Rencontre avec Laurence Cossé

Ce mardi 13 décembre aura lieu une soirée rencontre avec Laurence Cossé, romancière, à l’occasion de la sortie de son livre Les Amandes amères (Gallimard, septembre 2011). Edith, traductrice, se met en tête d’aider Fadila, 60 ans, à apprendre à lire et à écrire. La femme marocaine qui fait le repassage lettresest analphabète : accéder à l’écriture, à la lecture, va bouleverser son quotidien. Mais encore faut-il emprunter un long chemin d’apprentissage. Une histoire se noue entre les deux femmes, et Laurence Cossé aborde d’une nouvelle manière la chose écrite, déjà au coeur de précédents romans, Au bon roman (2009) et Vous n’écrivez plus ? (2006). Laurence Cossé a aussi reçu le Prix des Ecrivains croyants 1996 pour Le coin du voile (Gallimard). Elle est membre du comité directeur de l’association.

Le débat sera animé par Christophe Henning, président de l’association des Ecrivains croyants. La rencontre aura lieu le mardi 13 décembre, de 19h à 20h30, à l’Espace Georges Bernanos, 4 rue du Havre 75009 Paris. M° Saint-Lazare.

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Laurence Cossé : Les amandes amères

Pourquoi j’ai écrit ce livre ?

Parce que les analphabètes sont parmi nous, innombrables en France, bien souvent invisibles car ils cachent ce qui est pour eux plus qu’un handicap, une honte. Parce que c’est un problème ignoré des politiques : on s’occupe des illettrés, qui ont appris à lire puis oublié, mais pratiquement pas des analphabètes, presque toujours des étrangers qui n’ont jamais été initiés ni à la lecture ni à l’écriture, pas plus en français que dans leur langue. Parce que ces analphabètes sont en majorité des femmes. Parce que j’ai été amenée à connaître et à aimer quelques-unes de ces femmes.

Laurence Cossé

En résumé

laurence cosséCe roman est le récit d’une alphabétisation, mais surtout l’histoire d’une amitié. Edith, qui sait lire – c’est peu dire, elle est traductrice – croise la route de Fadila, qui parle trois langues, le berbère, l’arabe et le français, mais ne sait ni lire ni écrire. Elle lui propose de lui apprendre à lire le français.

Fadila n’est pas jeune. Edith n’est pas entraînée. L’apprentissage s’avère difficile. Ce qui semblait acquis un jour est oublié le lendemain. Si Fadila a tant de mal à progresser, c’est que sa vie entière est difficile. Ce n’est pas une marginale. Elle a une famille, un toit, du travail. Mais la violence a marqué son rapport aux autres.

Edith, de son côté, se sent de plus en plus démunie dans cette aventure dont elle a pris la responsabilité. Mais il se passe ce qui arrive souvent dans les histoires d’apprentissage, celle qui croyait être en position d’enseigner est celle qui apprend le plus.

Extrait

« Elle rapporte une feuille qui témoigne qu’elle a en effet travaillé chez elle. Elle a recopié ses nom et adresse, elle est de bonne humeur ;

« C’est bien, il n’y a pas de faute, dit Edith après avoir regardé. Mais vous avez écrit les mots en désordre, rue, madame, Paris, 24, Laborde…

Fadila la coupe : « C’ pas grave! »

Edith essaye de la convaincre que ça l’est un peu : « Pensez au facteur. Le pauvre, qu’est-ce qu’il va faire s’il voit sur une enveloppe une adresse comme celle-là, 24 Amrani Paris Madame… »

Fadila rit à gorge déployée, comme elle ne rit jamais que pendant ces séances de travail. Edith s’inquiète, elle, de ces mots en désordre. C’est ce genre de carence, ce manque de principe organisateur de la pensée abstraite qui doit empêcher Fadila de progresser. Si l’ordre des mots est indifférent, il n’y a pas de texte intelligible, pas de lecture possible.

Pâques approche, les magasins sont pleins de chocolats, oeufs, poissons, lapins, cloches.

– « Vous ch’tez pas l’ chocolat?», s’enquiert Fadila.

Edith répond que ces sommations commerciales l’énervent et que Pâques est une fête religieuse sans rapport avec le chocolat. Fadila est attentive, amicale, comme chaque fois qu’on aborde le terrain spirituel.

« J’ comprends, dit-elle. Y a pas que les oeufs c’est Pâques. »

Les amandes amères, Gallimard, septembre 2011, 218 p., 16,90 € .

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Entretien avec Laurence Cossé sur RCF

laurence cosseA l’occasion des Rencontres des Ecrivains croyants au Collège des Bernardins, à Paris, le dimanche 9 octobre, RCF interroge durant une semaine des écrivains membres de l’association. Deuxième entretien à l’antenne, ce mardi midi, lors du magazine 13h07, le mag d’Anne Kerléo. Après Roger Bichelberger, qui a témoigné ce lundi du travail de l’écrivain qui se reconnait croyant, c’est à la romancière Laurence Cossé qui répondait à Thierry Lyonnet.

« Que signifie pour vous l’expression écrivain croyant ? » demandait-il à l’auteur des Amandes amères (Gallimard) sorti il y a quelques semaines en librairie. Laurence Cossé, prix des Ecrivains croyants 1996 avec son roman Le coin du voile (Gallimard), répondait ensuite à la seconde question : « Comment la foi vous accompagne-t-elle dans votre travail d’écriture ? »

On trouvera l’entretien à la 17e minute 30 secondes de l’émission disponible en cliquant ICI

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Laurence Cossé : l’écriture en quête d’altruisme

Dans sa chronique publiée dans La Croix du jeudi 9 juin 2011, Laurence Cossé, membre du conseil d’administration de l’association des Ecrivains croyants, évoque son travail d’écriture et la (re)création des « êtres de lumière » par le roman, parallèlement avec le travail des frères Dardenne.

« Fascinée comme tout le monde par les rares figures du pur amour que nous pouvons connaître – le la croixChrist, saint François d’Assise, Maximilien Kolbe, quelques inconnus adorables – je me suis risquée il y a une quinzaine d’années dans la rédaction d’un roman centré sur un de ces êtres de lumière. Je voyais ce personnage féminin. Il m’a toujours semblé que le roman a pour fonction, entre autres, de réfléchir son temps, au deux sens du mot réfléchir, donner à voir et penser. J’aurais donc voulu situer cette figure du pur amour dans notre monde contemporain. J’y ai renoncé, non que le pur amour n’anime plus personne autour de nous, loin de là ; mais par crainte de la critique littéraire française. Il ne fait pas bon aujourd’hui en France (il en va autrement à l’étranger) représenter, serait-ce dans un roman et par le truchement de personnages imaginaires, des pratiques aussi réactionnaires que la générosité, l’altruisme, un cœur brûlant de charité. A la rigueur sous le masque de personnages du passé … Je suis donc allée chercher à la fin du 18° siècle cette être de pur amour que fut sans le savoir Louise-Honorine de Choiseul, « La femme du premier ministre » (Gallimard, 2000, et Folio N°3403) ou quasi-premier ministre pendant douze ans de Louis XV.

Les frères Dardenne, comme on dit, comme ils laissent dire, dans un demi anonymat pas très loin de celui des artistes d’antan, ont osé ce que je n’ai pas osé. Sans diminuer leur audace, notons que la critique cinématographique est (un peu) moins marquée en France par l’idéologiquement correct que la critique littéraire. Ils ont imaginé dans leur dernier film, « Le gamin au vélo », un personnage de jeune femme ordinaire qui – sans le savoir, faut-il le redire ?- fait passer l’autre avant elle, lui ouvre sa maison, réorganise sa vie pour lui, bref, manifeste à son endroit toute la charité humainement possible.

Pourquoi ne pas appeler les choses par leur nom ? Parce que le christianisme n’est plus en cour ? Il est vrai que les représentations d’il y a ciquante ou cent ans du credo chrétien et le langage employé par trop de prélats ne sont plus intelligibles – je n’en dirais pas autant de représentations plus anciennes. Dieu soit loué, des artistes comme les frères Dardenne témoignent de l’actualité et de la puissance du testament du Christ. Sans le savoir, peut-être (mais je crois pour ma part qu’ils le savent très bien), ils pratiquent à travers leurs superbes films ce que l’on appelait, dans une de ces formules à la simplicité parfaite dont le classicisme avait le secret et que plus aucun clerc n’emploie, l’imitation de Jésus-Christ. »

Laurence Cossé

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