Karima Berger – Hégires

couv. hégires

Pourquoi j’ai écrit ce livre

L’hégire (exil) est devenue aujourd’hui la condition même de l’homme contemporain : il ne s’agit pas toujours d’exil géographique mais un sentiment d’exil habite le monde. Il faut remonter encore plus loin : Adam, Eve, Caïn, Ismaël, Hagar, Abraham, Jésus, le prophète Mohammed,  Ulysse, Sindbad… tous ont quitté leur terre et éprouvé la soif du jeûne. Sanction ou refus de se soumettre, cette décision a sauvé leur destin. Aujourd’hui, les peuples se déplacent comme jamais cela fut dans l’histoire et l’exil s’est fait mot-valise, manipulé, chosifié. Vivre loin des siens n’est pas sans douleur mais l’exil n’est-il pas plus que cela ? La mondialisation aurait-elle brûlé en nous l’intuition poétique que le départ, dans son essence constitue ? La  dimension fondatrice et tragique de cette grande Arche navigant sur des eaux déchaînées  ou de ces barques jetant ses passagers sur les rivages habite maintenant nos esprits telle une scène primitive de notre nouvel exil.

Où se réfugier contre le déluge qui vient ? Partir, quitter, migrer, se séparer, physiquement ou non, n’est-ce pas notre nouveau pain de vie, notre condition d’homme contemporain ? Ne sommes-nous tous pas exilés ? Reste pour chacun à trouver de quoi, de qui.

Extrait :

L’exil est la condition pour que vive et survive une Révélation. Aller semer le grain dans une terre toute neuve fût-elle un désert, un pays de Canaan ou Babylone ou l’Egypte ou Médine. L’Hégire, tradition spirituelle, joue comme une initiation : se séparer, quitter, partir, déserter.  Le  « Nul n’est prophète dans son pays » dit l’obsession de ce désir et en creux, la promesse d’un accomplissement, ailleurs que chez soi.  Avec ses compagnons le prophète  de l’islam quittera  la ville échappant à la vindicte de ses ennemis rétifs à toute reconnaissance de son Rappel.

Il est seul. Il est un homme absolument seul pour accueillir ce Lis ! Cette première exhortation de Gabriel qu’il entend du lieu de sa retraite dans la grotte du mont Hira. Un ordre inouï. Il est seul et nu pour ce baptême divin sans autre médiation que lui-même, simple humain, rejeté par les siens, adorateurs d’idoles muettes, lui qui se souvient d’Ismaël son ancêtre exilé, chassé, le premier de la Bible. Née dans un désert, la Révélation est répudiée par ceux qui entourent Mohammed. Elle est aride, sèche, ingrate presque ; ni miracle, ni incarnation, juste une parole divine qui traverse l’homme Mohammed en son désert intime, une parole primitive, radicale, tissée de sable, de vide, d’absence et d’amour.

Et l’orant musulman plus tard, pareil, pas une image à se mettre sous la dent pour mettre en pièces cette pulsion iconique, pas d’images de vierges ou de jardins pour étreindre  en lui la confiance qu’il dépose dans le sein de ce Dieu voilé, infigurable, ineffable, nulle séduction à l’œuvre pour justifier le Très grand amour de Sa miséricorde. Exit le langage humain de la figuration. Aimer sans voir. Le musulman est sans doute le premier artiste de l’art non figuratif. Seules les lettres Dieu est le plus grand, ou Louange à Dieu flamboient en son intime tréfonds. A la condition qu’il y ait  suffisamment fait le vide.

Hégires. Actes sud. Collection Le souffle de l’esprit. 2017.

Karima Berger est auteur de plusieurs essais dont Eclats d’islam, Chroniques d’un itinéraire spirituel et Les attentives, un dialogue avec Etty Hillesum. Son dernier roman Mektouba est paru en 2016 (tous chez Albin Michel).


 

 

l’Appel spirituel de Genève : 18ème cérémonie avec Karima Berger

Le samedi 17 décembre 2016 à 17h à l’Espace Fusterie, l’écrivain Karima Berger proposera sa lecture de l’Appel spirituel de Genève.

conférence Karima Berger. Appel spirituel. Genève.17 12 2016

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Une belle cérémonie pour la remise du prix Ecritures & Spiritualités

Cette soirée fut un beau moment de partage, d’émotion où de nombreux invités (auteurs, éditeurs, journalistes, amis et sympathisants) ont célébré nos lauréats Abdellatif Laâbi et Marion Muller-Colard. Voici quelques images ainsi qu’une partie des beaux textes d’hommages et de réponses échangés à cette occasion.
Monique-Grandjean.-Le-prix-Ecritures-Spiritualités-et-son-histoire
Colette-Nys-Mazure.-hommage-à-A.-Laâbi.
K.Berger-hommage-à-Marion-Muller-Colard-prix-ES-juin-2015
réponse-de-Marion-Muller-Colar.

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Comment nos Livres parlent de l’Autre ?

Une table ronde organisée en partenariat avec l’Alliance Israélite Universelle aura lieu
 le 08 juin 2015, à 19h au Centre Safra, 6bis rue Michel Ange, 75016, Paris.
Elle réunira trois conférenciers autour du thème
  Comment nos Livres parlent de l’Autre ? 
Pour la Torah, Catherine Chalier (prix Ecrivains Croyants 2010) analysera les figures Hagar et d’Ismaël en tant qu’elles font signe vers l’Islam.
Pour les Evangiles, Jean-François Bouthors se tournera vers la parabole du Fils prodigue et de son frère ainé. Ce dernier ayant été associé aux juifs.
Pour le Coran, Karima Berger évoquera les figures du Roi Salomon et de la Reine de Saba.
 Dans le contexte d’intenses tensions qui est le nôtre, nous comptons sur votre présence à cette rencontre afin que l’échange de paroles reste vivant entre nos communautés.
 Derniers ouvrages parus des conférenciers
C. Chalier, Lire la Torah, Le Seuil, 2014
JF Bouthors , Délivrez-nous de » Dieu » ! De qui donc nous parle la Bible ? Ed. Medias Paul, 2014
K. Berger, les attentives, Un dialogue avec Etty Hillesum. Albin Michel, 2014

 

 

 

Assia Djebar. Une œuvre de langues et de femmes

Assia Djebar, première écrivaine algérienne francophone s’est éteinte le 6 février. Elle nous laisse une œuvre profuse, neuve, audacieuse, moderne, inspirée par le sort des langues et des femmes et des combats pour vivre libres. Première femme musulmane à entrer à l’Académie Française et l’Académie Royale de Belgique, sa voix singulière ouvre la voie à l’universel.

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« J’écris dans l’ombre de ma mère revenue de ses voyages de temps de guerre, moi, poursuivant les miens dans cette paix obscure faite de sourde guerre intérieure, de divisions internes, de désordres et de houles de ma terre natale.J’écris pour me frayer mon chemin secret ; et c’est dans la langue des corsaires français …, oui c’est dans la langue dite « étrangère » que je deviens de plus en plus la transfuge… Ayant perdu ma richesse du départ, dans mon cas, celle de l’héritage maternel et ayant gagné quoi, sinon la simple mobilité du corps dénudé, sinon la liberté ».

Comme l’écrit Amel Chaouati, écrivain et fondatrice du Cercle des Amis d’Assia Djebar, son œuvre « touche bien au-delà de l’Algérie ».

http://www.la-croix.com/Culture/Livres-Idees/Livres/Assia-Djebar-touche-bien-au-dela-de-la-societe-algerienne-2015-02-09-1278566