Frederic Brun, Novalis et l’âme poétique du monde

Pourquoi j’ai écrit ce livre

« La poésie est le réel véritablement absolu. C’est le noyau de ma philosophie. Plus c’est poétique, plus c’est vrai » a écrit Novalis. Dans ses livres, il nous propose un voyage dans le royaume d’une poésie, que l’on appelle « originelle », « absolue » ou « infinie ». Fasciné par la courte vie de cet être non seulement poète, mais aussi religieux, philosophe, et scientifique, je suis parti sur ses traces en Allemagne, dans le cadre d’une Mission Stendhal. Mes recherches m’ont permis de présenter son parcours sous la forme d’un roman biographique. Mon travail d’écriture est arrivé à la même période que mon désir de créer les éditions Poesis, qui vont se consacrer à la relation poétique avec le monde. Novalis était ainsi l’auteur idéal pour les premières parutions de cette maison d’édition.

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Résumé 

Friedrich von Hardenberg, plus connu sous le nom de Novalis est l’un des poètes les plus purs qui ait jamais existé. Ce livre alterne le récit de sa vie, l’étude de son œuvre, sa réception par de nombreux auteurs à l’heure des grands bouleversements du siècle dernier et des réflexions sur sa modernité qui demeure toujours d’actualité.

Extrait

« La religiosité est au centre des réflexions des premiers romantiques depuis la parution d’un livre Discours sur la religion de Friedrich Daniel Ernst Schleiermacher. Selon ce théologien, Dieu et le monde ne font qu’un…Novalis s’enthousiasmera pour cette doctrine dès sa parution en 1799. Son esprit s’enflamme en lisant son manifeste. Né protestant, ardent défenseur du christianisme, sensible au panthéisme de Spinoza, il imagine l’arrivée d’une religion nouvelle et d’une révolution spirituelle. Le cercle d’Iéna estime désormais que Novalis est le plus mystique, le plus religieux d’entre eux. Il incarne peu à peu, au fil du temps et de ses écrits, un « Christ romantique ». La religion du cœur lui correspond parfaitement. Seul l’amour peut faire surgir le meilleur de nous. Seul l’amour peut nous permettre de développer nos qualités. Seul l’amour peut améliorer notre relation avec le monde et nous unir de manière magique avec lui. Seul l’amour peut faire éclore le génie poétique. »

 

Frédérique Brun présentera son livre le 20 mai à L’espace Harmattan Invitation-Poesis

Un patient travail d’écriture récompensé

L’association des Ecrivains croyants organisait lundi 20 septembre une rencontre débat autour « des livres, des prix, des écrivains » à l’espace Bernanos (Paris). Cette manifestation était organisée en partenariat avec le Syndicat des libraires de littérature religieuse. Deux membres de l’association, primés en cette année 2010, avaient accepté de participé au débat.

Claire Daudin, Grand Prix Catholique de littérature et Prix des journées du livre chrétien à Tours, a expliqué comment « Le Sourire » (éditions du Cerf) était un texte qui s’était imposé à elle. La gravité du sujet – un enfant touché par la maladie dès la naissance – ne l’avait pas empêchée de voir tout ce qu’il y avait d’amour entre ce fragile enfant condamné et ses parents. Un livre d’espérance, qui a donc retenu l’attention de deux jurys, ce que l’auteur a accueilli avec joie. C’était pour Claire Daudin, une forme de reconnaissance précieuse… qui n’avait pas d’incidences sur son travail,et très peu sur la vie commerciale de son livre.

Frédéric Brun, auteur de « Une prière pour Nacha » (Stock), Prix des Ecrivains croyants 2010 rencontre prix écrivainscatégorie littérature, confirmait avoir été, lui aussi, porté, poussé, par son sujet. après avoir évoqué la figure maternelle (Perla, Stock, 2007) et le portrait du père (Le roman de Jean, Stock, 2008), c’est donc la tante Nacha qu’il faisait revivre dans cet ouvrage. Avec la difficulté de l’écrivain qui aborde les proches, et l’histoire secrète et perdue de la famille, puisque sa quête l’a conduit sur les traces des aïeux juifs polonais. Un chemin bouleversant, qui interroge aussi la foi en l’homme et, entre les lignes, l’existence de Dieu.

Animés par Pierre-Yves Camiade, président du SLLR, et Christophe Henning, président des Ecrivains croyants, la discussion avec le public permettait ensuite un échange sur le travail de l’écrivain, l’importance des libraires qui sont « passeurs » de livres, et le souhait, pour beaucoup, de faire découvrir des ouvrages écrits dans la solitude, mais qui portent, en eux, une dimension bien plus universelle, le livre répondant ainsi à la quête de sens et d’intériorité.

Des prix, des livres, des écrivains

Plus de deux milles prix littéraires en France chaque année… et encore plus de prétendants. Un livre distingué a-t-il plus de chance de rencontrer les lecteurs? Quelles sont les qualités d’un livre primé? Y a-t-il une écriture qui conduit à la reconnaissance, voire la consécration? Il existe, dans de multiples domaines, des prix littéraires. L’association des Ecrivains croyants décerne un prix depuis plus de trente ans. Quel est l’impact de telles distinctions, pour le rayonnement du livre, mais aussi pour le travail de l’écrivain ?

Rencontre débat à Paris le lundi 20 septembre 2010

Chaque année, plusieurs membres de l’association sont remarqués et primés. Trois d’entre eux, couronnés en 2010, ont accepté de partager cette expérience au cours d’une soirée organisée en partenariat avec les Ecrivains croyants et le Syndicat des libraires de littérature religieuse (SLLR).

Participeront au débat animé par Christophe Henning, président des Ecrivains croyants :

– Pierre-Yves Camiade, président du SLLR

– Frédéric Brun, prix des Ecrivains croyants pour Une prière pour Nacha (Stock)

– Claire Daudin, Grand Prix catholique de littérature pour Le sourire (Cerf)

– Alain Vircondelet, Prix Mediterranée essai pour Albert Camus, fils d’Alger (Fayard)

La rencontre « 2010 : des prix, des livres et des écrivains » aura lieu le lundi 20 septembre 2010 à 19 heures, à l’Espace Bernanos, 4, rue du Havre, Paris 9°, métro Saint-Lazare.

Frédéric Brun : l’histoire se raconte

Voici quelques extraits de l’intervention de Frédéric Brun lors de la remise du Prix des Ecrivains croyants, le 14 avril 2010, dans les salons de l’hôtel de ville de Paris.

Frédéric Brun« Je me sens à la croisée des religions. Ma mère était juive, mais je suis marqué également par la religion de mon père le christianisme. Mon épouse est chrétienne et mes enfants sont baptisés. Cette mixité a été pour moi longtemps une source d’interrogation, mais elle ne m’a pas mené à une foi morcelée bien au contraire. (…)

Spinoza pendant l’écriture d’Une Prière pour Nacha m’a apporté des réponses essentielles. Il existe selon lui une force divine au-delà des rites et des traditions. Dieu est infini, il est partout. Pour accéder au divin, il faut selon ses écrits, vivre avec une certaine forme de béatitude, en trouvant la joie au-delà de nos déceptions. Nous ne pouvons pas changer le monde, mais nous pouvons changer notre relation avec le monde. (…)

je souhaite exprimer ma reconnaissance à mes parents et Nacha pour tout l’amour qu’ils m’ont donné. J’ai écrit dans mon récit que je souhaitais devenir un narrateur qui s’efface derrière l’histoire qu’il est en train de raconter. Perla, Nacha et Jean ont écrit mes livres d’une certaine manière. Devant leur stèle, un rabbin et un prêtre sont venus successivement prier. Leurs enterrements ont été des moments de tristesse, mais aussi de tolérance et d’espérance. Pour eux je souhaite désormais m’effacer et leur envoyer ce prix comme une prière. »

Frédéric Brun

Une prière pour Nacha, Frédéric Brun, Stock, 2010

Une prière pour Nacha

« Chaque fois que je viens voir ma tante, je la trouve plus dépendante, amaigrie, désemparée. Les résidents ici patientent, certains gentiment, d’autres en pestant sans arrêt, dans une salle qui sent l’urine, la peur et le désespoir. Il n’y a plus qu’à attendre celui qui tire les fils du hasard et décide de l’heure du départ.

Nacha égare désormais ses habits. Elle porte les jupes, les robes, les pulls d’autre

s patients. Peu importe, elle ne reconnaît plus ses vêtements. De toute manière, elle ne reconnaît plus rien de sa vie d’avant. Elle avait su être si élégante pourtant, autrefois.

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Que reste-t-il d’un être sans mémoire ? Je regarde Nacha évoluer tristement avec mon esprit encore animé de souvenirs. Peut-on appeler ça vivre, être dans cet état végétatif ? Il n’y a pas grand-chose à comprendre sur nos trajectoires. Comme l’énonce la physique quantique, tout dans nos existences est aléatoire.

Je connais si peu la vie de Nacha. Elle ne connaît plus elle-même sa propre h

istoire. Lorsqu’elle était là, une grande partie de son existence ne m’avait pas été transmise et pourtant, malgré tous ces gommages, l’oubli a façonné ma vie, insidieusement. Comment puis

-je parvenir à faire resurgir ce qui est enfoui, ce qui dort en moi inconsciemment ? Je veux écrire sur cette transmission secrète d’un être à un autre. Cependant qui me donne le droit d’écrire sur Nacha ? Un écrivain a-t-il le droit de s’emparer de n’importe quel sujet, un sujet qui touche les siens ? Qui lui donne le droit de fouiller dans leurs affaires, de faire son enquête, à partir de photographies, de courrier ? (…)

Mais quelle mémoire puis-je donc prolonger, avec mon encre noire ? Et si la littérature n’était qu’une quête illusoire, prétentieuse, accessoire ? Le temps de quelques pages, par la force des choses, je suis devenu soudain le narrateur, le dépositaire d’une famille disparue. Je veux écrir

e, pour partager et, si possible, parvenir à m’effacer en même temps. »

Extrait de Une prière pour Nacha, Frédéric Brun, prix des Ecrivains croyants 2010

Remise du Prix des Ecrivains croyants

La remise du Prix des Ecrivains croyants 2010 aux deux lauréats s’est déroulée dans le salon Jean-Paul Laurens de  l’Hôtel de ville de Paris le mercredi 14 avril, en présence des autorités religieuses, des éditeurs, journalistes et écrivains qui avaient répondu à l’invitation de l’Association des Ecrivains croyants d’expression française.

Le président de l’association, Christophe Henning, a rappelé les réalisations et les projets de l’association avant que soit organisée la remise du prix proprement dite, couronnant Catherine Chalier en catégorie « essai » pour La nuit, le jour, au diapason de la création (Le Seuil) et Frédéric Brun en catégorie « littérature » pour Une prière pour Nacha (Stock).

Des extraits des deux ouvrages furent lus par Colette Nys-Mazure et Paule Amblard, écrivains membres de l’association. A l’issue des discours, deux collages de frère Ghislain, artiste et frère de Taizé, furent remis à Catherine Chalier et Frédéric Brun.

extraits des discours dans un prochain post.

photos ©Félicie Danel