Jean-Marie Kerwich, l’ami trop tôt disparu.

« Je m’en allais les poings dans mes poches crevées ; J’allais sous le ciel, Muse ! Et j’étais ton féal ; » Ces deux vers de « Ma bohème » de Rimbaud sont pour moi l’épitaphe que j’eusse aimé graver sur votre tombe, ils vous ressemblent, ils sont à votre image.

 

 

Vous êtes né à Paris en 1952 dans une famille de gitans piémontais ; vous avez longtemps vécu dans le cirque de vos parents où vous avez connu le froid, la faim, les coups aussi donnés par votre père au long de votre apprentissage pour jongler et cracher le feu. Ces coups ont ouvert votre âme à toutes les compassions et à toutes les effluves exhalées de la vie .

Je vous ai connu lors d’un appel téléphonique de l’écrivain Christian Bobin transporté après avoir lu votre « Evangile du Gitan »,disant de votre essai « Le Livre qui manquait à la Bible, entre les imprécations de Job et les espérances de David ; chaque texte de son livre est un paquet d’embruns qui ouvre violemment la fenêtre de l’âme ».

A mon tour, je m’immergeais dans votre parole qui m’enthousiasma et très vite j’organisais autour de vous une rencontre de lecteurs dans une librairie amie. Un an plus tard, le comité du jury de l’association des écrivains croyants d’expression française vous plaça sur sa liste pour son prix littéraire de l’année et parmi une sélection très riche de 13 romans et essais vous receviez le Prix des Ecrivains Croyants d’Expression Française 2009. Ce n’était pas votre première reconnaissance ; pour votre précédente création « L’ange qui boîte « le grand musicien Yehudin avait écrit une laudatio et le poète Jean Grosjean en avait fait son livre de chevet. Votre chant de poèmes rimés est à la fois profond et lyrique ; je voudrais en retranscrire toutes les flammes ; je citerai seulement celles que je préfère « Chaque jour le divin me transmet ses messages à moi le gitan illettré. Mon âme s’attablait et je la regardais écrire. L’idée de Dieu était bonne : créer l’homme pour ne plus être seul dans cet univers infini et avoir un fils dans ses bras. J’ai trahi mon identité de gitan ; j’ai laissé mes poèmes dans la jungle littéraire, j’aurais dû les garder avec moi et les faire lire par les feuilles d’automne ou le vent. Pourtant je ne suis pas un écrivain, je suis un arbre qui marche. Je n’ai pas écrit de livre, j’ai tracé des routes ».

Eh ! Non cher ami, vous n’avez trahi personne, vous avez seulement jeté vos poèmes au vent qui les a portés aux hommes de la cité où on les chante encore aujourd’hui pour notre plus grand bonheur. A Dieu, c’est avec les anges que vous conversez.

Monique Grandjean, Vice-présidente d’Écritures & Spiritualités

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