franche,
Son archet silencieux,
Au bonheur d’être ici
Sans prêter attention aux myriades d’écrans,
Ces écrins du scandale distillant le poison
Où notre cœur s’essouffle ;
 —-
Attentifs seulement à la fraîcheur de l’air,
Au si peu qu’il nous faut pour être dans le chant,
Peut-être sans projets, sans preuves et sans aveux,
Mais vivants ici-même d’une gloire surgie
Au feu d’une éclaircie, d’un sourire imprévu,
Avec le seul désir de le reprendre pour tous
De l’offrir sans détour aux passants éblouis.

 

Éditions L’enfance des arbres, Avril 2017

Pour toute commande des ouvrages parus ou à paraître s’adresser à Jean Lavoué, L’enfance des arbres, 3 place vieille ville, 56 700 Hennebont: jlavoue@gmail.com
Retrouvez l’auteur sur France culture, Les discussions du soir avec Leili Anvar
Podcast « La présence qui sauve «  émission du 29 mars 2017

 

Jean Lavoué, La vie comme une caresse

Pourquoi j’ai écrit ce livre ?

Parce que je voulais me laisser déplacer moi-même par les rencontres qui creusent en nous la terre de l’intériorité. Qui la rendent disponible, ouverte à de nouvelles fécondités ! Au seuil de ce livre trois femmes juives dont les écrits nous laissent aujourd’hui entrevoir la possibilité de nos propres retournements intérieurs : Etty Hillesum, Magda Hollander-Lafon, Christiane Singer. Ces femmes, du cœur de l’abîme, nous laissent deviner une autre lumière, celle de l’amour auquel elles se livrent chacune sans retour. Dans leur sillage j’ai donné place à tous ces autres amants et amantes de la Présence qui nous font désirer encore, dans chacune de nos existences, un monde sauvé de trop de violence et de repli sur soi.

A la suite de mes précédents écrits, c’est aussi à creuser le sillon d’un christianisme de l’intériorité que je me suis employé, dégagé de cette chape de tristesse dont Xavier Grall s’étonnait qu’elle ait pu s’abattre sur lui : d’où nous est-elle venue, s’écriait-il ? A cette question, j’essaie d’apporter une réponse dans ce livre : d’une vision trop exclusivement extérieure et masculine du religieux, méfiante à l’égard du féminin de l’être auquel ne cesse pourtant, comme le souligne Annick de Souzenelle, de s’adresser le divin en nous.

Comme sous le souffle d’une caresse ! Mais c’est là le mouvement même de toute la Bible que nous tenons trop souvent enfermée dans des lectures moralisatrices, rituelles et sacrificielles qui lui sont étrangères. C’est finalement en suivant le Poème de la vie et des rencontres, des partages en petits groupes autour de la Parole, que je me suis laissé inspirer pour écrire ce  livre : attentif également au mouvement qui se faisait en moi pour continuer à ouvrir un peu plus le chant et la tendresse de l’Evangile à un dialogue créateur avec toutes les autres spiritualités.

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Extrait

Ce livre est un parcours autour de ce que Sulivan nommait l’avènement du Poème. Pour ne pas utiliser des mots qu’il trouvait trop usés, trop religieux, devenus presqu’incompréhensibles à ses yeux. Alors il usait d’un vocable plus énigmatique encore pour parler du Royaume, de l’universelle communion promise entre les hommes : de cette brèche à l’intérieur d’un monde voué à l’emprise croissante de la domination et de la violence. Ce surgissement du Poème, qu’il nomme aussi parfois l’Espérance, peut paraître encore bien caché. L’arbre qu’est appelé à devenir la plus petite des graines ne demeure-t-il pas longtemps comme une promesse ? Notre monde n’est-il pas davantage empli de bruits et de fureurs que de signes de cette disposition à recevoir la caresse du ciel ? Mais « l’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse », dit le proverbe. Ainsi me suis-je laissé gagner, au fil des pages, par la rumeur silencieuse de ces germinations : saisi, tout d’abord, par ces figures d’amantes de la Présence qui me sont apparues comme le contrepoint de la douleur et de la détresse des hommes et du monde aujourd’hui. Trois femmes juives, plongées dans la souffrance et portant dans leur chair les traces brûlantes de la parole originaire. Ce sont elles qui éclairent, au fond, par le feu de leurs passions et la fulgurance de leurs transmissions, toutes les autres approches du Poème dont ce petit livre est l’objet.

Jean LavouéLa vie comme une caresse, Editions Médiaspaul France, 2016


Jean Lavoué, né à proximité de St-Malo, vit dans la région de Lorient en Bretagne. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, récits, essais, recueils poétiques touchant à la littérature et à la spiritualité. Il a dirigé une association d’action sociale dans le Morbihan. Depuis 2007, il tient un blog poétique : « L’enfance des arbres ». Ce nouveau livre s’inscrit dans le prolongement des précédents ouvrages de Jean Lavoué : La voie libre de l’intériorité (Salvator 2012), L’Evangile en liberté (Le passeur 2013).

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