Ecriture et foi : un dossier de La Documentation catholique

Dans son numéro estival daté du 1er août 2010, la revue bimensuelle de La Documentation catholique consacre un large dossier à « La littérature, expérience spirituelle ». Le magazine dirigé par le père Jean-François Petit, assomptionniste, publie notamment le discours de Catherine Chalier, prononcé à l’Hôtel de ville de Paris le 14 avril 2010 à l’occasion de la remise du Prix des Ecrivains croyants, catégorie essai, qui distingue son oeuvre et tout particulièrement son dernier livre La nuit, le jour, au diapason de la création (Seuil, 2010).

doc catho

Plusieurs contributions sont réunies dans ce dossier. « A bien des endroits, littérature et spiritualité se croisent : même attention à la vie, même souci de l’expérience, même recours à l’écriture, même sensibilité à la transcendance, annonce le préliminaire. (…) Les écrivains nous interrogent sur notre propre rapport au langage, à la vie, aux Ecritures. Souvent, ils ne partent pas d’une confession de foi pour rejoindre la vie mais ils accordent une grande place à l’expérience, comprise comme relation réfléchie au réel, reprise et consciente, pour ouvrir à la foi. Avec eux, le langage prend un statut majeur : il est le lieu de la révélation de la Vie. »

Le texte d’une conférence donnée par Franck Damour rappelle l’oeuvre d’Olivier Clément, théologien et président fondateur de l’association des Ecrivains croyants : « L’oeuvre d’Olivier Clément est une oeuvre de service : une écriture au service de l’Eglise et de son unité ; exploratrice des signes des temps pour servir ses contemporains. » Le dossier comprend encore un entretien avec Mgr Jean-Claude Boulanger, évêque de Bayeux-Lisieux et auteur de plusieurs ouvrages, dont La prière d’abandon. Un chemin de confiance avec Charles de Foucauld (DDB, 2010) , ainsi qu’une contribution de l’écrivain Alina Reyes, à propos de la prière et de la méditation : « Quelle métamorphose, passant par quel travail, déchirement, retrait, mort – et à partir de cette mort, quel travail encore pour se recréer, se déployer, volant, plein de beauté et de lumière désormais, plutôt que terne et rampant ! Ce travail, c’est une réécriture de soi. »

Un dossier qui participe à la réflexion sur les lien intimes entre foi et littérature, quête spirituelle et écriture.

La Documentation catholique, dossier « Littérature et expérience spirituelle, l’art d’écrire comme chemin de foi », n° 2451, 1er-15 août 2010.

Une littérature secrètement aimantée…

« … Ainsi, une littérature secrètement aimantée par la foi doit apporter comme un apprentissage de l’attention : attention aux tendresse inapparentes du quotidien, à ses merveilles – depuis longtemps j’aimerais dire cette mouette qui surgit dans les matins encore sombres de l’hiver, quand je traverse la Seine, et dont la blancheur presque cruelle troue d’une incomparable pureté le fracas de l’immense ville ; attention aussi à ces ruptures, à ces <fissions> étranges qui traversent l’existence la plus occupée, la plus militante, la mieux organisée. Alors nous aidons l’homme à découvrir dans son coeur un bondissement irrassasiable et une béance inguerrisable. (…)

Ecrire, c’est le labour de soi, labour du coeur longtemps aride pour le rendre réellement vulnérable, d’une vulnérabilité contagieuse, qui repousse l’indifférence et le sommeil. Car il ne s’agit pas de fournir d’abord des réponses, mais bien la possibilité de se sentir question et d’être <mis en question> : l’homme est une question à laquelle rien de terrestre, rien de ce qui se trouve en deçà de la mort, ne semble répondre ; pourtant, même l’expérience du mal peut devenir révélation d’un autre monde, d’un Inconnu qui me cherche jusqu’en enfer. »

Olivier Clément (1921-2009)
président fondateur de l’association des Ecrivains croyants de 1979 à 1994
extrait de Le visage intérieur, Stock, 1978.

Pour Olivier Clément, en hommage

C’est un 15 janvier que notre ami et maître Olivier Clément a poussé la porte du paradis ; c’est un 15 janvier qu’il est entré dans l’Eglise du Ciel, l’Eglise indivise ‘pour de vrai’, si je puis dire ; c’est un 15 janvier qu’il a rencontré Celui qui aura été le véritable amour de sa vie, Jésus le Christ. « Je le perçois d’abord, disait-il à Jean-Claude Noyer, comme l’ami secret, celui qui marche auprès de nous sans que nous le sachions et qui peut poser Sa main sur notre épaule un soir de désespérance et d’abandon. » En même temps, le Christ représentait pour lui « l’ouverture sur l’abîme de la divinité ». Ce Christ qu’il cherchait et rencontrait quotidiennement : « Presque chaque jour, confiait-il, je relis un chapitre de l’évangile ». Ne savait-il pas que, « au cœur du message évangélique, il n’y a rien d’autre que l’Amour » ?

Depuis ce 15 janvier-là, nous avons un ami là-haut, qui suit chacun de nos pas de son regard de bonté et qui intercède pour nous. La bonté. Voilà bien, sans aucun doute, le trait caractéristique de l’homme, de l’écrivain, du philosophe et du théologien Olivier Clément. Lui qui affirmait que « c’est le symbole qui rend compte de la vraie réalité », il savait que sa bonté était comme le reflet de Celui qui n’est qu’Amour et Bonté. Je le vois encore qui me demande, après le décès de France Quéré, de prendre le relais à la tête de l’Association des Ecrivains Croyants d’Expression Française. Avec cette bonté insistante, mendiante presque, mais rayonnante et confiante… C’est cette bonté qui inspirait et son écriture et son action. Ainsi, quand le philosophe théologien qu’il était proposait ses « Questions sur l’homme », ou lorsqu’il indiquait « L’Autre Soleil » à nos ténèbres, il ne parlait que du Dieu « respectueux de notre liberté », qui « s’incarnera et mourra pour que la mort même s’emplisse de son amour et devienne pour l’homme résurrection ».

A l’Eglise indivise qu’il appelait de ses vœux, il confie le trésor de ses « Sources », ces textes et commentaires des mystiques chrétiens des origines. Lui qui savait que le christianisme « reste un inconnu », il invoquait sur lui l’Esprit juvenescens, de jouvence, pour que l’Eglise devienne ce lieu « source de paix, de grande joie, source de vie, source secrète où viennent se désaltérer des hommes-sources, des hommes de lumière dont le monde a tant besoin. » Pour cela, selon lui, il faudrait des « communautés plus petites, chaleureuses, accueillantes, où l’on ne juge pas ».

De ce christianisme-là, quel meilleur miroir que la littérature ? Mieux : quel meilleur expérimentateur ? Dans « L’esprit de Soljenitsyne », Olivier Clément va jusqu’à écrire : « C’est à l’instauration, à travers les ténèbres lucidement reconnues, de cette lumière qui est en nous que semble s’être voué Soljenitsyne ». C’est parce qu’il savait cela qu’il a voulu rassembler, dans une même association, tous les écrivains « croyant » en un Dieu unique, et cela dans un « respect têtu », comme le dit le titre de l’ouvrage qu’il a écrit avec le musulman Mohamed Talbi. Afin qu’ils puissent se rencontrer, dialoguer, et travailler ensemble à la promotion d’une littérature ouverte sur l’Amour et l’Infini, avec les moyens qu’ils voudraient se donner : colloques (tels ceux qu’il anima lui-même à Chantilly), rencontres diverses, ventes-signatures, publications ou prix littéraire. Pour tout cela, comment ne pas vous dire, cher Olivier Clément, en ce jour anniversaire de votre naissance à l’Eternité, un profond et chaleureux merci ?

Roger Bichelberger

Président des Ecrivains croyants de 1995 à 2007