Jean Pierre Guérend : La France, pays de mission ?

Pourquoi faire rééditer ce livre ? 

         Pourquoi rééditer aujourd’hui La France, pays de mission ?  publié en 1943, par Godin et Daniel à la demande du cardinal Suhard, en  pleine guerre et diffusé à 140 000 exemplaires. Parce que, en octobre 2012, au cours du Synode sur la nouvelle évangélisation, Benoit XVI s’est réclamé de ce livre-évènement qui réveilla l’Eglise, suscita de nombreuses initiatives missionnaires et décida Jean XXIII à convoquer un Concile. Aujourd’hui, le pape François renoue avec audace et vigueur avec les orientations de ce  « petit livre » qui, selon Emile Poulat, est « un coup de gong qui annonce le lever de rideau sur un nouvel acte de l’histoire religieuse ».

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 En résumé   

Le 12 septembre 1943, une « bombe » éclatait dans l’Église de France : un livre intitulé La France pays de mission ?  Ses auteurs, deux aumôniers de la Jeunesse ouvrière chrétienne qui mettent l’accent sur le caractère inadapté du système paroissial pour de nouveaux types chrétiens et préconise une pratique vécue sous d’autres formes communautaires. C’est un dossier sans complaisance sur le recul du christianisme en France. Les textes qui l’accompagnent sont publiés aujourd’hui non pour contribuer à une archéologie du savoir, mais pour nous éclairer sur les responsabilités présentes des chrétiens du XXIe siècle, confrontés à de nouveaux défis, tout aussi redoutables. Karthala réédite ce corpus de textes augmenté de précisions sur leur genèse et leur impact. Robert DUMONT, Émile POULAT, et Jean-Pierre GUEREND analysent et rappellent la force de ces textes alors que l’Eglise se met en « état de Synode ». Un livre d’actualité par ses interrogations pour aujourd’hui.

 Extrait

 «  Ce qui importe pour le lecteur d’aujourd’hui, c’est l’apport nouveau de la démarche de Godin : faire face au réel, comprendre le divorce de l’Eglise avec le monde. Il a compris le saut qu’il fallait à l’Institution pour rejoindre le Monde. Cette démarche doit être de tous les temps, aujourd’hui plus que jamais, du fait de l’accélération des changements. Godin a nourri la passion missionnaire de beaucoup. »

La France, pays de mission ? Suivi de La religion est perdue à Paris, publié sous la direction  et avant-propos de Robert Dumont, Préface de Jean Pierre Guérend, postface d’Emile Poulat, 360 pages. Karthala, 23 €.

Jean-Pierre Guérend : L’abbé Franz Stock, apôtre de la réconciliation

Pourquoi j’ai écrit ce livre ?

Cette année est célébré le cinquantième anniversaire de la réconcilation franco-allemande. Franz Stock fut un précurseur de cette réconciliation. Dans un monde de violences, il a tracé un chemin d’humanité. Il a livré dans la France occupée un témoignage de fraternité universelle. Il a enseigné l’Allemagne aux Français et la France aux Allemands. Il fut médiateur entre les deux peuples. Rejetant le nazisme, sans pour autant cesser d’être Allemand, il a su montrer ce qu’est l’amour des ennemis, en actes.

Jean Pierre Guérend

En résuméP15J-stock

Franz Stock (1904-1948), prêtre allemand, aumônier des prisons à Paris pendant la dernière guerre mondiale (1940-1945), rend visite aux résistants arrêtés qu’ils soient chrétiens, juifs, incroyants, communistes… Il leur apporte son aide et accompagne les condamnés au Mont Valérien, jusqu’au poteau d’exécution. Rejetant le nazisme, il montre en actes ce qu’est l’amour des ennemis. Après la guerre, il dirigea, à Chartres, « le Séminaire des barbelés », où seront formés plus de 600 prêtres allemands. Mort à 43 ans, de maladie et d’épuisement, il trace pour aujourd’hui encore un chemin de paix et de réconciliation.

Artisan reconnu de la réconciliation franco-allemande, il témoigne de la fraternité universelle. Sa vie est un témoignage de dépassement des antagonismes et des conflits sanglants pour rendre le monde plus humain. Son nom, désormais associé au Mont Valérien, a été donné à l´esplanade située devant le Mémorial de la France combattante.

 Extrait

« Dans la clairière du Mont Valérien, en présence de Franz Stock, plus d’un millier de résistants et d’otages ont été fusillés. Au cours de ses nombreuses promenades dans les environs de Paris avec les jeunes de l’aumônerie allemande, Franz était déjà venu dans ce haut lieu. Il connaissait l’histoire de cette colline inspirée, but de pèlerinages, habitée, depuis 1632, par des moines et des ermites, devenue forteresse militaire à partir de 1848, occupée militairement en 1870 par les Prussiens. Dans la chapelle, aujourd’hui sauvegardée, l’abbé passe les dernières heures de leur vie avec les condamnés qui lui confient des photos et des messages pour leur famille. Après quatre siècles de prières et de grâces vécues en ce lieu qui enfanta des saints pour leur époque, Franz Stock assure une tragique continuité spirituelle. »

L’abbé Franz Stock, apôtre de la réconcilation, Jean-Pierre Guérend, Nouvelle cité, collection Prier 15 jours, mars 2013, 120 p., 12,50 €.

 

 

Jean–Pierre Guérend : Cardinal Emmanuel Suhard

Pourquoi j’ai écrit ce livre ?

C’est un livre de fidélité à Mgr Bernard Lalande qui fut secrétaire du cardinal Suhard de 1945 à sa mort en 1949, et premier délégué international du mouvement catholique pour la paix Pax Christi, fondé dans la sillage théologique et pastoral du Cardinal pour qui la paix est aussi un terrain missionnaire. J’ai voulu répondre au souhait que Bernard Lalande, homme effacé et discret, avec qui j’ai travaillé à Pax Christi, m’a exprimé, à plusieurs reprises, et quelque temps encore avant sa mort : « Ecris Jean-Pierre, écris ! »

Mon ouvrage sur le Cardinal Suhard présente cet évêque audacieux qui a laissé en temps de guerre et en temps de paix un sillage théologique et pastoral dont toutes les inspirations ne sont pas encore épuisées. Il s’agit, en fait, du tome 3 d’une série. Le premier tome, écrit avec Michel Rougé, raconte le combat du P. Bernard Lalande pour remettre la paix au cœur du message chrétien après la guerre et dans les grands textes conciliaires. Le second tome trace le portrait de Bernard Lalande, « prêtre dans la cité », portrait croisé avec le témoignage de Jacques, son frère bénédictin, le contemplatif, et celui d’André, son frère, résistant, Compagnon de la Libération.

Jean–Pierre Guérend

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Le cardinal Suhard, archevêque de Paris, a laissé le souvenir d’une personnalité hors du commun, alliant un classicisme doctrinal à toute épreuve et une audace pastorale sans précédent. le Cardinal a dû affronter cette tension entre ses deux fonctions de docteur de la foi et de pasteur de son peuple. Comme l’écrit Émile Poulat dans la préface : « La réflexion entre pasteurs, théologiens et militants aurait tout à gagner si elle se faisait accompagner par un autre type de réflexion, celui que mettent en œuvre les sciences sociales et historiques. » Cet ouvrage apparaîtra comme un pont jeté entre les deux rives. Redonnant toute sa place à la modernité pastorale et missionnaire du cardinal Suhard, il repose en partie sur des recherches personnelles poussées dans des sources inédites, sur les traces d’une action pertinente, discrète, secrète en faveur des victimes, à commencer par les juifs.

Extrait

« Emmanuel Suhard surprenant, déroutant. Enfant, le curé du village ne le voit pas devenir prêtre et pourtant il revient de Rome avec la fameuse médaille de la Grégorienne que son condisciple Pacelli, futur Pie XII, n’obtiendra pas. Nommé au Grand séminaire de Laval, beaucoup le considèrent professeur à vie, homme de bureau, et s’étonnent quand il devient évêque. Nommé archevêque de Paris, certains font la grimace : saura t-il comprendre, lui le rural à l’accent paysan, les problèmes urgents de l’apostolat moderne dans une si grande métropole… Et pourtant, par ses nombreuses fondations apostoliques, il innove. Affronté aux graves problèmes de l’Occupation, à la tête de l’épiscopat français, incompris par certains à la Libération, Emmanuel Suhard s’impose par sa hardiesse théologique et pastorale et son autorité morale s’affermit d’année en année. Lorsqu’au lendemain de sa mort, ceux qui avaient suivi avec espoir le mouvement missionnaire, animé et dirigé à Paris depuis dix ans par Emmanuel Suhard, commencèrent à dresser le bilan de son épiscopat, le sentiment a été l’étonnement. Plus de soixante ans après, on est toujours frappé par la diversité des initiatives, leur audace et l’élan missionnaire qu’elles ont donné.

Cardinal Emmanuel Suhard, archevêque de Paris (1940-1945), Temps de paix, temps de guerre, passion pour la mission, Jean–Pierre Guérend, Préface d’Emile Poulat, Le Cerf, octobre 2011, 380 p., 27 €.