Roger Bichelberger, Noël était venu sans rien dire à personne

Pourquoi j’ai écrit ces Nouvelles 

Au cours d’une année d’épreuves (santé), il m’a été donné de revenir aux ‘fondamentaux’ : l’enfance, l’amour, la nature, la mort… et Dieu.

J’ai voulu rendre hommage à mes camarades d’école devenus mineurs de fond avec l’histoire de Jo la Botte, 22 ans, qui ne remontera jamais au jour, celle du vieux Louilé qui se souvient, un soir de Noël, de ce que fut sa vie.

J’ai voulu dire la découverte de l’amour pour eux, pour le jeune Claude en vacances en Touraine, et pour Régis Labergie, le notaire, en quête du secret de son père.

Et j’ai voulu chanter le bel amour du moine Epiphane qui, au 17ème siècle, restaure les stalles de son église abbatiale et qui sait qu’il ne terminera pas son œuvre, et celui de Joseph le Fol, « l’homme qui parlait aux tournesols », sorte d’Innocent sublime qui se croyait criminel.

Et puis il y a Noël et l’irruption du feu d’En-Haut qui vient embraser les scories de la terre… Pour les humbles et les petits de ces « marges » et de ces « périphéries », fera-t-il Noël aussi ?

1 de couv Noel etait venu...

En guise de résumé, une réaction de lectrice

« J’ai lu ces cinq nouvelles et novellas qui m’ont permis d’embarquer dans un univers où l’imaginaire et la poésie tutoient les faits divers et la vie réelle et, où un zeste d’autobiographie se fond dans la fiction. Comme fil conducteur,  ce qui fait une vie : l’amour, la mort. Mais une conviction apparaît : « les grandes eaux de la mort ne peuvent éteindre l’amour ».

L’auteur se fait le chantre de la Lorraine, avec ses coutumes, ses vicissitudes et son histoire tourmentée. C’est un hymne aux gens de la mine et aux humbles de la terre.  Face à la cruauté de la vie et  au mal, les personnages,  simples, tendres, touchants et pleins de bienveillance, m’ont émue aux larmes. En filigrane, les  paroles du Livre : « Heureux  les doux, les cœurs purs, les humbles … ».

Un ouvrage certes comparable à une mélodie populaire, comme l’indique la  partition en première page,  mais, bien plus encore,   un oratorio de noël   dont la beauté unit  le divin à la simplicité. Un bonheur de lecture qui donne envie de chanter, car « le bonheur n’est pas l’absence de souffrance, il est un feu du cœur qui embrase même les scories ».

Un extrait

Dehors, l’orage sévissait.

Il avait attendu jusqu’au soir pour éclater.

Tout un jour, depuis l’aube, il avait rôdé au-dessus du bourg. Ses lourdes masses avaient tour à tour occupé chaque recoin de l’horizon, bouchant les issues, supprimant tout espoir. Peu à peu, on s’était senti cerné de toutes parts.  Depuis l’aurore jusqu’au crépuscule, le roulement de tambour avait crû, implacable,  accru soudain par le crépitement des grêlons sur les champs, les chemins et les toits. Alors s’étaient déchaînées les flagellations du vent, stridentes, ponctuées par les canonnades du tonnerre qui déchirait l’espace.

Et la terre avait été livrée aux ravages des eaux.

Les blés encore debout s’aplatirent et les maïs se couchèrent. Les pommiers déjà lourds se tordaient, élevant d’incompréhensible manière des branches chargées de fruits qui retombaient ensuite, cassées net, claquant tels des coups de feu dans la nuit.

Pliaient alors et ployaient les peupliers solitaires, en proie aux fulgurances d’en haut.

ROGER  BICHELBERGER, Noël était venu  sans rien dire à personne, Albin Michel

Roger Bichelberger : Bérénice

Pourquoi j’ai écrit ce livre

« Ce roman, je l’ai d’abord écrit pour elle, la jeune morte. In memoriam. Il aurait pu s’intituler Tombeau pour B. Quelque temps après sa disparition, j’ai tenu entre les mains les fragments d’une correspondance avec un prêtre de mes amis venu prêcher une récollection dans son lycée. A la fin de son année de terminale, c’est à lui qu’elle choisit de confier sa révolte et sa détresse. De cette correspondance aujourd’hui détruite, j’ai pu conserver l’une ou l’autre carte postale reproduisant les oeuvres d’art qu’elle choisissait comme support à ses lettres. L’art était sa référence et son refuge. C’est d’elles que cette fiction est née.

Tout y est vrai et tout est réinventé : les lettres, les courriels, Bérénice elle-même et les siens, et puis celui à qui j’ai laissé la conduite de ce récit et qu’elle appelle Father Kenelm. Parce que, ce roman, je l’ai aussi écrit pour lui, le narrateur, jeune religieux ‘rescapé’ du scandale pédophile irlandais où il n’a eu aucune part. Homme d’une sensibilité extrême, qui ne saurait manquer d’être touché par Bérénice, il est aussi l’homme de la fidélité. Il sait que «nos choix nous constituent et (que) la fidélité nous construit». »

Roger Bichelberger

En résuméberenice

Bérénice a 17 ans quand elle rencontre dans son lycée le père Kenelm, jeune religieux irlandais. Elle qui n’a jamais existé pour ses parents, qui a été abusée quand elle était enfant, croit trouver en Kenelm celui qui pourra la comprendre, l’aider et l’aimer. Elle lui écrit, lui rend visite, le provoque, le poursuit d’un amour ambigu auquel il ne sait répondre et qui, parfois, le trouble. Quand il s’aperçoit de la conduite erratique et désespérée de Bérénice, il est trop tard…

« Il y a du Bernanos dans ce roman qui met face à face deux êtres traversés d’élans de lumière. L’auteur explore cette rencontre incertaine et douloureuse sur la crête qui sépare l’abîme de l’absolu, explique Geneviève de Simone-Cornet, critique à L’Echo Magazine (Genève). Bérénice ou quand la chair côtoie le souffle, quand l’humain traversé par la grâce – furtive, indélébile – se fait transparence. Car le souffle, quand il passe, c’est par les failles, les doutes, les peurs et le vertige de se voir entraîné malgré soi. Par les incertitudes du corps et les hésitations de l’âme. »

Extrait

« Father ken
j’aurais encore eu tant de choses à vous dire
je voudrais que vous m’écoutiez très fort aujourd’hui
parfois j’ai eu l’impression que vous ne m’avez pas comprise
ou que vous aviez peur de moi
cela m’a fait très mal
mais il y avait tant de confiance entre nous
et tant de Joie
de cette Joie qui entraîne plus haut que le bonheur
je vous demande d’aimer les autres comme vous m’avez aimée
je vous le demande de tout mon cœur
pour toutes les souffrances auxquelles nous ne pouvons rien
merci, father Ken
je suis très heureuse
Bérénice »

Bérénice, Roger Bichelberger, Albin Michel, novembre 2012, 176 p., 15 €.

Yves Viollier : Même les pierres ont résisté

Pourquoi j’ai écrit ce livre

J’ai écrit ce livre après la découverte du rapport du général Ferrand qui a investi la forêt de Grasla pendant l’été 1794. Ils avaient été près de deux mille Vendéens à fuir les colonnes infernales du boucher Turreau et se réfugier dans la forêt. J’ai pensé que ces hommes et ces femmes avaient inventé une île d’humanité au cœur de la barbarie. Et j’ai décidé de faire vivre par le roman cet épisode complètement méconnu des guerres de Vendée. J’ai choisi de le raconter à quatre voix, chacun apportant un regard différent sur ce qui s’était passé. Leurs expériences se croisent, s’enrichissent, se complètent. Il m’a semblé que la réinvention du quotidien dans la forêt, les difficultés inouïes, le froid, la faim, la peur, la mort, les naissances aussi, l’espérance malgré tout de lendemains meilleurs, disaient toute la guerre de Vendée. Le temps est venu, me semble-t-il, non pas d’oublier ce qui a été un génocide organisé par la Convention, mais de se souvenir pour la réconciliation. Ce roman se veut œuvre de mémoire, mais je l’espère assez ouvert et porteur de lumière (il se termine par la révolte des berceaux !) pour déboucher sur un chemin de pardon.

Yves Viollier

9782221132845En résumé

Yves Viollier nous donne, avec Même les pierres ont résisté, un beau et tragique roman sur la guerre de Vendée, au cours du terrible hiver 1784, alors que les colonnes infernales du général Turreau semaient la terreur. On sait l’auteur amoureux de sa Vendée natale et épris d’Histoire jusqu’à la passion. Une fois de plus, il a compulsé de nombreuses archives pour nourrir son livre et tout ce qu’il y raconte est vérifiable. Comment, notamment, lors du passage des « bleus » de Turreau, au plus profond du bocage vendéen, la forêt de Grasla a abrité près de deux mille paysans, un vrai village composé de réfugiés qui avaient vu leurs fermes brûlées, des mères violées, les troupeaux décimés et certains de leur proches massacrés. Ils y ont construit des huttes qu’ils appellent des loges. On y trouve notamment la loge-hôpital où l’on soigne les blessés et ferme les yeux des morts.

L’auteur, après avoir laissé la parole au bourreau de la Vendée, la donne successivement à Marie-Pierre, la jeune sage-femme sans peur et sans reproches, à Petit James, le guetteur perché dans les arbres, à Jean-Jacques Templier le menuisier, à Barthélemy Rivière enfin. Barthélemy Rivière, un garçon que Marie-Pierre avait connu dans une vie antérieure et dont elle était tombée amoureuse. Pour lui, elle était Marie des Lumières. Et voilà que, soldat républicain devenu, il est blessé et fait prisonnier au pays des loges. Peut-on soigner un ennemi que plusieurs, dans la forêt de Grasla, ne songent qu’à étriper ? Un roman d’une profonde humanité. Mais quoi de plus inhumain que l’homme, lorsque la haine lui ronge le cœur ?

Roger Bichelberger

Extrait

« Père est entré. Les yeux comme la nuit. Il s’est assis sur le banc. Il a posé les coudes sur la table, ses épaules se sont affaissées. J’ai repris ma place au coin du feu. J’avais commencé à plumer un merle. Il a poussé un long soupir comme un râle.

Je plumais. Je plumais. Père avait piégé ces petits oiseaux avec du grain sous une planche. Les plumes noires volaient. Ca sentait le brûlé. Les plumes grésillaient. Il n’avait pas eu un gémissement quand il avait soulevé mère sur le tas de fumier. Ni à la maison, ni à l’église, ni au cimetière. Il avait continué ensuite comme après un orage sec. Sa poitrine s’est soulevée. J’ai entendu une longue plainte comme celle de Marquis  quand ils l’avaient décollé de son trou de vase.« 

Même les pierres ont résisté, Yves Viollier, Ed Robert Laffont, août 2012, 248 p., 19 €.

Roger Bichelberger, invité de RCF

Durant toute la semaine qui précède les rencontres des Ecrivains croyants au Colroger bichelbergerlège des Bernardins à Paris le dimanche 9 octobre, la radio RCF accueille un écrivain par jour pour répondre à deux questions : « Que signifie pour vous l’expression écrivain croyant? » et « Comment la foi vous accompagne-t-elle dans votre travail d’écriture ? »

Ce lundi 3 octobre, le premier invité était Roger Bichelberger, qui fut Prix des Ecrivains croyants 1983 pour son roman Comme un éveilleur d’aurore (Stock), et aussi président de l’association de 1995 à 2007.

A la 18e minute, Roger Bichelberger répond aux questions de Thierry Lyonnet lors du 13h07, le mag, à l’occasion des Rencontres des Ecrivains croyants, ce dimanche 9 octobre. Prochain rendez-vous mardi 4 avec un autre écrivain sur RCF.

pour écouter l’émission : cliquer ICI

Roger Bichelberger : la fille à l’étoile d’or

Pourquoi j’ai écrit ce livre

Les faits m’ont semblé méconnus (voire inconnus) en France : comment de jeunes chrétiens allemands se sont, dès le début, opposés au nazisme et ont continué à cultiver l’amitié avec leurs voisins juifs. Peu de romans ont en effet pris pour sujet ces résistants anonymes du III° Reich. Il fallait les faire connaître en France et tenter, de la sorte, de construire un nouveau pont entre nos deux pays. D’autant plus que l’ouvrage paraît en Allemagne dès le 15 février, aux éditions Gollenstein.

Roger Bichelberger

En résuméfilleetoile

Août 1945. Ansgar, jeune Allemand de 16 ans né à Aix-la-Chapelle dans une famille catholique antinazie, se retrouve prisonnier en Normandie, dans un camp américain. Il avait pourtant déserté la Wehrmacht où il avait été enrôlé de force. Il ne peut oublier les exactions dont il a été le témoin ni la disparition de ses voisins juifs, parmi lesquels sa camarade Elsa, la fille à l’étoile d’or. Déportée avec toute sa famille, elle  hante pour toujours sa mémoire.

C’est ici le journal tenu au camp n°19 de Cherbourg-Foucarville par un adolescent d’Outre-Rhin sensible, amoureux et nostalgique . Pour ce roman, l’auteur s’est inspiré du témoignage et du parcours d’un de ses lecteurs allemands.  Roger Bichelberger avait obtenu, pour le Déserteur, le Grand Prix du Roman de la Société des Gens de Lettres.

Extrait

« La fille aux grands yeux bleus dont je rêve nuit et jour dans le camp n° 19 de Cherbourg-Foucarville s’appelle Elsa Godschalk.

Depuis son rapt par les nazis, son image brûle au-dedans de moi.

Ma Judenkönigin.

Ma reine juive. »

La Fille à l’étoile d’or, Albin Michel, février 2010, 170 p., 15 €.

Pour Olivier Clément, en hommage

C’est un 15 janvier que notre ami et maître Olivier Clément a poussé la porte du paradis ; c’est un 15 janvier qu’il est entré dans l’Eglise du Ciel, l’Eglise indivise ‘pour de vrai’, si je puis dire ; c’est un 15 janvier qu’il a rencontré Celui qui aura été le véritable amour de sa vie, Jésus le Christ. « Je le perçois d’abord, disait-il à Jean-Claude Noyer, comme l’ami secret, celui qui marche auprès de nous sans que nous le sachions et qui peut poser Sa main sur notre épaule un soir de désespérance et d’abandon. » En même temps, le Christ représentait pour lui « l’ouverture sur l’abîme de la divinité ». Ce Christ qu’il cherchait et rencontrait quotidiennement : « Presque chaque jour, confiait-il, je relis un chapitre de l’évangile ». Ne savait-il pas que, « au cœur du message évangélique, il n’y a rien d’autre que l’Amour » ?

Depuis ce 15 janvier-là, nous avons un ami là-haut, qui suit chacun de nos pas de son regard de bonté et qui intercède pour nous. La bonté. Voilà bien, sans aucun doute, le trait caractéristique de l’homme, de l’écrivain, du philosophe et du théologien Olivier Clément. Lui qui affirmait que « c’est le symbole qui rend compte de la vraie réalité », il savait que sa bonté était comme le reflet de Celui qui n’est qu’Amour et Bonté. Je le vois encore qui me demande, après le décès de France Quéré, de prendre le relais à la tête de l’Association des Ecrivains Croyants d’Expression Française. Avec cette bonté insistante, mendiante presque, mais rayonnante et confiante… C’est cette bonté qui inspirait et son écriture et son action. Ainsi, quand le philosophe théologien qu’il était proposait ses « Questions sur l’homme », ou lorsqu’il indiquait « L’Autre Soleil » à nos ténèbres, il ne parlait que du Dieu « respectueux de notre liberté », qui « s’incarnera et mourra pour que la mort même s’emplisse de son amour et devienne pour l’homme résurrection ».

A l’Eglise indivise qu’il appelait de ses vœux, il confie le trésor de ses « Sources », ces textes et commentaires des mystiques chrétiens des origines. Lui qui savait que le christianisme « reste un inconnu », il invoquait sur lui l’Esprit juvenescens, de jouvence, pour que l’Eglise devienne ce lieu « source de paix, de grande joie, source de vie, source secrète où viennent se désaltérer des hommes-sources, des hommes de lumière dont le monde a tant besoin. » Pour cela, selon lui, il faudrait des « communautés plus petites, chaleureuses, accueillantes, où l’on ne juge pas ».

De ce christianisme-là, quel meilleur miroir que la littérature ? Mieux : quel meilleur expérimentateur ? Dans « L’esprit de Soljenitsyne », Olivier Clément va jusqu’à écrire : « C’est à l’instauration, à travers les ténèbres lucidement reconnues, de cette lumière qui est en nous que semble s’être voué Soljenitsyne ». C’est parce qu’il savait cela qu’il a voulu rassembler, dans une même association, tous les écrivains « croyant » en un Dieu unique, et cela dans un « respect têtu », comme le dit le titre de l’ouvrage qu’il a écrit avec le musulman Mohamed Talbi. Afin qu’ils puissent se rencontrer, dialoguer, et travailler ensemble à la promotion d’une littérature ouverte sur l’Amour et l’Infini, avec les moyens qu’ils voudraient se donner : colloques (tels ceux qu’il anima lui-même à Chantilly), rencontres diverses, ventes-signatures, publications ou prix littéraire. Pour tout cela, comment ne pas vous dire, cher Olivier Clément, en ce jour anniversaire de votre naissance à l’Eternité, un profond et chaleureux merci ?

Roger Bichelberger

Président des Ecrivains croyants de 1995 à 2007