Bernard Grasset, Pascal et Rouault

Pourquoi j’ai écrit ce livre ?

A l’origine du présent livre, écrit en contrepoint du triptyque Vers une pensée biblique, Bible, sagesse et philosophie, Philosophie et exégèse, dont il est inséparable, se trouve le rapprochement que j’avais fait dans la rédaction de ma thèse entre Pascal et Rouault, à partir de la lumière tragique, blessée. Rouault est « l’artiste le plus proche de Pascal » avais-je affirmé, au terme de mes analyses sur le Dieu caché, et j’apportais en note des éléments synthétiques de convergence[1]. Ainsi s’est faite peu à peu jour la volonté d’explorer le plus complètement possible tout ce que cette intuition initiale pouvait comporter de vérité. Cette volonté répondait à une nécessité. Le rapprochement entre Rouault et Pascal avait été pratiquement ignoré. L’essentiel restait à déchiffrer, construire et penser, à écrire….. Entre le simple article et la vaste thèse, j’ai finalement choisi l’espace d’un petit livre qui m’a a paru le meilleur moyen de rassembler l’essentiel et de le partager de façon adaptée au lecteur.

En ce qui concerne la méthode, je me suis efforcé de cultiver une approche concrète…. J’ai situé mon écriture dans les territoires de la biographie, de l’éthique, de l’esthétique, de la spiritualité. Tout en prenant comme fil conducteur de croiser les regards artistique, philosophique, poétique et exégétique, la réflexion s’est enracinée dans les données existentielles.

Ecriture, art et pensée ont été au cœur de ce cheminement. En interrogeant Rouault à partir de Pascal, j’ai tenté d’élucider, en tissant un vaste parallélisme, l’œuvre d’un artiste par celle d’un penseur. Et, en même temps, comme par réverbération, l’univers de Rouault, traduction picturale des fragments des Pensées qui demeuraient posées sur sa table de chevet, permettent d’apporter des angles de vue nouveaux sur l’univers pascalien.

[1] Les Pensées de Pascal, une interprétation de l’Ecriture, Paris, Kimé, 2003, p. 149.

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Extrait

A l’intérieur de l’histoire de notre culture, Pascal et Rouault peuvent être définis comme des moralistes. Soucieux de concret, ils peignent et pensent des êtres réels, vivants, non des idées, des concepts abstraits. Moralistes, ils témoignent aussi d’un tempérament spirituel et mystique. … Si le courant voltairien est devenu dominant au sein de notre culture depuis le XVIIIe siècle, n’en demeure pas moins vivant au creux de celle-ci le courant pascalien, qui plonge ses lointaines racines dans la Bible. A l’intérieur de ce courant, dont Augustin est comme le devancier, émerge la grande figure de Georges Rouault dans le domaine de la gravure et de la peinture. La vigueur ardente de l’esprit pascalien permet de tempérer l’empire, parfois suffisant, de l’esprit voltairien en restituant au cœur et au mystère toute leur place dans l’existence humaine. L’esprit pascalien représente dans la culture française l’esprit de la profondeur. Malgré le passage d’un siècle chrétien, marqué par la Contre-Réforme, à un siècle oscillant entre agnosticisme et athéisme, marqué par la sécularisation, une continuité, une filiation d’esprit rapproche avec une rare intensité l’auteur des Pensées et l’auteur du Miserere comme si, derrière l’influence du temps sur les esprits, l’esprit des profondeurs transcendait le temps.

Pascal et Rouault, êtres de feu, dont l’œuvre est brûlante, éprouvent une commune passion pour le sens spirituel, voilé par les vaines apparences, ce sens que l’homme, enfermé dans sa convoitise, ne peut discerner ni dans le livre de l’Ecriture, ni dans le livre du monde. C’est l’ordre du cœur, de l’esprit et du mystère qui les requiert tous deux. Etres de l’écoute, ils sont aussi des êtres du regard. A une pensée imagée chez le premier répond une image pensée chez le second. En un sens, la question de la proximité entre Pascal et Rouault est une question de traduction. Comment passe-t-on du fragment apologétique à la toile expressive ? Comment un tableau peut-il traduire une pensée, comment une œuvre picturale peut-elle traduire une œuvre de pensée ? Rouault n’analyse pas les Pensées, il n’en possède pas de connaissance érudite, rationnelle. Il les lit simplement, les parcourt, au début ou au terme de la journée, au gré du temps et elles accompagnent ses rêves. … Rouault intuitionne par le cœur et l’esprit la substantifique moelle des Pensées, ne cesse de s’en imprégner et reconnaît secrètement en Pascal son frère le plus proche dans l’économie du mystère. … Traduisant Pascal, Rouault l’a interprété à la lumière des vues de ses amis, notamment André Suarès, à la lumière de cette source, inépuisable à ses yeux, de la Bible, à la lumière aussi de son propre cœur et de sa propre sensibilité. « (…) seul un poète peut traduire un poète. »[1] La traduction interprétative du peintre reste en sa plus grande justesse une traduction créatrice, poétique. C’est en poète des formes et des couleurs que Rouault a traduit le poète de la pensée qu’a été Pascal.

[1] Paul Ricœur, Sur la traduction, Paris, Bayard, 2004, p. 68.

Bernard GrassetPascal et Rouault (Penser, écrire, créer), Nice, Editions Ovadia, Chemins de pensée, 2016, 285 p., 14 illustrations, 20 €.

 

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Bernard GRASSET, Hellade

Pourquoi j’ai écrit ce livre ?
 Hellade est un récit de voyage en Grèce effectué en 2005, une forme de journal culturel, une interrogation sur la transmission et sur la possibilité d’une éthique humaniste. Pourquoi sortir des images, des visages, des mots de l’oubli ? Train, bateau, marche…, nous avons voyagé vers les sources de notre culture, recherchant le fond de l’humain, un universel, la Toison d’or. Entre prose et poème, le récit se souvient pour tracer un chemin.
L’Europe d’aujourd’hui ne cesse de réclamer à la Grèce sa dette sur le plan économique, financier. Mais la dette infinie que l’Europe a contractée à l’égard de la Grèce sur le plan culturel, humain, pourquoi l’oublie-t-on, l’efface-t-on de nos vues ? Hellade, à son humble manière, cherche à rappeler tout ce que nous devons au pays de la démocratie, des poètes, des philosophes, des artistes, au pays où il n’était de vraie richesse que de culture.

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Extrait
 Nos rêves nocturnes ont été bercés par les flots. Derrière le rideau, à travers le hublot, un monde se levait. Au matin, dans la brume, nous longeons les côtes. Souvenir d’Ulysse. La mer, la terre et le ciel. « Présent du vent, présent du soleil, présent des oiseaux »[i]. Quelques voyageurs matinaux regardent à l’arrière du navire, le visage offert au jour naissant. Tout est en l’un.
« Ah ! le monde est plein de merveilles ! »[ii]. Regarder, écouter, se taire. Nous sommes tout à coup si loin de la cacophonie de notre civilisation, si près du murmure de la lumière. Une vie d’aventure s’ouvre inexplicablement à nous. C’est dimanche sur les eaux du bonheur.
Aimer et chanter tant que la vie ruisselle en nous. Au ciel brillent des pétales de possibles. « Le Poème est comme l’Amour »[iii]. Bientôt la brume s’estompe et ne reste plus que le soleil. Des pas, souvent rapides comme ceux d’adolescents, vont et viennent dans les couloirs. À la radio résonnent toujours, porteurs de clarté, des chants grecs. Dans quelques heures nous arriverons au pays d’Hésiode, de Pindare, d’Euripide. De nouveau je regagne le pont. Tu te penches vers l’écume et me parles du temps qui passe. « Je chante les vents dans le ciel et sur la terre / Je chante les hommes libres / Je prie pour les hommes malheureux »[iv].
[i] Olga Votsi, trad. : Bernard Grasset, Et soudain tu te trouves comme les oiseaux.
[ii] Pindare, trad. : Aimé Puech, Ire Olympique, 25.
[iii] Yòrgos Thèmelis, Art poétique, 1, trad. : Bernard Grasset.
[iv] Minas Dimakis, Ici avec pour toit le ciel et les feuilles…, in Georges Thèmelis, Chant de la Grèce.
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Bernard GRASSET, Les hommes tissent le chemin, Voyage 2 (2000-2008),

Pourquoi j’ai écrit ce livre ?

Les hommes tissent le chemin, Voyage 2, forme un récit de voyage, un récit qui se dit sous la forme du poème. Qu’est-ce que voyager ? C’est découvrir, rencontrer, rechercher. La beauté des paysages, des sites, le bonheur des rencontres, trouve son fil directeur dans la quête d’un Infini, d’un insaisissable, d’une Présence. Le voyage est aventure. En s’associant aux peintures de Jean Kerinvel, ancien professeur de philosophie à l’I.U.F.M. de Nantes, les mots du poème sont entrés en dialogue créatif avec un autre univers, une autre sensibilité, une pensée différente.

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Le lecteur qui découvre Les hommes tissent le chemin, Voyage 2, est invité, sur la trace des pas du poète et du peintre, à voyager dans les différentes terres de France et d’Europe frontalière, portant ce regard du cœur et de l’esprit qui accueille la beauté foisonnante du monde avec humanité et reconnaissance.

 Extrait : 
Près de la fontaine un regard fixement
Contemple les volutes du mystère
Et le jardin sonne de calmes cris d’enfants
Dans la rue des poètes brûle un rêve la nuit
Derrière les rideaux un livre s’ouvre
Sur la longue recherche au seuil d’oubli
Reliques d’une lointaine mémoire
Souffle un chemin de feu et de bruine,
Ne pas déchirer, simplement bâtir.

Bernard GRASSET, Les hommes tissent le chemin, Voyage 2 (2000-2008), Peintures de Jean Kerinvel, éditions Soc et Foc, 2014.

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Bernard Grasset : Philosophie et exégèse

 

 Pourquoi j’ai écrit ce livregrasset

Après mon essai sur Les Pensées de Pascal, une interprétation de l’Ecriture, j’ai voulu explorer l’horizon qui s’ouvrait à une philosophie en constant dialogue avec la Bible. Telle fut l’origine de Vers une pensée biblique, où ont commencé à se dessiner les axes directeurs de la philosophie exégétique. Dans Bible, sagesse et philosophie, j’ai repris ces axes à travers une perspective sapientielle et me suis efforcé d’en développer les conséquences.

En guise de conclusion à ces recherches, il m’a semblé indispensable d’illustrer concrètement, à partir de thématiques substantielles, ce que peut être la voie philexégitique. J’ai donc choisi quatre domaines de questionnement comme autant d’exercices de pensée biblique : Regards sur le temps ; Regards sur le beau ; De la condition humaine ; L’expérience du mystère. Ce questionnement, ouvert, herméneutique, existentiel. emprunte des chemins qui puisent dans les lointaines origines pour esquisser une renaissance à venir. L’humble chemin de la philosophie – exégèse cherche à écouter encore ces signes qui nous parlent de l’ailleurs et qui rendent le présent plus humain. Porter un regard sur la temporalité, la beauté, interroger l’existence, la vie, en accueillant le mystère, peut témoigner d’une pensée nouvelle, à la fois de la terre et du ciel.

Bernard Grasset

Un extrait

« L’homme qui peut témoigner librement de la vérité et de la beauté, de Celui qui les incarne à ses yeux, est appelé à traduire les signes de l’univers qui l’entoure. Exister se révèle inséparable d’interpréter. Notre vie s’écoule au milieu des signes. La compréhension exige le geste de la traduction. Les signes tracent comme un message caché au sein de la création. Ne pas traduire, ne pas interpréter, c’est s’exiler du sens. Celui qui traduit croit au sens. Si nous sommes immergés au milieu des signifiants sans signifiés, le voyage devient circulaire, sans destination. Si au contraire ces signifiants expriment un signifié, il convient de les interpréter pour donner sens au voyage. L’homme est la seule créature qui peut interpréter, traduire, car c’est la seule créature douée d’esprit. La traduction est l’acte de l’esprit qui recherche la lumière. »

Philosophie et exégèse (Chemins de philexégèse), Bernard Grasset, Nice, Ovadia, Chemins de pensée, 2014

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Bernard Grasset : De loin, Nébo

Pourquoi j’ai traduit ce livre ?

« Lorsque j’étudiais l’hébreu par correspondance avec l’Institut de la connaissance hébraïque, au cours de la dernière étape, « Initiation à la littérature hébraïque de la Bible à nos jours », j’avais été frappé par la beauté des poèmes de Rachel que j’avais eus à traduire. Après une thèse sur « les Pensées de Pascal et l’Ecriture », je suis revenu à la poésie de Rachel dont j’ai commencé à traduire le premier recueil, Regain. La publication d’extraits en revues suscita l’intérêt de lecteurs qui avaient soif de mieux connaître cette poétesse. Ainsi parut, aux Editions Arfuyen, la première traduction de Rachel en français et la première publication d’un recueil à part de celle-ci en traduction sous le titre de Regain. Rachel a écrit trois recueils. La publication de De loin suivi de Nébo présente aux lecteurs francophones les deux derniers recueils de Rachel et doit permettre une connaissance plus complète de cette grande et noble figure de la poésie juive contemporaine. »

Bernard Grasset

En résuménebo

Née en Russie en 1890, Rachel est morte à Tel-Aviv en 1931. Après avoir rêvé de devenir peintre, elle se consacre aux tâches agricoles sur la terre de ses ancêtres. En 1913, elle séjourne à Toulouse pour y étudier l’agronomie. De retour en Palestine en 1919, après avoir travaillé au service de réfugiés à Odessa, elle vit parmi les pionniers au sein du kibboutz de Degania près du lac de Tibériade. Exclue du kibboutz en raison de sa tuberculose, elle deviendra la grande pionnière de la poésie hébraïque contemporaine.

Ses poèmes, proches du chant, nourris de la Bible, peignent la condition humaine en même temps qu’ils racontent d’intenses expériences intérieures. Très largement accueillie au sein du peuple, la poésie de Rachel aura joué un rôle essentiel dans l’adaptation de la langue hébraïque au monde moderne. De loin et Nébo constituent les deux derniers recueils de Rachel et témoignent d’une forte et noble parole poétique.

De loin, Nébo Rachel, traduit par Bernard Grasset, Arfuyen, mai 2013, 212 p., 14 €.

 

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Bernard Grasset : Chemin de feu

 Pourquoi j’ai écrit ce livrechemin de feu

En lisant des textes poétiques de Glef Roch, j’avais été sensible à l’authenticité de son regard sur l’être humain, à la finesse et à l’intensité de son style, à son ouverture pleine de retenue sur l’infini. J’avais pour ma part souvent écrit sur des peintres qui avaient comme point commun d’être tous morts. Glef Roch était aussi, de manière essentielle, peintre et, bien vivante, avait depuis longtemps le projet de réaliser avec un(e) poète un livre associant poèmes et peintures. C’est ainsi qu’est né ce livre, dans un constant respect de la liberté de l’autre, avec lenteur et ténacité. Chemin de feu se dévoile comme un contrepoint entre univers pictural et univers poétique. Journal d’un dialogue, il porte la trace d’un chemin d’amitié, d’un chemin d’humanité.

Bernard Grasset

 En résumé

Chemin de feu est né d’une rencontre et d’un dialogue entre peintre et poète. Deux univers, deux langages, celui des couleurs, celui des mots, sont entrés en harmonie pour donner à lire et contempler des paysages singuliers, des fragments d’existence ouverts sur l’infini. Peindre la condition humaine, écrire la profondeur des jours en attente d’un ailleurs. Le lecteur, en allant des tableaux aux poèmes, des poèmes aux tableaux, se trouve invité à un voyage au cœur du monde et de l’homme. Tableaux et poèmes tracent un chemin, un chemin de feu, de ferveur, un chemin qui mène de la nuit silencieuse à l’étincelante aurore.

 Extrait

« C’était toujours à ce chemin que tu revenais. Peintre des lointains. Comme une coulée de braises descendant des cimes. À la lisière des vents. Tu retrouvais un pan de ciel bleu profond. Une terre à habiter.

Tu t’attardes sur le chemin. Poète des présences. Comme un escalier rouge qui mène aux blanches fenêtres. Lumière dans les champs de blé. Écrire et peindre – peindre et écrire. La langue de feu apprend les ultimes paroles. »

Chemin de feu, Peinture et poésie, peintures Glef Roch, poèmes Bernard Grasset, Paris, Editions Le Lavoir Saint-Martin, 2013, 87 p., 20 €.

 

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